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Peut-on résumer l'échange économique au fonctionnement du marché ?

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« Introduction : L'échange économique est un échange de biens entre des personnes qui est fondé sur une finalité d'enrichissement réciproque. Il se distingue de l'échange d'idées ou de paroles en ce qu'il ne concerne que des biens matériels susceptibles d'être vendus ou achetés. Le marché est un mode de détermination de la valeur des c h o s e s fondé sur la loi de l'offre et de la demande. Quand l'offre diminue et que la demande augmente, le prix du produit augmente P our que l'échange cons titue un enric hissement réciproque, les deux protagonis tes doivent se baser s ur une évaluation commune des marchandises et cette évaluation se fait elle-même en fonction du marché. Et réciproquement on voit bien que la loi du marché n'es t constituée que par les échanges réels (l'offre et la demande). Si l'on peut affirmer leur interdépendance, il serait alors possible de résumer l'éc hange éc onomique au fonctionnement du marché. C ependant rien ne nous dit que la loi du marché soit la seule manière de déterminer la valeur d'une marchandise; il est en effet possible de penser d'autres critères c omme l'utilité ou la valeur-travail. A insi l'échange éc onomique se résume au fonc tionnement du marché seulement dans un système économique basé sur les lois du marché. Un tel système es t his toriquement et géographiquement déterminé. D 'autre part, même dans le fonctionnement du marché, l'échange économique n'est jamais purement économique, mais tout échange touche des dimens ions beaucoup plus larges: sociales, anthropologiques… I l'Echange économique peut se résumer au fonctionnement du marché _ L'échange éc onomique nécessite une évaluation c ommune. A i n s i l e c o n c ept de prix concerne au premier chef les biens et leur échange au sein de la société. En effet les membres d' une société sont spécialisées dans une activité professionnelle. A ussi ils cherchent à échanger ce qu' ils produisent c ontre ce qu' ils ne produisent pas et dont-ils ont besoin. O r leurs produits sont hétérogènes, c omment faire en sorte que l' échange s oit à la fois possible et juste ? C ' est le problème pos é par A ristote au c hapitre V III du livre V de l 'Ethique à Nicomaque. Si l ' architecte a besoin de chaus sure et que le cordonnier a besoin d' une maison, il s' agit de produire une égalité de valeur entre des termes qualitativement différents. L' argent es t cette institution conventionnelle qui permet de rendre les biens c ommensurables entre eux. A insi la commune mesure de l' argent fixe un prix, c' est-à-dire une certaine somme d' argent pour l ' acquisition de tel bien. _ L'économie ne considère l'échange économique que comme l'expression d'un système unique : le marché. L'objet de l'éc onomie, c'est de déterminer la raison d'être de la fixité relative des proportions dans lesquels s'échangent les objets . Or aujourd'hui cette évaluation commune permise par un prix fondé sur la monnaie se fait par les lois du marché. Le marché est un mode de détermination de la valeur des c hoses fondé sur la loi de l'offre et de la demande. Q uand l'offre diminue et que la demande augmente, le prix du produit augmente. En revanche quand l'offre augmente et que la demande diminue, le prix du produit diminue : c'est le principe des s oldes. A insi le prix résulte d'un rapport et non d évaluation objective. paradoxalement, A ristote qui pos a le premier le problème d e l'évaluation commune ne lui donnait pas pour solution l e s l o i s du marché : l'échange économique pourrait ne pas s e rés umer au fonctionnement du marché s'il existe d'autres systèmes d'évaluation. II Le fonctionnement du marché n'est pas la seule manière de déterminer la valeur d'une marchandise. _ L'échange économique s e résume au fonctionnement du marché seulement dans un système économique basé sur l e s l o i s du marché. O r tous l e s systèmes économiques ne sont pas nécessairement partout et toujours basés s ur les lois du marché. La coïncidence entre l'échange économique et le fonctionnement du marc hé est donc historiquement et géographiquement déterminée, c'es t-à-dire dans l‘Europe moderne. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Par exemple les prix dans les pays communistes étaient fixés par l'Etat, et non pas laissés à la dérégulation du marché; c'est la raison pour laquelle le communisme se caractérise par un interventionnisme fort de l'Etat en matière éc onomique. L'Etat prescrit le juste prix des chose en fonction de la quantité de travail qu'elles ont réclamé. Dans le capital M arx soutient qu'un objet aura d'autant plus de valeur que son coût de production aura été élevé, coût des matières premières, mais surtout du salaire des ouvriers. Néanmoins cette théorie se fonde sur un interventionnis me; qu'en est-il de l'évaluation dans l'échange économique s i l'on ne fixe pas une une valeur de l'extérieur ? _ La valeur d'une chose peut être déterminée par sa valeur d'usage, c'est-à-dire que c'est l'utilité d'un produit qui fonde la valeur d'échange. En ce s ens la monnaie ne serait que le substitut de l'utilité ui permettrait de répondre aux besoins qui néces sitent des choses utiles : selon A ristote , une c hose serait d'autant plus c hère qu'elle serait plus utiles . Or si l'on obs erve la réalité économique, ce principe ne se vérifie pas : une perc euse est plus utile qu'un bijou, pourtant elle est coûte beauc oup moins que ce dernier. Une grande valeur d'usage ne coïncide pas avec une grande valeur d'échange : par exemple l'eau et l'air ont une grande valeur d'usage, mais une faible valeur d'échange. P ar oppos ition l'or n'a aucun valeur d'usage, mais la plus grande valeur d'éc hange L'utilité semble alors un critère inadéquat. _ M ais si l'eau a une faible valeur d'éc hange par opposition à l'or, n'est-ce pas parce que chac un trouve une grande quantité d'eau à sa dispos ition et une infime quantité d'or ? En ce s ens le critère de l'évaluation ne serait plus l'utilité, mais la rareté. P lus une chose se trouve à la disposition de tous, moins elle a de prix; inversement la valeur augmente quand son acquisition immédiate est impos sible pour tout un chacun. A insi l'air qui n'a aucune valeur dans une situation écologique normale, devient coûteux quand il se raréfie : par exemple à Mexico une des villes les plus polluées du monde, les bars vendent des doses d'oxygène, de même l'eau presque sans valeur en Europe peut rivaliser avec le prix des métaux précieux dans des pays dés ertiques. Néanmoins l'évaluation ne se fait à partir d'une rareté objective, mais à partir du rapport entre la quantité de produit disponible et le nombre de personnes qui s ont prêts à l'acheter . E n c e s e n s le fonctionnement du marché par la loi de l'offre et de la demande serait il la seule explication de l'échange économique, si l'on excepte l'interventionnisme ? III L'échange économique déborde les cadres de l'économie _ Lorsque le système d'évaluation ne coïncide pas avec les lois du marché, l'échange économique excède infiniment le simple domaine éc onomique. Dans les sociétés mythiques ou traditionnelles, le potlatch est la manière dont circulent les richesses. O r le paradoxe que l'on peut soutenir avec marcel Mauss dans son Essai sur le don , c'es t que le don est un échange la circulation des richesses en M élanésie se fait par le don d'une communauté à une autre. La règle implicite coutumière es t que le don appelle une réc iproc ité danse échange et donc un contre don. Or le contre don, plutôt que d'égaler le don sur le mode de l'échange marchand, c herche au contraire à l'excéder et à donner infiniment plus qu'il n'a reç u. A insi l'échange engendre une tendance exponentielle des dons qui peut aller jusqu'à la ruine complète d'une communauté par la destruction totale des vivres par exemple. L'échange économique ne s e l i m i t e pas à l'éc onomie, mais cons titue « un fait social total » où s'entrec roisent toutes l e s dimensions s o c i a l e s : culturelles, économiques, religieuses, sexuelles… _ M a i s m ê m e quand le système d'évaluation c oïnc ide avec les lois du marché, l'échange éc onomique ne s'y réduit pas pou autant. A ppliquer la loi du marché n'a pas désenclavé l'économie en la séparant des autres domaines sociaux, c ulturels et religieux. C 'est ce que l‘on peut soutenir avec Weber dans l'éthique protes tante et l'esprit du capitalisme : le fait de réus sir dans le monde est s igne d'une élection divine. Le concept de « beruf » vocation exprime la mission que chaque homme a de s 'enrichir s ur terre; l'enrichissement est alors signe d'une grâc e divine, l'assurance de faire partie des élus. Nous pouvons constater les conséquences de cette idée dans nos mentalités ac tuelles : dans un monde uniquement régi par l'économie, la richesse constitue une des représentations soc iales les plus valorisées. En d'autres termes, la réussite économique excède ‘l'économie pour se parer de significations symboliques masquées de pouvoir; Conclusion : O n ne peut rés umer l'éc hange économique au fonctionnement du marché. En effet l'échange économique peut-être régi par d'autres systèmes d'évaluation que les lois du marché, et même quand ces dernières le régissent, l'échange économique ne se réduit jamais au domaine économique, mais l'exc ède par une pluralité de significations symboliques. »

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