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Peut-on justifier la violence contre l'Etat ?

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Une série de mesures répressives envers les libertés furent ainsi légitimés au titre de réactions aux actes de violence d?extrême gauche, mais également d?extrême droite. Le terrorisme, dit des « années de plomb » ne pu donc jamais obtenir aucune écoute de la part de l?Etat, mais seulement une surenchère dans la politique du maintient de l?ordre.             La volonté d?affronter l?Etat par le moyen de la violence, c'est-à-dire de l?extérieur, en faisant pression sur lui, relève d?une stratégie politique risquée voire désespérée. Le pari de changer les choses de l?extérieur ne nous semble pouvoir être justifié que si l?urgence l?exige, autrement dit si la résistance ne peut réellement plus s?exprimer que dans la violence, par exemple dans un régime totalitaire. Mais lorsque l?Etat est démocratique ou susceptible d?y être amené, la violence paraît un moyen de protestation injustifiable, d?autant plus qu?il est inefficace.   III-Multiplicité des situations.               Il n?y a pas d?Etat générique ni de situation politique homogène à travers le monde ; il nous faut donc concéder qu?il n?y a aucune réponse définitive possible si la question posée est aussi générale. En effet, la violence contre l?Etat ne nous semblait pouvoir être légitimée que pour une opposition muselée, dans un Etat d?aspect totalitaire, tyrannique ou despotique et qui ne respecte pas les libertés individuelles. Encore faut-il que cette opposition ne soit pas animée par la seule soif du pouvoir mais souhaite l?instauration d?un régime plus juste.             On le voit, une hiérarchie de valeur intervient ici pour moduler notre réponse.

« Dès lors que l'on identifie la violence à un moyen d'expression, de protestation contre l'Etat, on est fondé à se demander si elle peut-être, politiquement, moralement et philosophiquement, justifiée.

Lorsque la colère des citoyens ne trouve plus à s'incarner dans aucun contre-pouvoir politique légitime, n'est-il pas inévitable que des actes de violences se produisent ? La faute n'en incombe t-elle pas à l'Etat lui-même, qui n'a pas su ménager une opposition en lui concédant une liberté d'action suffisante ? Nous verrons qu'il n'y a probablement pas de réponse générique possible à une question si générale, sauf à sacrifier la multiplicité des situations politiques réelles. I- L'Etat a le monopole de la violence légitime. Cette affirmation, en apparence provocatrice de Max Weber, signifie que les citoyens, en adhérant à la société, reconnaissent à l'Etat sa qualité d'arbitre dans le débat public ; appartenir à une société, c'est se conformer à ses mœurs et à sa politique.

Dans Le Discours de la méthode, Descartes fait de cette conformation aux coutumes et aux lois d'un pays, l'une des maximes de sa morale par provision, destinée à régir sa vie en attendant l'instauration de principes définitifs.

La meilleure façon de s'intégrer est donc encore de ne pas faire de politique. L'Etat se donne les moyens de son action et dispose à cet égard d'un organe de force singulier, la police, dont la ressemblance avec le terme grec de « Polis » signifiant la « Cité » doit nous interroger.

Tout se passe comme si l'essence de la Cité, c'est-à-dire l'ordre grâce auquel elle dure, ne pouvait qu'être garanti par la force et la légitimité de la police.

La police est ce moyen grâce auquel l'Etat assure l'ordre de la Cité, c'est un organe de contrôle et de répression, bref, un organe régulateur qui incarne le privilège du monopole de la violence légitime. Aucune police d'opposition ne saurait exister, mais, à bien y regarder, on s'aperçoit que l'équilibre de la Cité est fondé par ce déséquilibre des rapports de force.

Si les rapports de force entre l'Etat et ses contestataires étaient égaux, il n'y aurait jamais d'Etat stable, ni de concorde civile.

La violence contre l'Etat ne doit, pour cette raison, jamais être légitimée, sauf à souhaiter la fin de la politique démocratique, au profit d'une politique de la violence où la stabilité de l'Etat ne pourra être assurée que par un surcroît de violence de la part de ce dernier envers ses opposants.

En effet, dès lors que l'on justifierait la violence envers l'Etat, on ne ferait que renforcer le droit de l'Etat à user de la violence pour se protéger. L'État et la violence "Il faut concevoir l'État contemporain comme une communauté humaine, qui dans les limites d'un territoire déterminé revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence légitime." Weber, Le savant et le politique. L'État moderne est le garant de la vie politique.

Il se reconnaît comme le seul détenteur légitime de la force et à ce titre préserve la défense de l'intégrité du territoire où son autorité s'exerce.

En outre, aucune société n'est à l'abri de désordres qui pourraient entraver son bon fonctionnement.

Il revient donc à l'État d'organiser sur un plan juridique les rapports humains afin d'assurer l'exercice du droit.

Sans cela, le risque que chacun puisse à sa guise user de la violence ne pourrait être sérieusement écarté. II-Stratégies politiques. Cependant, il arrive que la violence devienne le dernier moyen possible de contestation, si jamais l'Etat à confisqué tout les autres, par exemple en interdisant des partis d'opposition forts ou en censurant la presse.

Dans son Traité théologico-politique, Spinoza soulignait l'intérêt de l'Etat à concéder une liberté d'expression à l'opposition, en effet, selon lui le mécontentement de l'opposition est plus facile à gérer pour l'Etat lorsqu'il s'exprime verbalement que lorsque, ayant été étouffé, il finit par s'incarner dans la violence. Dans les années 70 en Italie, un groupe terroriste d'extrême gauche, les « Brigades rouges » est apparu alors que le Parti Communiste Italien s'affaiblissait de plus en plus face à la Démocratie Chrétienne, au pouvoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Les brigadistes regrettaient la mollesse du plus grand parti de la gauche italienne (qui plus est lorsqu'il passa une alliance, « le compromis historique », avec la droite italienne) et se sentaient donc légitimés à protester par le biais de la violence.

Cependant, avec le recul, on s'aperçoit que ces actes ont pu en fait servir l'Etat et justifier en retour la violence dont ce dernier s'arroge le droit.

Une série de mesures répressives envers les libertés furent ainsi légitimés au titre de réactions aux actes de violence d'extrême gauche, mais également d'extrême droite.

Le terrorisme, dit des « années de plomb » ne pu donc jamais obtenir aucune écoute de la part de l'Etat, mais seulement une surenchère dans la politique du maintient de l'ordre. La volonté d'affronter l'Etat par le moyen de la violence, c'est-à-dire de l'extérieur, en faisant pression sur lui, relève d'une stratégie politique risquée voire désespérée.

Le pari de changer les choses de l'extérieur ne nous semble pouvoir être justifié que si l'urgence l'exige, autrement dit si la résistance ne peut réellement plus s'exprimer que dans la violence, par exemple dans un régime totalitaire.

Mais lorsque l'Etat est démocratique ou susceptible d'y être amené, la violence paraît un moyen de protestation injustifiable, d'autant plus qu'il est inefficace. III-Multiplicité des situations. Il n'y a pas d'Etat générique ni de situation politique homogène à travers le monde ; il nous faut donc concéder qu'il n'y a aucune réponse définitive possible si la question posée est aussi générale.

En effet, la violence contre l'Etat ne nous semblait pouvoir être légitimée que pour une opposition muselée, dans un Etat d'aspect totalitaire, tyrannique ou despotique et qui ne respecte pas les libertés individuelles.

Encore faut-il que cette opposition ne soit pas animée par la seule soif du pouvoir mais souhaite l'instauration d'un régime plus juste. On le voit, une hiérarchie de valeur intervient ici pour moduler notre réponse.

C'est tout le problème d'un prosélytisme politique : celui-ci doit-il s'assumer comme tel ou se tempérer, en fonction de données historiques et culturelles propres à chaque nation ? On le voit, tout tient à une question de point de vue, une façon de présenter les choses, le rôle des médias dans notre perception des enjeux politiques dans le monde est donc conséquent.

Ainsi les rebellions au Tibet contre le régime chinois nous paraissent peut-être justifiées tandis que les actions séparatistes menées par des basques ou des corses, contre les territoires espagnols ou français, peuvent nous sembler injustifiables ; cela tenant pour une bonne partie à la manière dont ces conflits nous sont présentés. En dernière analyse, il faut souligner que c'est sans doute l'Etat qui est l'ultime responsable des violences qu'il génère contre lui-même.

Si le pouvoir politique est capable de concéder ce qu'il faut d'espace de liberté aux mouvements et aux partis d'oppositions, il s'assure de n'avoir à affronter que des violences marginales et périphériques à la vie politique du pays. Conclusion : La violence contre l'Etat est un thème que l'on ne peut aborder sans un certain perspectivisme ; chaque situation politique est singulière et l'on ne saurait condamner a priori toute atteinte à l'Etat, étant donné que ce dernier peut prendre une multiplicité d'allures, ce peut être un Etat totalitaire.

C'est la question du rapport de force entre le pouvoir en place et l'opposition qui est en jeu ; c'est au pouvoir politique de ménager un espace de dialogue et de liberté suffisante pour l'opposition, sous peine de voir ressurgir la contestation sous ses formes les plus radicales.. »

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