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Peut-on être face à face sans violence ?

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Le face à face, c'est la confrontation. En ce sens, on a tendance à l'associer au conflit, et par conséquent, à la violence. Le dispositif du face à face semble impliquer l'opposition car le sujet qui est en face apparaît comme un obstacle, un défi pour celui qui le considère. Le rapport de face à face implique deux directions différentes chez les sujets concernés, et une confrontation inévitables s'ils poursuivent leur chemin l'un vers l'autre. Pourtant, la confrontation directe implique-t-elle la violence ? Ne peut-il en résulter d'autres effets, qui ne soient pas une atteinte à autrui, une affection brutale qui se donne forcément dans la violence de son apparition ? Peut-on être face à face sans violence ?

« Introduction : Le face à face, c'est la confrontation.

En ce sens, on a tendance à l'associer au conflit, et par conséquent, à la violence.

Le dispositif du face à face semble impliquer l'opposition car le sujet qui est en face apparaît comme un obstacle, un défi pour celui qui le considère.

Le rapport de face à face implique deux directions différentes chez les sujets concernés, et une confrontation inévitables s'ils poursuivent leur chemin l'un vers l'autre.

Pourtant, la confrontation directe implique-t-elle la violence ? Ne peut-il en résulter d'autres effets, qui ne soient pas une atteinte à autrui, une affection brutale qui se donne forcément dans la violence de son apparition ? Peut-on être face à face sans violence ? 1 ère partie : Le face à face originel entre les hommes implique une violence en sortant l'homme de son état solitaire. - L'homme a primitivement une conscience solitaire, « il ne se regarde que lui-même », explique Rousseau dans l'Emile ou de l'éducation.

Le face à face avec autrui introduit donc une violence, puisqu'il vient bousculer cette conscience solitaire pour venir élever le regard de l'homme sur ces semblables.

Le face à face introduit la violence de la prise de conscience de n'être pas seul, mais entouré d'individus de même espèce, dont l'homme va alors chercher à se différencier.

Le face à face est violent car il engendre un changement de point de vue, et porte le sujet à se réfléchir par rapport à l'autre.

Il ne pense alors à lui que par comparaison avec les autres, et c'est de là que découlent ses désirs de supériorité et toutes les autres passions, selon Rousseau.

Le face à face avec autrui non seulement est violent, mais en plus, il engendre la violence par le déchaînement des passions de l'homme. - Le face à face impose l'autre au regard, il nous met face à la réalité de l'altérité.

Pour Sartre, le conflit est le fondement constitutif du face à face.

Chaque conscience est une liberté qui cherche à devenir absolue et à détruire la liberté d'autrui en le reléguant au statut de chose passive.

Le surgissement d'autrui est donc toujours une violence pour le sujet, selon Sartre.

Autrui est une violence en puissance, car il menace le caractère unique et absolu du sujet.

La présence d'autrui décentre le monde dans lequel se trouvait le sujet seul, et tend à lui « voler le monde ».

En outre, le regard d'autrui saisi le sujet et le fige.

Le sujet, en la présence d'autrui, n'est plus une liberté pure, mais est « chosifié » par autrui, qui le considère comme un objet, ce qui est assimilable à un viol, pour Sartre. 2 ème partie : Le face à face implique une violence en faisant d'autrui un obstacle. - Originairement le face à face entre les hommes est conflictuel.

En dehors de la société civile, les hommes sont dans une situation d'hostilité permanente, et se considère mutuellement comme des obstacles.

Dans cet « état de nature », imaginé par Hobbes dans le Léviathan, « chacun est en guerre contre chacun ».

En effet, si les conditions nécessaires à la subsistance humaine (nourriture, espace, protection) sont rares, autrui constitue un obstacle pour le sujet, et une entrave à sa survie.

Tous les hommes recherchent les mêmes biens, et c'est pourquoi tout face à face introduit une lutte pour conserver un bien ou obtenir le bien convoité.

Le sujet considère donc autrui comme un ennemi à éliminer.

Si cet état de nature n'est qu'une fiction, il n'en reste pas moins que l'esprit de concurrence entre les être humains perdure toujours, et que les individus, parce qu'ils désirent les mêmes biens que leurs semblables, sont toujours en conflit les uns avec les autres, et tentent de dérober ces biens convoités (par les moyens illégaux du vol ou de l'escroquerie, ou plus légitimement par la supériorité de son statut social, professionnel ou familial, et de ses qualités physiques ou intellectuelles.) - Le face à face signifie que deux personnes vont dans une direction opposée, et sont susceptibles de se heurter et de s'empêcher mutuellement dans leur projet.

Le face à face introduit à la disposition du conflit, de la joute. 3 ème partie : Le face à face peut aussi provoquer des sentiments non violents, lorsqu'il invite à la reconnaissance des hommes entre eux. - Cependant, le face à face peut être sans violence lorsqu'il engendre le sentiment de la reconnaissance chez les êtres qui se rencontrent.

Le face à face est nécessaire à la constitution du sujet lui-même.

Si autrui se révèle un autre que le sujet, et réciproquement : le sujet est l'autrui d'autrui.

Le face à face met en place la réciprocité de la reconnaissance.

Il met les hommes dans un rapport d'égalité.

Le face à face confère donc aux sujets une forme d'existence à laquelle il se font accéder mutuellement.

Sartre reconnaît ainsi qu'autrui est un « médiateur indispensable entre moi et moi-même ».

Par la reconnaissance, autrui est ce qui permet au sujet de se sentir exister effectivement, de se considérer relativement à l'autre, et de se connaître.

« Je suis un être Pour-Soi, qui n'est Pour-Soi que par un autre.

» - Par la reconnaissance le sujet et autrui atteignent alors ensemble la dignité, ils s'élèvent ensemble.

Même s'il marque une opposition, le face à face provoque chez les sujets un sentiment de gratitude puisque s'élèvent par lui au-dessus des êtres égocentriques et égoïstes qu'ils étaient.

Ainsi, cette reconnaissance prenant la forme du respect, augmente l'amour-propre des deux membres du face à face, et provoque leur gratitude l'un vis-à-vis de l'autre. - Le face à face, en provoquant la reconnaissance, peut alors laisser place au désir de l'autre, sur lequel se fonde l'amour.

En désirant être reconnu par celui qui lui fait face, le sujet désir l'autre, et porte son amour sur l'autre qui n'est qu'une projection de l'amour qu'il se porte à lui-même et qu'il voudrait recevoir.

L'amour n'est pas violent, mais est au contraire une invitation, un appel qui ne peut être introduit par la force. - Le face à face introduit en outre à la connaissance de l'autre.

Il permet d'entrer en contact et cette prise de contact n'est pas nécessairement violente.

En effet, le face à face est le dispositif privilégié de la discussion, de l'échange, des relations humaines.

Le face à face est ce qui permet d'éviter l'hypocrisie, la lâcheté des actions dissimulée.

Dans le face à face, chacun se livre, se montre à nu, et invite l'autre à la confiance, et à une relation pacifique. Conclusion : Il semble que le face à face soit une violence lorsque le sujet surgit soudainement devant nous, et viole notre sphère intime et notre conscience solitaire.

Le face à face impose autrui à notre regard, et l'on peut subir cette intrusion comme violente, voire comme un obstacle.

En effet, le face à face est souvent une confrontation, qui semble ne pouvoir être résolue qu'au terme d'un conflit.

Pourtant, le face à face est aussi le seul moyen d'entrer véritablement en relation avec autrui, et de le reconnaître comme son semblable.

Le face à face provoque la reconnaissance de soi par l'autre, et engendre la gratitude.

Le face à face tisse alors des liens au lieu d'opposer les êtres.

Le face à face est alors une invitation aux relations cordiales, aux échanges, et peut être le commencement d'une histoire d'amour, sans violence !. »

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