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Peut-on distinguer vérité et vérités ?

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La différence dont il vient d'être parlé, se traduit verbalement par la différence entre « vérité » et « vérités ». Les vérités représentent l'ensemble des propositions actuellement vérifiées, donc un ensemble de réalités comprises, reliées entre elles, mises en ordre, portant les traces du souci de vérité de celui qui les étudia ou les manipula ; à ce titre elles représentent l'état actuel de notre savoir sur la réalité. Nées d'une collaboration entre une méthode et des expériences, ces « vérités » naturellement ont une valeur qui se trouve être relative,d'une part,à la qualité de la méthode, d'autre part, à la réalité des expériences. Mais la nature ne se lasse pas de fournir des réalités et la méthode, toujours animée par le souci de vérité, c'est-à-dire de valeur, ne se lasse pas de se perfectionner. Aussi toutes les vérités sont-elles caduques. L'erreur est une vérité morte, c'est-à-dire une vérité dépassée. L'histoire des sciences four¬mille, sur ce point, de preuves et d'observations. Elle devrait ? mais elle n'est jamais enseignée ? nous donner, envers les vérités de notre époque, une saine méfiance et un élan pour aller plus loin. La médecine ayant « découvert » au XVIIIe siècle que l'agitation faisait cailler plus vite le lait et que le caillage était une étape de la digestion, il était recommandé « au nom des dernières découvertes   de la science », d'agiter assez violemment les nouveaux-nés après la têtée. La même médecine officielle ayant « découvert » une autre « vérité » selon laquelle la maladie mentale est une congestion du cerveau, on installa, dans les asiles, des lits sur pivot qu'on faisait tourner à grande vitesse de telle manière que le sang se porte vers les jambes par les lois de la force centrifuge.

« La différence dont il vient d'être parlé, se traduit verbalement par la différence entre « vérité » et « vérités ». Les vérités représentent l'ensemble des propositions actuellement vérifiées, donc un ensemble de réalités comprises, reliées entre elles, mises en ordre, portant les traces du souci de vérité de celui qui les étudia ou les manipula ; à ce titre elles représentent l'état actuel de notre savoir sur la réalité.

Nées d'une collaboration entre une méthode et des expériences, ces « vérités » naturellement ont une valeur qui se trouve être relative,d'une part,à la qualité de la méthode, d'autre part, à la réalité des expériences.

Mais la nature ne se lasse pas de fournir des réalités et la méthode, toujours animée par le souci de vérité, c'est-à-dire de valeur, ne se lasse pas de se perfectionner.

Aussi toutes les vérités sont-elles caduques.

L'erreur est une vérité morte, c'est-à-dire une vérité dépassée.

L'histoire des sciences four¬mille, sur ce point, de preuves et d'observations.

Elle devrait — mais elle n'est jamais enseignée — nous donner, envers les vérités de notre époque, une saine méfiance et un élan pour aller plus loin.

La médecine ayant « découvert » au XVIIIe siècle que l'agitation faisait cailler plus vite le lait et que le caillage était une étape de la digestion, il était recommandé « au nom des dernières découvertes de la science », d'agiter assez violemment les nouveaux-nés après la têtée.

La même médecine officielle ayant « découvert » une autre « vérité » selon laquelle la maladie mentale est une congestion du cerveau, on installa, dans les asiles, des lits sur pivot qu'on faisait tourner à grande vitesse de telle manière que le sang se porte vers les jambes par les lois de la force centrifuge.

Enfin, l'hystérie étant définie un jour comme étant un vagabondage de l'utérus à travers le corps, on ordonna des remèdes « destinés à le fixer ».

A travers ces « vérités », prudemment choisies dans les siècles passés, nous devons juger les « vérités » d'aujourd'hui qui sont des énormités du même calibre, mais qui sont provisoirement le dernier cri de la connaissance et qui resteront des vérités jusqu'à ce qu'une autre « vérité » les remplace, en les renvoyant au musée des vérités mortes. Ce qui transparaît aussi nettement dans l'histoire des sciences, s'applique à toutes les « vérités » humaines dans l'ordre de la connaissance. La vérité se rectifie sans cesse, dit Bachelard; Alain donne dans la Préface de « Vigiles de l'esprit » cette formule : « Toute vérité devient fausse au moment où l'on s'en contente » ; et Gabriel Marcel dit dans « Homo Viator » : « Nous sommes exposés à amasser, à collectionner les vérités particulières comme on collectionne des cailloux ou des coquillages.

Mais il faudrait marquer naturellement que du même coup ces vérités se dégradent, se dévitalisent... Est-ce bien la vérité en général...

qu'il y a lieu d'opposer aux vérités particulières ? A la réflexion, l'expression « vérité-en-général » risque de paraître vide de contenu ». Tous ces auteurs nous indiquent donc qu'il y a, à part de ces vérités, une vérité, disons plutôt avec G.

Marcel (in Homo Viator, 1947) « un esprit de vérité » qui est un idéal moral et non un comprimé de science, qui crée des formules sans s'y laisser emprisonner, qui est une recherche et peut-être une inquiétude, qui est une authenticité de l'homme et non pas une contrefaçon de la réalité.. »

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