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Peut-on choisir sa morale ?

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« Introduction : La morale est la conduite de l'action selon ce qui nous semble bien et juste. Pour ne pas être hypocrite, elle suppose la liberté de la personne : si un enfant est bien sage devant ses parents et qu'il se moque de cette sagesse par derrière, sa conduite sera seulement hypocrite. En morale, c'est l'intention qui compte, il faut donc que le sujet choisisse d'agir moralement pour être véritablement moral. Cela implique qu'il choisisse sa morale, qu'il choisisse sa conception du bien et du juste. Pourtant, si le bien et le juste sont relatifs, ne perdent-t-ils pas tout leur sens? Pour être des valeurs, il faut que le bien et le juste se distinguent des simples objets de plaisir, il faut qu'ils aient en eux même le principe de leur supériorité. La morale doit donc régler la conduite selon des lois qui s'imposent au sujet et non selon une justification qu'il choisit. Problème : La morale est la conduite libre mais elle demande à la liberté de se plier à une loi. La morale est-elle compatible avec la liberté de choisir? I : La liberté de choisir implique une morale minimale 1) Ne pas nuire aux autres La liberté individuelle de choisir est le premier principe de la morale, sans la liberté, la morale est une pure contrainte, une discipline qui ne concerne pas le sujet qui y obéit. Pour préserver un maximum de liberté, il faut donc que la morale soit l'objet d'un choix personnel. La seule contrainte qui doit peser sur le libre choix de l'individu, c'est que son choix n'interfère pas avec la liberté d'autrui. La seule règle que l'on ne choisit pas dans une morale est celle de ne pas nuire aux autres, tout le reste relève du choix libre de l'individu. 2) Le paternalisme de la morale Le fait de contraindre un choix individuel, d'imposer à un individu une conception du bien et du juste, s'appelle le paternalisme. La morale d'une communauté, d'une institution, ou d'un individu qui s'impose comme étant la meilleure est paternaliste. Ce paternalisme est inhérent à toute morale tant qu'elle est héritée de quelqu'un ou imposée par quelqu'un. Une morale authentique, choisie pour elle même, doit au contraire être l'objet d'un libre choix. 3) Principe de neutralité Pour n'entraver en aucun cas la liberté du choix, on doit appliquer envers autrui un principe de neutralité vis à vis des conceptions du juste et du bien. Il faut donc distinguer la moral privée qui est une conception particulière du juste et du bien, et la morale publique qui est neutre vis à vis des conceptions du juste et du bien et qui ne doit contraindre l'individu que dans la mesure où il nuit à autrui. Transition : La morale doit être personnelle pour laisser leur liberté aux individus, le bien est donc relatif et individuel. Mais si on relativise le bien, alors il ne signifie plus rien d'objectif il est une pure fiction. La morale ne peut pourtant pas se passer d'un bien objectif : elle consiste à agir pour le bien et en se pliant au bien. Le bien n'est donc pas relatif à un choix personnel, il doit être antérieur au choix, il doit dépasser l'intérêt personnel pour être une valeur universelle. Dès lors, ne détruit-on pas le bien réel en le faisant dépendre d'un choix personnel? II : La transcendance de la valeur 1) La valeur s'impose Une morale n'est possible que si un bien et une justice s'imposent à nous et peuvent contraindre nos désirs. Autrement, le bien et le juste qui se feront respecter ne seront que le bien et le juste du plus fort. La valeur qui guide nos choix moraux doit donc être transcendante et valoir plus que notre intérêt personnel. Dans ce sens on ne peut pas choisir sa morale, le bien et le juste ne sont pas relatifs, ils doivent être absolus. 2) La morale est une contrainte On ne choisit pas sa morale, on s'y plie. Si le bien et le juste sont objectifs, ils ne dépendent pas d'un désir subjectif et ils peuvent donc valoir contre le désir. Cet aspect contraignant est la condition d'efficacité de la morale : sans la contrainte on obéirait aux prescriptions de la morale seulement quand cela nous plairait et l'idée de morale n'aurait alors plus aucun sens. La morale est la conduite selon le bien et le juste, elle doit être constante sans quoi elle n'est qu'une fantaisie du sujet. 3) La raison contre les désirs Le bien et le juste objectifs sont accessible par la raison. La raison est en effet la capacité du sujet à dépasser les bornes de son intérêt individuel et à penser à l'universel. Selon Platon, cette puissance de l'esprit doit nécessairement s'opposer aux désirs qui sont toujours particuliers et rarement conformes à la morale. Dans le Phèdre, Platon donne une image de l'âme comme un attelage dont le cocher serait la raison qui doit maîtriser le désir représenté par un cheval agité. On voit que la morale va contre les désirs et qu'elle n'est donc pas l'objet d'un choix personnel qui la modèlerait selon son bon plaisir. Transition : La morale est la soumission à une loi, elle exclut la possibilité pour l'individu de se laisser aller à tous ses désirs. Dans ce sens, on peut dire qu'elle exclut une forme de liberté. Pourtant, l'individu choisit de se soumettre à la loi morale et ce choix est bien un acte libre. De plus le fait de suivre la loi morale plutôt que l'impulsion du désir engage le sujet dans une forme de liberté supérieure. III : L'autonomie 1) L'autonomie du sujet L'autonomie est la capacité du sujet à se donner à lui même sa propre loi. C'est par un choix libre qu'il se donne une loi. La morale peut être choisie dans le sens d'une loi que le sujet se donne à lui même. Cependant, le choix n'est pas arbitraire, c'est le choix d'une loi qui réalise la liberté du sujet vis à vis de toutes les lois étrangères qui s'imposent à lui. Un sujet est autonome lorsqu'il se conduit selon sa raison et non selon ce qu'une certaine société veut de lui ni selon ce que le plaisir immédiat le presse de faire. 2) La passivité des désirs On distingue les mobiles et les motifs de l'action. Les mobiles sont les représentations sensibles qui guident le choix, ils sont soumis au principe de plaisir : ils représentent un plaisir possible vers lequel le sujet est naturellement attiré. Les mobiles ne sont pas libres ils sont soumis aux lois de la nature. Les motifs sont quant à eux les raisons qui guident le sujet au delà des mobiles, ces sont des prescriptions de la raison. Le choix moral consiste à suivre les motifs plutôt que les mobiles. 3) La liberté réalisée dans la vie morale Kant définit la liberté comme une causalité spontanée, c'est à dire comme une cause qui n'est pas précédée d'une cause antécédente dans la nature. Une telle liberté ne se réalise que dans des actions qui dépassent les penchants naturels. C'est pourquoi Kant définit le monde des actions morales comme le monde de la liberté : les actes n'y sont pas causés par des intérêts sensibles déterminés mais par des fins intelligibles. »

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