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MERLEAU-PONTY: PHILOSOPHIE, HISTOIRE ET VIE

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Car il est inutile de contester que la philosophie boite. Elle habite l'histoire et la vie, mais elle voudrait s'installer en leur centre, au point où elles sont avènement, sens naissant. Elle s'ennuie dans le constitué. Étant expression, elle ne s'accomplit qu'en renonçant à coïncider avec l'exprimé et en l'éloignant pour en voir le sens. Elle peut donc être tragique, puisqu'elle a son contraire en soi, elle n'est jamais une occupation sérieuse, L'homme sérieux, s'il existe, est l'homme d'une seule chose à laquelle il dit oui. Les philosophes les plus résolus veulent toujours les contraires : réaliser, mais en détruisant, supprimer, mais en conservant. Ils ont toujours une arrière-pensée. Le philosophe donne à l'homme sérieux - à l'action, à la religion, aux passions - une attention peut-être plus aiguë que personne, mais c'est là justement qu'on sent qu'il n'en est pas. [...] Le philosophe de l'action est peut-être le plus éloigné de l'action : parler de l'action, même avec rigueur et profondeur, c'est déclarer qu'on ne veut pas agir, et Machiavel est tout le contraire d'un machiavélique : puisqu'il décrit les ruses du pouvoir, puisque, comme on l'a dit, il « vend la mèche ». Le séducteur ou le politique, qui vivent dans la dialectique et en ont le sens ou l'instinct, ne s'en servent que pour la cacher, C'est le philosophe qui explique que, dialectiquement, un opposant, dans des conditions données, devient l'équivalent d'un traître. Ce langage-là est juste le contraire de celui des pouvoirs ; les pouvoirs, eux, coupent les prémisses et disent plus brièvement ; il n'y a là que des criminels. Les manichéens qui se heurtent dans l'action s'entendent mieux entre eux qu'avec le philosophe : il y a entre eux complicité, chacun est la raison d'être de l'autre, Le philosophe est un étranger dans cette mêlée fraternelle. Même s'il n'a jamais trahi, on sent, à sa manière d'être fidèle, qu'il pourrait trahir, il ne prend pas part comme les autres, il manque à son assentiment quelque chose de massif et de charnel... Il n'est pas tout à fait un être réel.MERLEAU-PONTY

DIRECTIONS DE RECHERCHE    • En quoi peut-on soutenir que « parler de l'action... c'est  déclarer qu'on ne veut pas agir » ?  • Que signifie « dialectique » ici ?  • Quelles « prémisses » « coupent les pouvoirs » ?  En quoi le langage « des pouvoirs » est-il juste le contraire de celui du « philosophe » qui explique que, dialectiquement, un opposant, dans des conditions données, devient l'équivalent d'un traître ?  • En quoi y a-t-il « complicité entre les manichéens qui se heurtent dans l'action ?  • En quoi (et pour qui ?) « le philosophe » «n'est pas tout à fait un être réel » ?  • En quoi peut-il apparaître que la différence entre la philosophie et l'homme est la même que celle « entre celui qui comprend et celui qui choisit » ?  • Ce texte est-il une réflexion sur ce qu'est la philosophie ? Sur ce qu'est la philosophie de l'action ? Sur le philosophe de l'action et l'homme d'action ? Ou ce texte est-il une tentative de penser — à partir de l'écart philosophe de l'action et homme d'action — une particularité essentielle de l'homme ?  • Apprécier l'intérêt philosophique de ce texte.

« Car il est inutile de contester que la philosophie boite. Elle habite l'histoire et la vie, mais elle voudrait s'installer en leur centre, au point où elles sont avènement, sens naissant. Elle s'ennuie dans le constitué. Étant expression, elle ne s'accomplit qu'en renonçant à coïncider avec l'exprimé et en l'éloignant pour en voir le sens. Elle peut donc être tragique, puisqu'elle a son contraire en soi, elle n'est jamais une occupation sérieuse, L'homme sérieux, s'il existe, est l'homme d'une seule chose à laquelle il dit oui. Les philosophes les plus résolus veulent toujours les contraires : réaliser, mais en détruisant, supprimer, mais en conservant. Ils ont toujours une arrière-pensée./ Le philosophe donne à l'homme sérieux - à l'action, à la religion, aux passions - une attention peut-être plus aiguë que personne, mais c'est là justement qu'on sent qu'il n'en est pas. [...] Le philosophe de l'action est peut-être le plus éloigné de l'action : parler de l'action, même avec rigueur et profondeur, c'est déclarer qu'on ne veut pas agir, et Machiavel est tout le contraire d'un machiavélique : puisqu'il décrit les ruses du pouvoir, puisque, comme on l'a dit, il « vend la mèche ». /Le séducteur ou le politique, qui vivent dans la dialectique et en ont le sens ou l'instinct, ne s'en servent que pour la cacher, C'est le philosophe qui explique que, dialectiquement, un opposant, dans des conditions données, devient l'équivalent d'un traître. Ce langage-là est juste le contraire de celui des pouvoirs ; les pouvoirs, eux, coupent les prémisses et disent plus brièvement ; il n'y a là que des criminels. Les manichéens qui se heurtent dans l'action s'entendent mieux entre eux qu'avec le philosophe : il y a entre eux complicité, chacun est la raison d'être de l'autre, Le philosophe est un étranger dans cette mêlée fraternelle. Même s'il n'a jamais trahi, on sent, à sa manière d'être fidèle, qu'il pourrait trahir, il ne prend pas part comme les autres, il manque à son assentiment quelque chose de massif et de charnel... Il n'est pas tout à fait un être réel. DIRECTIONS DE RECHERCHE • En quoi peut-on soutenir que « parler de l'action... c'est déclarer qu'on ne veut pas agir » ? • Que signifie « dialectique » ici ? • Quelles « prémisses » « coupent les pouvoirs » ? En quoi le langage « des pouvoirs » est-il juste le contraire de celui du « philosophe » qui explique que, dialectiquement, un opposant, dans des conditions données, devient l'équivalent d'un traître ? • En quoi y a-t-il « complicité entre les manichéens qui se heurtent dans l'action ? • En quoi (et pour qui ?) « le philosophe » «n'est pas tout à fait un être réel » ? • En quoi peut-il apparaître que la différence entre la philosophie et l'homme est la même que celle « entre celui qui comprend et celui qui choisit » ? • Ce texte est-il une réflexion sur ce qu'est la philosophie ? Sur ce qu'est la philosophie de l'action ? Sur le philosophe de l'action et l'homme d'action ? Ou ce texte est-il une tentative de penser — à partir de l'écart philosophe de l'action et homme d'action — une particularité essentielle de l'homme ? • Apprécier l'intérêt philosophique de ce texte. Dans ce texte, Merleau-Ponty s'attaque à une conception philosophique qui veut que la réflexion soit absolue. Une telle philosophie croit naïvement que le mouvement de la réflexion peut retrouver dans sa totalité la spontanéité de la vie, alors que la réflexion n'en livre jamais qu'une reconstruction rétrospective. Il essaie alors de montrer que la philosophie ne peut dans un même temps réfléchir sur la vie et son sens et y participer. Pour cela, le texte se décompose en trois mouvements : d'abord montrer que la philosophie est mise à distance et désir contradictoire de participation, puis que la philosophie dite pratique est impossible, en tant que telle et enfin mettre en évidence qu'il existe un chiasme entre l'homme d'action et le philosophe. 1. La philosophie comme mise à distance du monde ne participe pas à la "vie ordinaire" Dans la première partie du texte, l'auteur cherche à mettre en évidence tout d'abord que la philosophie est ce qu'on pourrait appeler une "architecture de signe". En effet, elle est expression, c'est-à-dire qu'elle n'est pas le réel, "l'exprimé", comme le mot "chaise" n'est pas la chaise, mais un signe conventionnel qui est l'expression de cette chaise. La philosophie si elle veut exprimer les choses, réfléchir sur elle doit les mettre à distance, les éloigner comme dit le texte. Il faut donc admettre qu'il y a un domaine où se situe la philosophie et un domaine de ce que peut nommer nonphilosophie, qui est l'exprimé, la "vie ordinaire". Mais cependant, la philosophie est double, contradictoire, parce qu'elle désire participer à "l'histoire et à la vie", être donc praxis et non pas réfléchir à distance sur un monde déjà "constitué" mais voudrait participer à ce qu'est la vie ordinaire, où naît le sens. En ce sens, "les philosophes [...] veulent toujours les contraires" : détruire et supprimer, parce qu'en réfléchissant sur la vie et son sens, ils tentent d'en découvrir la signification profonde en les décomposant, en leur enlevant leur spontanéité et réaliser et conserver, puisqu'ils aimeraient participer à l'émergence de la vie et de son action. L'homme sérieux, à l'opposé du philosophe, est tout entier tendu vers un but dans le sensible, dans la vie. 2. Le philosophe de l'action n'agit pas, il parle Le philosophe porte une attention à tout ce qui relève de la vie et de la spontanéité. C'est comme nous venons de le voir, qu'il cherche à en reconstruire le sens et l'analyse sous tous ses angles. Mais il est comme un spectateur qui essaie de comprendre une pièce de théâtre, il regarde et réfléchit mais il n'est pas sur scène, en train de jouer. Mais on ne peut pas être acteur et spectateur en même temps. La parole, dans cette partie, apparaît comme une césure entre les mots qui cherchent à exprimer un état des »

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