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Lucrèce et les sens

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Quel témoignage a plus de valeur que celui des sens Dira-t-on que s'ils nous trompent, c'est la raison qui aura mission de les contredire, elle qui est sortie d'eux tout entière. Nous trompent-ils, ors la raison tout entière est mensonge. Dira-t-on que les oreilles peuvent corriger les yeux, et être corrigées elles-mêmes par le toucher et le toucher, sera-t-il sous le contrôle du goût. Est-ce l'odorat qui confondra les autres sens. Est-ce la vue ? Rien de tout cela selon moi, car chaque sens a son pouvoir propre et ses fonctions à part. Que la mollesse ou la dureté, le froid ou le chaud intéressent un sens spécial, ainsi que les couleurs et les qualités relatives aux couleurs ; qu'à des sens spéciaux correspondent aussi les saveurs, les odeurs et les sons : voilà qui est nécessaire. Par conséquent les sens n'ont pas le moyen de se contrôler mutuellement. Ils ne peuvent davantage se corriger eux-mêmes, puisqu'ils réclameront toujours le même degré de confiance. J'en conclus que leurs témoignages en tout temps sont vrais. LUCRECE

« Quel témoignage a plus de valeur que celui des sens ? Dira-t-on que s'ils nous trompent, c'est la raison qui aura mission de les contredire, elle qui est sortie d'eux tout entière ? Nous trompent-ils, alors la raison tout entière est mensonge.

Dira-t-on que les oreilles peuvent corriger les yeux, et être corrigées elles-mêmes par le toucher ? et le toucher, sera-t-il sous le contrôle du goût ? Est-ce l'odorat qui confondra les autres sens ? Est-ce la vue ? Rien de tout cela selon moi, car chaque sens a son pouvoir propre et ses fonctions à part.

Que la mollesse ou la dureté, le froid ou le chaud intéressent un sens spécial, ainsi que les couleurs et les qualités relatives aux couleurs ; qu'à des sens spéciaux correspondent aussi les saveurs, les odeurs et les sons : voilà qui est nécessaire.

Par conséquent les sens n'ont pas le moyen de se contrôler mutuellement.

Ils ne peuvent davantage se corriger eux-mêmes, puisqu'ils réclameront toujours le même degré de confiance.

J'en conclus que leurs témoignages en tout temps sont vrais. LUCRÈCE. éléments d'explication articulation des idées • Lucrèce (qui reprend les conceptions d'Epicure) veut démontrer la véracité de la sensation d'où il fait découler toute notre connaissance.

Pour affirmer cette véracité, il se fonde sur Y impossibilité de prouver que les sens nous trompent.

En effet : a) La raison ne peut vérifier la véracité du témoignage des sens puisqu'elle «est sortie d'eux toute entière».

En d'autres termes, la raison se construit à partir de la sensation et s'exerce sur les données de la sensation.

C'est pourquoi si les sens nous trompent, « alors la raison toute entière est mensonge ».

Et si elle est mensongère, la raison ne saurait réfuter le caractère erroné de la sensation. b) Les sens, de leur côté, ne peuvent pas non plus prouver leur fausseté, puisque : 1.

Un sens particulier ne peut en contrôler un autre, car chacun d'eux s'exerce dans des domaines différents : l'ouïe ne peut contrôler la vue ni le goût, etc. 2.

Un sens ne peut se contrôler lui-même, puisque des sensations du même genre auront toutes la même valeur : selon quel(s) critères(s) en effet accorderions-nous un plus haut degré de confiance à l'une plutôt qu'à l'autre ? intérêt philosophique du texte • Ce texte pose évidemment le problème classique de la source et de la véracité de la connaissance : cette dernière est-elle, comme le veut, avec Lucrèce, l'empirisme ou le sensualisme, issue de la seule sensation ? (cf.

Aristote : « Il n'est rien dans l'esprit qui n'ait d'abord été dans les sens ») ; ou bien est-elle issue de l'esprit humain, comme le veut le rationalisme ou l'idéalisme ?. »

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