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L'intérêt mal entendu n'est-il pas la cause la plus fréquente des actions contraires au bien général ? (Condorcet)

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Condorcet met en question le lien qui, dans une société, se noue entre l'intérêt général et l'intérêt particulier. Autrement dit, il aborde une grande question du XVIIIe siècle, un moment où il semble possible de légitimer en toute morale le pouvoir politique. Montesquieu et Rousseau, eux, supposent à l'homme un sens moral inné qui l'incite à privilégier l'intérêt collectif par rapport à l'intérêt particulier. D'après Condorcet, l'homme privilégie son intérêt particulier parce qu'il ignore son lien réel à la collectivité. Il pose le problème suivant : faut-il attribuer à l'ignorance de son propre bien la responsabilité des actes contrevenant au bien général ? Nous allons donc tenter de comprendre le point de vue de Condorcet puis de l'appliquer à l'état présent des sociétés.

« L'intérêt mal entendu n'est-il pas la cause la plus fréquente des actions contraires au bien général ? (Condorcet) Condorcet met en question le lien qui, dans une société, se noue entre l'intérêt général et l'intérêt particulier. Autrement dit, il aborde une grande question du XVIIIe siècle, un moment où il semble possible de légitimer en toute morale le pouvoir politique. Montesquieu et Rousseau, eux, supposent à l'homme un sens moral inné qui l'incite à privilégier l'intérêt collectif par rapport à l'intérêt particulier. D'après Condorcet, l'homme privilégie son intérêt particulier parce qu'il ignore son lien réel à la collectivité. Il pose le problème suivant : faut-il attribuer à l'ignorance de son propre bien la responsabilité des actes contrevenant au bien général ? Nous allons donc tenter de comprendre le point de vue de Condorcet puis de l'appliquer à l'état présent des sociétés. I. Thèse et présupposés de Condorcet 1. La trahison possible du groupe Selon Condorcet, la constitution de la famille sanctionne le passage de la nature à la culture ; cette cellule de base permet à la société d'exister et à l'individu d'échapper au besoin puis de se développer. La difficulté réside dans le fait que l'homme devient une proie facile pour la manipulation idéologique (Condorcet accuse l'Eglise, qui aliénerait l'esprit humain...). Pour lui, celui qui enfreint la loi ne sait pas ce qu'il fait ; autrement dit, Condorcet, un savant, donne une explication « scientifique » de l'immoralité. Il pose l'équivalence suivante : connaître son bien propre respecter le bien général. 2. Les moyens de connaître le vrai L'équation de Condorcet repose sur le postulat suivant : l'intérêt particulier se confond avec l'intérêt général. En effet, pour lui, l'homme est bon par nature et possède des qualités morales par lui-même. Mais l'être humain doit réaliser sa propre nature dans une société qui contribue à développer ses dons et ne lui impose pas un modèle qui, loin de le faire progresser, l'enfermera dans le carcan de l'obscurantisme et de l'exploitation. Pour Condorcet, scientifique mais aussi adepte de Rousseau, la morale se développe par l'apprentissage et le savoir. Dans ce cas, nous retrouverions le problème moral consistant à identifier un être libre et responsable comme un individu obéissant au devoir que légitime la morale. 3. Connaître son devoir, c'est l'accomplir ? — Pour Condorcet, des citoyens éclairés sur leurs objectifs personnels et ceux de la société ne peuvent que respecter la loi. Cela suppose, encore, l'identification de la loi avec une loi universellement valable et profondément morale. Condorcet prend appui sur le modèle naturel pour dégager des lois constantes et recourt à la biologie pour en induire la nécessité de se reconnaître comme appartenant à un groupe uni. — Mais la nature est-elle morale ? En fait, il semble bien que la thèse de Condorcet soulève un paradoxe en suggérant que l'homme ménage le bien général par intérêt. Il dit, en substance : si la partie connaissait le fonctionnement du tout, elle saisirait son implication dans un système exigeant sa collabora-tion sous peine d'éviction... Il semble bien difficile, dès lors, d'articuler avec netteté les deux notions de « bien » et d'« intérêt ». II. Pour une meilleure gestion des conflits sociaux Précisons le contenu de l'intérêt — bien ou mal entendu — que l'homme peut avoir de vivre en société, afin de faire le départ entre la visée réellement morale et la recherche de l'intérêt pur et simple... 1. La société est-elle au service de l'homme ? Pour Rousseau : par le contrat social, l'homme s'associe librement à des citoyens qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que lui ; devoir de réciprocité dans le partage des tâches et dans la protection des biens. Il s'oppose ainsi à Hobbes pour qui l'homme est un loup pour l'homme et doit donc accepter le contrat qui le lie au Prince de manière définitive et lui ôte tout droit — sous peine de subir les violences propres à l'état de nature. Condorcet, lui, centre la perspective sur la perfectibilité de l'homme : le progrès va dans le sens d'une réalisation totale de la nature humaine, bonne dès l'origine. Or, peut-on affirmer que la nature de l'homme est bonne ? A supposer qu'elle le soit, peut-on vraiment la retrouver dans un individu dénaturé par sa vie en société, depuis des siècles ? Et, surtout aujourd'hui, qu'est-ce qui nous dit que la société est au service de l'homme ? Il semble plutôt qu'elle ignore le social pour tout sacrifier à l'économie. De plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer une politique plus sociale, une Europe plus soucieuse de l'intérêt de l'homme en soi, de sa réalité... 2. L'intérêt général est-il moral ? — La catégorie de l'intérêt n'est pas naturelle. Elle est introduite par la société elle-même, par l'acquisition des biens et par la diffusion inégale du savoir. Il serait immoral, en soi, de considérer seulement son intérêt — même dans le cadre du bien général. »

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