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L'imagination joue-t-elle le même rôle dans la création littéraire et dans la découverte scientifique ?

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Une perturbation dans un état de choses déjà régi par des lois peut aussi conduire à l'hypothèse. C'est à la constatation d'une telle anomalie qu'est due la célèbre découverte de l'astronome Le Verrier. Il est facile de voir que l'imagination est à la base de l'hypothèse dans la découverte scientifique. Ce n'est plus comme l'imagination « littéraire » une imagination reproductrice : elle est créatrice en ce sens qu'elle ne fait pas que changer la forme d'éléments déjà acquis. Se basant sur des faits réels, constatés. elle aboutit à des lois se rapportant à ces phénomènes, bien entendu, mais tout à fait différentes comme aspect. Les lois tendant à prendre aussi souvent qu'il est possible un aspect mathématique, il est difficile d'y retrouver les phénomènes qui en ont été le point de départ. Elle peut intervenir dans la vérification de l'hypothèse pour la réalisation du moyen de vérification à employer. Elle sert alors de guide à l'esprit, le dirige vers un sens déterminé. Dans la découverte scientifique, le rôle de l'imagination est de guider l'esprit, de le diriger vers l'hypothèse et la loi.

« Il apparaît d'abord que l'imagination joue un rôle dans ces deux domaines pourtant bien différents. Bien entendu nous ne parlerons pas de l'imagination dans le sens d'invention pure, mais du travail de l'esprit qui consiste à transformer des éléments déjà acquis pour leur donner une forme neuve et originale. Ce phénomène de la vie mentale existe aussi bien dans la création littéraire que dans la découverte scientifique. On dit couramment que l'écrivain, le romancier créent des personnages de toutes pièces. Cela arrive, mais, le plus souvent, ils mettent à profit les résultats que leur fournissent leurs observations, leur expérience propre. Leur but est essentiellement esthétique : ils cherchent à plaire. Pour faire des personnages idéaux, il leur arrive de combiner plusieurs caractères précédemment observés. Le savant se propose, après observation des faits qui lui sont fournis par la nature, d'établir des relations entre divers phénomènes, c'est-à-dire des lois. Peu lui importe de plaire, il vise surtout la connaissance ; son but, s'il a pu être pratique, tend de plus en plus vers une psychologie spécifique : »la science pour la science », disait H. Poincaré, Dans ces deux genres si différents, l'imagination mise en jeu n'a pas la même forme et par conséquent n'aura pas le même rôle. Nous allons prendre ces domaines successivement et voir le rôle joué par l'imagination dans chacun d'eux. Chez l'écrivain, le romancier, l'imagination est reproductrice. Ils utilisent les matériaux que leur ont fourni leurs observations, leur expérience antérieure. Ce n'est cependant pas un travail de pure transcription : il y a création dans la forme. Généralement, un poète en face de la nature ne voit pas les choses de la même manière qu'un paysan, ou qu'un minéralogiste par exemple. Il recherche les contrastes, les comparaisons, le symbole ; parfois il personnifie les choses. Le romancier étudie la vie, les moeurs et, avec ces éléments, « fabrique » des êtres idéaux. Il accumulera les défauts ou les qualités chez un individu pour le rendre odieux ou sympathique, saura par ses descriptions habiles mettre le lecteur dans l'action même. Pour faire quelque chose d'original, il est quelquefois utile de grouper des éléments d'un caractère avec ceux d'un autre et de former ainsi des « types » surnaturels : c'est ainsi que l'on procède dans les romans réalistes. Quelquefois il y a avantage à ne garder que les traits principaux d'un caractère ; il se produit alors un choix qui dépend des besoins de l'auteur. Le rôle de cette imagination que nous appellerons « littéraire » pour la commodité est donc de fournir à l'écrivain, une forme originale. C'est elle qui confère à l'auteur son caractère de personnalité. Son domaine est très vaste ; elle s'exerce dans un sens ou un autre au gré de l'écrivain : elle est pratiquement illimitée. Le savant a devant lui les phénomènes de la nature et se propose de trouver les rapports constants qui les unissent, c'est-à-dire les lois. Ce qui lui est fourni, le donné est bien peu en comparaison du résultat auquel il doit aboutir. Le travail d'élaboration qui conduit à la loi est immense. Il est sous la dépendance de l'imagination créatrice et combinatrice. C'est elle qui est la base de la découverte scientifique : en effet elle intervient surtout à la naissance de l'hypothèse. Ce n'est pas tout de constater les faits ; si l'observation est passive, la science n'en tirera aucun bénéfice : il faut que de par l'observation des phénomènes le savant formule des hypothèses; or comment naît l'hypothèse ? Elle peut jaillir de l'observation des faits tels que les présente la nature : par exemple, la chute d'une pomme donnant l'idée du système planétaire à Newton ou Archimède découvrant son principe en se baignant. L'hypothèse peut naître aussi de rapprochements faits entre des phénomènes très différents à première vue. Si le savant à l'idée de mettre sa découverte sous forme d'une formule mathématique, la vue d'une formule identique résumant la loi d'un autre phénomène peut susciter un rapprochement. C'est ainsi que naquit l'hypothèse de l'identité de la lumière et du son. Il arrive que le savant fasse des « expériences pour voir » desquelles surgissent souvent des hypothèses. Là encore l'imagination dirige ses recherches et fait jaillir l'idée. Une perturbation dans un état de choses déjà régi par des lois peut aussi conduire à l'hypothèse. C'est à la constatation d'une telle anomalie qu'est due la célèbre découverte de l'astronome Le Verrier. Il est facile de voir que l'imagination est à la base de l'hypothèse dans la découverte scientifique. Ce n'est plus comme l'imagination « littéraire » une imagination reproductrice : elle est créatrice en ce sens qu'elle ne fait pas que changer la forme d'éléments déjà acquis. Se basant sur des faits réels, constatés. elle aboutit à des lois se rapportant à ces phénomènes, bien entendu, mais tout à fait différentes comme aspect. Les lois tendant à prendre aussi souvent qu'il est possible un aspect mathématique, il est difficile d'y retrouver les phénomènes qui en ont été le point de départ. Elle peut intervenir dans la vérification de l'hypothèse pour la réalisation du moyen de vérification à employer. Elle sert alors de guide à l'esprit, le dirige vers un sens déterminé. Dans la découverte scientifique, le rôle de l'imagination est de guider l'esprit, de le diriger vers l'hypothèse et la loi. Elle est plus limitée que l'imagination « littéraire ». Elle ne peut en effet que se développer dans le sens des faits fournis par l'expérience : son domaine est par suite limité. En résumé, l'imagination « littéraire » confère à l'écrivain son originalité, sa personnalité, ce qu'on pourrait appeler son style ou ce qui le distingue d'un autre auteur. Elle lui fournit une foule d'éléments connus antérieurement, mais revêtus d'une forme nouvelle et par suite attrayante : elle concourt donc au but esthétique. Son domaine est très vaste. L'imagination « scientifique » guide le savant dans ses re-cherches, prépare le « trait d'esprit », « l'éclair » d'où jaillira l'hypothèse et, si celle-ci est vérifiée, la loi. Elle procure parfois la réalisation de cette vérification, mais elle est beaucoup moins vaste que l'imagination « littéraire » : son domaine ne s'étend qu'aux faits expérimentaux considérés. »

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