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L'homme est-il un animal dénaturé ?

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Parce qu'il est un être de culture, l'homme a quitté la nature sans remède et sans retour possible : non seulement nous avons cultivé et aménagé la nature hors de nous par le travail et la technique, mais nous avons appris à maîtriser la nature en nous par la discipline et l'éducation. En effet, et comme aimait à le rappeler Freud, la civilisation s'est tout entière bâtie contre les instincts : ainsi, toutes les cultures ont mis entre nous et les besoins que nous partageons avec les animaux (boire, manger, dormir, se reproduire) une épaisseur de symboles et de rites ... on mangera avec des « manières de tables », pour reprendre une expression de l'ethnologue C. Lévi-Strauss, on consommera certains aliments crus et d'autres cuits, on ne dormira pas simplement quand on a sommeil, mais à certaines heures et en certains lieux, etc. En ce sens, tout se passe comme si l'homme avait dû nier l'animalité en lui pour accéder à l'humanité ; reste à savoir cependant si cette négation est une privation, voire une perte, ou bien plutôt un gain. Alors, l'homme est-il simplement un animal dénaturé ? Autrement dit, l'homme est-il en son fond un animal, qui aurait été par un long processus privé de sa nature propre ? Cette dénaturation n'a-t-elle au contraire pas fait de lui tout autre chose qu'un animal, même privé de nature ? Car enfin, « dénaturé » peut signifier soit simplement privé de sa nature première, soit profondément altéré, corrompu, dépravé même. Lorsqu'on parle de l'homme comme d'un animal dénaturé, on sous-entend donc qu'en ayant quitté l'ordre de la nature, ce dernier s'est perverti, et on fait de la culture un processus de corruption. Cette nostalgie des temps primitifs est-elle cependant fondée ?

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En effet, et comme aimait à le rappeler Freud, la civilisation s'est tout entière bâtie contre les instincts : ainsi, toutes les cultures ont mis entre nous et les besoins que nous partageons avec les animaux (boire, manger, dormir, se reproduire) une épaisseur de symboles et de rites ...

on mangera avec des « manières de tables », pour reprendre une expression de l'ethnologue C .

Lévi-Strauss, on consommera certains aliments crus et d'autres cuits, on ne dormira pas simplement quand on a sommeil, mais à certaines heures et en certains lieux, etc.

En ce sens, tout se passe comme si l'homme avait dû nier l'animalité en lui pour accéder à l'humanité ; reste à savoir cependant si cette négation est une privation, voire une perte, ou bien plutôt un gain.

A lors, l'homme est-il simplement un animal dénaturé ? A utrement dit, l'homme est-il en son fond un animal, qui aurait été par un long processus privé de sa nature propre ? C ette dénaturation n'a-t-elle au contraire pas fait de lui tout autre chose qu'un animal, même privé de nature ? C ar enfin, « dénaturé » peut signifier soit simplement privé de sa nature première, soit profondément altéré, corrompu, dépravé même.

Lorsqu'on parle de l'homme comme d'un animal dénaturé, on sous-entend donc qu'en ayant quitté l'ordre de la nature, ce dernier s'est perverti, et on fait de la culture un processus de corruption.

Cette nostalgie des temps primitifs est-elle cependant fondée ? I.

L'humanité comme produit d'une double négation Si je regarde par la fenêtre, je ne vois rien de naturel : même à la campagne, le paysage que je contemple n'a pas poussé tout seul, il est bien plutôt le fruit d'un très long travail d'aménagement du milieu, accompli par l'homme depuis plusieurs millénaires.

Les arbres sont taillés, les animaux domestiqués, les champs cultivés, les cours d'eau endigués : où que se pose mon regard, je ne vois que le produit de l'activité humaine, en sorte que j'ai toujours affaire à ce que Hegel nommait « l'esprit objectif ».

Par son activité productrice et fabricatrice en effet, l'homme a rempli le monde d'objets qui sans lui n'existeraient pas, et qui sont des inventions de son propre génie : un chimpanzé pourra bien prendre un bâton pointu pour s'en servir comme d'une pique, il est à jamais incapable de prendre un bâton et de le tailler en pointe, parce que cela réclame des processus d'abstraction qui font défaut aux animaux, même les plus évolués.

Tailler un bâton, c'est en effet se représenter par avance la fin poursuivie (le résultat qu'on veut obtenir), et décider des moyens qu'il faut mettre en oeuvre pour y parvenir.

De ce point de vue, même l'outil le plus élémentaire, un marteau par exemple, est quelque chose de radicalement neuf, qui n'a pu apparaître qu'avec l'humanité : un marteau ne pousse pas sur les arbres ; un marteau, c'est une idée devenue chose, c'est-à-dire de l'esprit matérialisé. A lors donc que les animaux doivent s'adapter aux changements naturels, ou périr, l'homme, par son activité productrice, n'a cessé d'adapter la nature à lui et à ses besoins : avec l'humanité s'est ouverte l'époque de l'artificiel, c'est-à-dire de la dénaturation généralisée.

A llons plus loin : si je regarde en moimême, et non plus hors de moi, je ne rencontre pas plus la nature : comme l'a montré Kant, l'éducation est elle aussi une dénaturation, c'est-à-dire un processus par lequel l'individu apprend à maîtriser cette voix de la nature que sont les instincts.

« Un homme, ça s'empêche », disait l'écrivain A lbert C amus : alors que l'animal est prisonnier de ses instincts, l'homme a par une longue discipline appris à s'en libérer.

Être capable de se retenir, voilà donc ce qui signe l'appartenance à l'humanité, et voilà ce qui nous sépare à jamais des animaux ; comme l'affirmait Rousseau : « L'instinct commande, l'animal obéit.

» Mais en se libérant par la discipline de la tyrannie des instincts, l'homme devient capable de choisir, c'est-à-dire aussi d'être dans le faux : « l'erreur est humaine », effectivement, et seulement humaine ...

n'ayant pas la possibilité de choisir, les animaux n'ont pas non plus la possibilité de se tromper. II.

L'homme est-il un animal perverti ? A insi donc, l'humanité semble s'être construite sur une double négation : celle de la nature hors de nous, que nous avons aménagée par le travail et la technique, et celle de la nature en nous, par la maîtrise de nos pulsions.

De ce double point de vue, est-il légitime de parler de l'homme comme d'un animal dénaturé ? Parce qu'il n'est plus l'esclave de ses instincts, l'homme est devenu susceptible de progrès ; mais ce progrès, comme le souligne Rousseau, peut être effectué « soit en bien, soit en mal » : seul à pouvoir se tromper, l'homme est seul aussi à pouvoir faire preuve de méchanceté, voire de cruauté.

Le chat qui joue avec la souris n'est pas cruel : il fait ce que son instinct prédateur commande.

En s'étant dénaturé, c'est-à-dire en ayant quitté l'ordre de la nature, l'homme quant à lui devient capable de se dénaturer au sens propre, c'est-à-dire de se pervertir.

Telle est la critique rousseauiste de la culture : c'est en nous éloignant de la nature que nous sommes devenus des hommes, mais c'est cet éloignement qui parfois, nous rend pires que des bêtes.

C ertes, l'homme des salons mondains semble moins barbare que le sauvage ; mais ce n'est qu'apparence, où le vice prend le masque de la vertu.

Derrière le côté policé des rapports humains, les passions bestiales demeurent, elles s'accroissent même : comme le dit le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, « L'homme qui médite est un animal dépravé ».

C ela ne signifie pas que nous devons régler notre comportement sur celui des animaux, ou que nous devons en revenir à notre nature initialement animale : ce que veut dire Rousseau ici, c'est que les moeurs cultivées nous ont peu à peu éloignés de ce que nous devions être ...

non pas des animaux, mais des hommes, justement.

Je n'ai ainsi pas besoin d'être cultivé pour savoir ce que je dois faire : la voix de la conscience est un guide infaillible qu'il me suffit de suivre.

Si je médite sur mes actes, si je pèse le pour et le contre, c'est le signe déjà que je suis tombé dans le calcul d'intérêts, l'hypocrisie et le mensonge.

Tel est donc le rapport paradoxal de l'homme à sa nature : tout se passe comme si l'homme ne pouvait accomplir sa nature propre qu'en la niant.

C 'est en niant ce qu'il y a en moi de naturel (les instincts) que j'accède à l'humanité, en d'autres termes que j'affirme la nature humaine : s'il y a une nature humaine, comme le rappelle Kant, c'est justement de ne pas se contenter du naturel, en moi comme hors de moi, et de toujours le dépasser.

Seulement, ce dépassement peut être l'occasion du pire, comme du meilleur : les hommes seuls peuvent faire preuve de bestialité.

Davantage même : en accédant à la liberté, les hommes deviennent responsables d'eux-mêmes ; avoir la liberté de choisir, c'est aussi être responsable de ses choix.

Être un homme en ce sens, c'est donc être ouvert à la possibilité de l'erreur et de la faute, et donc autant à la crainte de se tromper qu'à la morsure du remords et à la douleur morale de la mauvaise conscience.

C omme le soulignait Hegel, les animaux, quant à eux, « vivent en paix avec eux-mêmes » : un animal ne vit pas dans la crainte du mauvais choix, dans le scrupule et l'hésitation, il ne porte jamais le poids de ses fautes.

C 'est peut-être alors cette tranquillité que nous leur envions : certes, notre survie est plus assurée que la leur, et nous connaissons un confort qui leur sera à jamais refusé (puisque nous avons adapté la nature à nos besoins, au lieu d'en subir les rigueurs) ; mais ce confort se paie du prix élevé de la peur de la mort à venir, de l'hésitation dans le choix présent, du remords du passé coupable.

Aussi avons-nous parfois tendance à penser notre propre humanité comme une perte, la perte d'un état de repos dénué d'inquiétude : c'est pour cela, nul doute, que nous nous pensons par moments comme des animaux dénaturés, c'est-à-dire que nous faisons de notre propre humanité une perte et une privation. Conclusion : Nous ne sommes pas des animaux, et ne pouvons plus l'être ; ce constat se charge parfois de regrets, et d'amertume, tant notre existence semble douloureuse et compliquée, à l'égard de la simplicité de la vie animale.

Mais s'il est humain en somme de regretter de n'être plus des animaux, il est plus humain encore de dépasser ce regret, et de faire de notre propre humanité tout autre chose qu'une perte, ou une privation regrettable : si nous sommes capables du pire, nous pouvons aussi le meilleur, et sans doute, alors, ne faut-il pas abdiquer toute espérance.

Nous ne sommes donc pas simplement des animaux dénaturés : nous ne sommes même pas encore assez des hommes, si tant est que l'humanité n'est pas de l'ordre du fait, mais de la tâche.

Est homme en effet celui qui a accepté de ne plus être un animal, c'est-à-dire celui qui a faite sienne ce que Kierkegaard nommait « l'angoissante possibilité de choisir ». Sujet désiré en échange : La culture est-elle une seconde nature ?. »

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