Aide en Philo

L'histoire est un roman qui a été, le roman est de l'histoire qui aurait pu être ?

Extrait du document

Thèmes : Afin d’éviter tout type de confusion entre réalité et fiction, il faut en premier lieu s’attarder à en définir clairement les limites des domaines respectifs. L’analyse thématique de l’énoncé vise ici à en expliciter les problèmes sous-jacents, et surtout à en dévoiler la supercherie. (i) Marquage du temps et du mode verbal : partons du plus obvie, l’usage fait par l’énoncé du verbe être et de la conjonction modalisant de son infinitif au conditionnel passé du verbe pouvoir (‘avoir pu être’). La première occurrence de ce dernier apparaît au mode indicatif du passé composé, indiquant par là deux choses ; la première étant l’effectivité réelle à laquelle se rapporte le verbe (‘avoir été’) – que marque l’indicatif ; la seconde consiste dans la participation du passé historique à sa contemporanéité propre (par le participe passé du temps composé), c’est-à-dire son inscription effective (la formation du passé composé sur l’auxiliaire est au présent : “ a été ”) dans un contexte déterminé, et surtout terminé. La seconde occurrence verbale se fait au mode conditionnel du temps passé du verbe ‘pouvoir’ (“ aurait pu ”) auquel s’adjoint l’infinitif du verbe être. Cela signifie que le verbe ‘être’ se trouve déterminé par le régime conditionnel d’un verbe qui dès lors signifie la potentialité, autrement dit la virtualité, le fictionnel. (ii) Histoire et roman : la brève analyse des modes et temps verbaux employés dans l’énoncé permet de déterminer plus précisément où doit s’opérer la distinction des champs respectifs de signification du roman et de l’histoire pour ainsi éviter toute confusion entre réalité et fiction, ou du moins savoir la débusquer. Dans la première phrase relative à l’histoire (puisque c’est d’elle dont il s’agit de reconnaître si oui ou non la qualifier de “ roman qui a été ” est légitime), le marquage verbal montre qu’il est question du domaine de l’effectivité, c’est-à-dire de la factualité. L’histoire est une histoire de faits. Et ces faits ont eu lieu, ils se sont produits dans un espace et un temps qui doivent en permettre la validation, ou l’infirmation, sur la base d’une vérification. L’histoire se fonde ainsi sur des documents (archives, récits, etc.) dont la validité est à attester par vérification empirique. Tandis que le marquage verbale de la seconde phrase relative au roman (puisque alors c’est de lui dont il s’agit de reconnaître si oui ou non le qualifier de “ l’histoire qui aurait pu être ” est légitime) inscrit ce dernier dans un horizon conditionnel qui est de l’ordre de l’hypothétique, de la fiction, de l’irréalité – opposé par là même à la positivité effective du fait historique établi. Si d’aucuns vont jusqu’à qualifier l’histoire de science, il est par contre certain que personne de raisonnable ne peut imaginer ne serait-ce que réfléchir à la possibilité pour le roman d’être scientifique. (iii) Réalité et fiction : ces derniers termes thématiques de l’énoncé apparaissent dès lors comme distinguables en vertu d’un critère que l’on peut qualifier d’ontologique. La fiction n’appartient pas à l’effectivité factuelle empirique du monde, bien qu’elle puisse elle-même être structurée sur le mode de la réalité et donc s’opérer sur un mode d’ordre rationnel, ne serait que par le respect de la causalité, etc. (tel est le propre de la narration), tandis que la réalité est simplement la détermination de l’ordre du monde, des choses, des faits.

« Incipit : L'intérêt, ou plutôt, la pertinence d'une telle proposition réside dans l'ambiguïté de l'emploi français du terme d'histoire, signifiant tant le récit fictionnel qu'une discipline scientifique. L'allemand et l'anglais, par exemple, ne permettent pas ce jeu sur la signification du mot, car il y a nette distinction entre la Geschichte et l'Historie, ou la story et l'history. Une indication toutefois dans l'énoncé restreint en partie l'acception de la notion d'histoire, c'est l'emploi de l'article défini féminin “ l' ” devant le substantif “ histoire ”. Il n'en reste pas moins que le jeu d'esprit est patent, et doit être relevé plus avant, afin d'éviter la confusion entre domaines parfois connexes que sont le réel et la fiction. Thèmes : Afin d'éviter tout type de confusion entre réalité et fiction, il faut en premier lieu s'attarder à en définir clairement les limites des domaines respectifs. L'analyse thématique de l'énoncé vise ici à en expliciter les problèmes sous-jacents, et surtout à en dévoiler la supercherie. (i) Marquage du temps et du mode verbal : partons du plus obvie, l'usage fait par l'énoncé du verbe être et de la conjonction modalisant de son infinitif au conditionnel passé du verbe pouvoir (‘avoir pu être'). La première occurrence de ce dernier apparaît au mode indicatif du passé composé, indiquant par là deux choses ; la première étant l'effectivité réelle à laquelle se rapporte le verbe (‘avoir été') – que marque l'indicatif ; la seconde consiste dans la participation du passé historique à sa contemporanéité propre (par le participe passé du temps composé), c'est-à-dire son inscription effective (la formation du passé composé sur l'auxiliaire est au présent : “ a été ”) dans un contexte déterminé, et surtout terminé. La seconde occurrence verbale se fait au mode conditionnel du temps passé du verbe ‘pouvoir' (“ aurait pu ”) auquel s'adjoint l'infinitif du verbe être. Cela signifie que le verbe ‘être' se trouve déterminé par le régime conditionnel d'un verbe qui dès lors signifie la potentialité, autrement dit la virtualité, le fictionnel. (ii) Histoire et roman : la brève analyse des modes et temps verbaux employés dans l'énoncé permet de déterminer plus précisément où doit s'opérer la distinction des champs respectifs de signification du roman et de l'histoire pour ainsi éviter toute confusion entre réalité et fiction, ou du moins savoir la débusquer. Dans la première phrase relative à l'histoire (puisque c'est d'elle dont il s'agit de reconnaître si oui ou non la qualifier de “ roman qui a été ” est légitime), le marquage verbal montre qu'il est question du domaine de l'effectivité, c'est-à-dire de la factualité. L'histoire est une histoire de faits. Et ces faits ont eu lieu, ils se sont produits dans un espace et un temps qui doivent en permettre la validation, ou l'infirmation, sur la base d'une vérification. L'histoire se fonde ainsi sur des documents (archives, récits, etc.) dont la validité est à attester par vérification empirique. Tandis que le marquage verbale de la seconde phrase relative au roman (puisque alors c'est de lui dont il s'agit de reconnaître si oui ou non le qualifier de “ l'histoire qui aurait pu être ” est légitime) inscrit ce dernier dans un horizon conditionnel qui est de l'ordre de l'hypothétique, de la fiction, de l'irréalité – opposé par là même à la positivité effective du fait historique établi. Si d'aucuns vont jusqu'à qualifier l'histoire de science, il est par contre certain que personne de raisonnable ne peut imaginer ne serait-ce que réfléchir à la possibilité pour le roman d'être scientifique. (iii) Réalité et fiction : ces derniers termes thématiques de l'énoncé apparaissent dès lors comme distinguables en vertu d'un critère que l'on peut qualifier d'ontologique. La fiction n'appartient pas à l'effectivité factuelle empirique du monde, bien qu'elle puisse elle-même être structurée sur le mode de la réalité et donc s'opérer sur un mode d'ordre rationnel, ne serait que par le respect de la causalité, etc. (tel est le propre de la narration), tandis que la réalité est simplement la détermination de l'ordre du monde, des choses, des faits. Problème : A l'aide de cette approche thématique de l'énoncé, le problème peut en être reformulé et condensé comme suit : en quel sens de la réalité, l'histoire peut-elle être qualifiée comme fiction (c'est-à-dire roman), fiction passée où il faudrait plutôt entendre dépassée ; et en quel sens de la fiction, le romanesque peut-il être considéré comme une réalité virtuelle qui ne s'est cependant pas effectivement réalisée ? Autrement dit, chiasme est le suivant : fiction du réel / réalité virtuelle de la fiction. (Nous traitons distinctement (point I et point II) les deux propositions de l'énoncé. La synthèse a lieu dans la conclusion.) * I. L'histoire comme roman passé : Fiction de l'histoire Le problème de la première proposition de l'énoncé tient dans le marquage temporel du verbe dont le roman est le sujet. Un tel marquage, ainsi que nous l'avons analysé, indique la réalité effective d'un temps dépassé. Que serait “ un roman qui a été ” ? un roman écrit de manière contemporaine aux événements dont il relaterait les faits ? un roman prenant le passé pour objet ? La première acception semble être la bonne – cas dans le cas contraire, l'histoire aurait été qualifiée de ‘roman de ce qui a été'. “ Un roman qui a été ” doit signifier écrit dans un présent maintenant passé et qui atteste de ce dernier, du passé, sur le mode du témoignage. Or ceci n'est pas l'histoire. Tout au plus, cela peut en être le matériau documentaire. Car l'histoire ne s'écrit pas au présent, mais suppose toujours un horizon de rétrospection, qui lui-même est la condition nécessaire à l'objectivation du fait historique. L'histoire n'est pas le roman au présent d'un temps maintenant passé. Car l'histoire exige un minimum d'objectivité, et le présent temporel du roman ne saurait être désengagé de la réalité à laquelle il participe sur le fait, pour ainsi dire. Sans parler du caractère fictionnel propre à l'œuvre romanesque qui, aurait-elle pour objet son propre présent, ne saurait être le garant de son objectivité. Cependant, cela n'implique pas que l'histoire ne consiste qu'en l'attestation objective de faits passés. Celle-ci en effet procède toujours d'une reconstruction rétrospective à inscrire en contexte. L'histoire se pratique selon des perspectives qui jamais ne sont absolument objectives. Ceci nous a été en particulier enseigner par la pratique de l'historicisation dans le domaine de l'histoire des sciences au cours du siècle dernier (pensez aux œuvres du jeune Foucault comme Surveiller et punir, La naissance de la clinique à l'âge classique, ou encore à sa formulation méthodologique dans L'archéologie du savoir). Si l'histoire consiste en un processus de reconstruction en perspective d'un contexte relatif, son objectivité scientifique consiste à en avoir »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles