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L'histoire des hommes est l'histoire de leurs erreurs et non de leur vérité ?

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L’histoire des hommes ne saurait être un résumé des succès accumulés et des progrès réalisés, que ce soit à propos de la connaissance de la nature, de la maîtrise des ressources de cette dernière ou des évolutions vers une plus grande humanité. L’histoire n’est qu’une fable si elle ne rend pas compte des échecs que les entreprises humaines ont traversé. Pourtant faut-il aller jusqu’à soutenir que l’histoire des hommes est exclusivement celle de leurs erreurs ? L’histoire de la médecine ne saurait être réduite à celle de la tératologie ou de la pathologie clinique ni l’histoire de la physique à celle des erreurs de calcul, qu’en est-il de l’histoire des hommes ?

I- Les erreurs ne sont pas retenues par l’histoire.

II- L’histoire n’est pas l’expression de la vérité à laquelle l’homme souscrit.

III- Les erreurs des hommes rythment l’histoire.

 

« L'histoire des hommes ne saurait être un résumé des succès accumulés et des progrès réalisés, que ce soit à propos de la connaissance de la nature, de la maîtrise des ressources de cette dernière ou des évolutions vers une plus grande humanité.

L'histoire n'est qu'une fable si elle ne rend pas compte des échecs que les entreprises humaines ont traversé.

Pourtant faut-il aller jusqu'à soutenir que l'histoire des hommes est exclusivement celle de leurs erreurs ? L'histoire de la médecine ne saurait être réduite à celle de la tératologie ou de la pathologie clinique ni l'histoire de la physique à celle des erreurs de calcul, qu'en est-il de l'histoire des hommes ? I-Les erreurs ne sont pas retenues par l'histoire. L'histoire d'un homme ne peut être son hagiographie, l'histoire des hommes ne peut se réduire à celles de leurs succès, ni de leur vérité, quelle qu'elle soit, vérité politique, religieuse, philosophique ou scientifique.

Cependant il est délicat de prendre en compte les erreurs dans l'établissement de l'histoire des hommes, en effet les erreurs sont, de fait, souvent dissimulées, enfouies, cachées au regard.

Il faut s'accorder sur le sens de l'erreur : celle-ci est par essence ce qui est réversible, seul l'échec peut éventuellement s'avérer irréversible. L'erreur se démarque donc par l'insignifiance qui la caractérise, un fait est qualifié d'erroné selon la polarité du vrai et du faux mais l'essence de l'erreur n'est-ce pas de pouvoir être corrigé ? Un échec ou une faute sont des notions ayant une connotation définitive que la notion d'erreur n'a pas, elles expriment une sanction, une irréversibilité temporelle : tandis que l'erreur peut toujours être réparée, la faute ne le peut être que symboliquement. Dès lors que l'erreur n'apparaît que comme une étape interne à l'action, comme susceptible de rectification, comment l'histoire en tiendrait-elle compte ? On le sait l'histoire n'est pas concrète, c'est-à-dire descriptivement complète, la construction de l'histoire est l'expression de choix, elle est synthèse, appréhension d'une direction, et ne saurait se perdre dans le détail : le travail de l'historien n'est pas celui du romancier.

Or n'est-ce pas la vérité dont les hommes se réclament qui est la mieux à même de livrer synthétiquement la direction prise par l'humanité quant à telle question ? N'est-ce pas la vérité du libéralisme qui exprime le mieux la politique actuelle, la vérité de l'incapacité de la science à penser (selon Heidegger et Lacan) qui traduit le plus adéquatement le désarroi actuel dans lequel l'humanité se trouve face aux avancées technologiques (nucléaire, OGM,…) ? II-L'histoire n'est pas l'expression de la vérité à laquelle l'homme souscrit. Or si l'histoire des hommes se confondait avec le contenu de la vérité élue par l'humanité à tel sujet, l'histoire ne serait que la réalisation d'utopies.

La vérité est elle-même suspendue à un devenir historique : la vérité en politique, en science, en art même, dépend d'une évolution, d'une progression, mais n'est jamais établie une fois pour toute.

Croire que l'histoire des hommes est celle de leur vérité c'est prendre la contingence de l'histoire pour la nécessité d'un programme. Dans un livre peu connu publié en 1950 L'utopie et les utopies Ruyer montre que la construction d'utopies relève généralement non d'une volonté de livrer un programme idéal mais bien plutôt d'un désir de pasticher la société en en grossissant les dérives. L'utopie est très souvent critique (cf.

par exemple Le meilleur des mondes de Huxley).

L'homme n'est pas naïf au point de penser que ses idéaux sont à même d'être réalisés, il est conscient des résistances internes au réel, de son incapacité à établir une direction absolument planifiée et rationnelle dans laquelle se déploierait, sans problèmes, la vie à venir. Dans le chapitre « du social au vital » de son livre Le normal et le pathologique Canguilhem montre l'illusion qu'il y a à croire que l'avenir peut être rigoureusement planifié à l'avance à l'échelle par exemple d'une politique nationale (la planification communiste). Une telle volonté naît du désir d'imiter, à travers l'organisation sociale, la facilité de l'organisation vitale.

Or si les normes vitales sont immanentes à l'organisme, les normes sociales sont en revanche transcendantes au corps social : elle sont arbitraires, conventionnelles, discutées, elles sont construites et non pas naturelles.

Aussi l'échec de la planification est il de droit prévisible, parce qu'une société n'est pas un organisme. III-Les erreurs des hommes rythment l'histoire. L'erreur n'est parfois réversible qu'idéalement, il arrive aussi que l'homme demeure un temps ignorant de ce qu'il se situe dans l'erreur.

Les erreurs, lorsqu'elles sont singulières et surtout lorsque leur rectification implique un changement radical de perspective sont ce qui rythment et dessinent l'histoire des hommes.

L'histoire politique est celle des erreurs des gouvernements, des stratégies militaires, des choix d'alliance ; l'histoire des sciences, plus que toutes autres paraît pouvoir être caractérisée comme une succession d'erreur, l'être de la science étant d'être en progrès constant rien de plus logique à ce que son histoire se confonde avec celle de ses erreurs. L'histoire de la physique est celles des erreurs successives faites sur la nature de l'atome (conçue sur un modèle macroscopique depuis Démocrite, ce que la physique quantique rectifie), du système solaire (les systèmes aristotéliciens et ptoléméens), de l'environnement (l'éther à la place de l'air), de la nature du corps humain (le cœur est un objet chaud qui fait bouillonner le sang chez les grecs, tandis qu'Harvey montra au XVIIe siècle qu'il est un muscle, fonctionnant comme une pompe). L'exemple de la science semble le mieux illustrer la thèse de l'importance des erreurs dans le dessin de l'histoire, mais la leçon n'estelle pas valable pour l'histoire des hommes indistinctement de sa qualité (politique, scientifique, philosophique) ? Il semble que l'on rencontre au moins deux difficultés, mais que l'on peut probablement multiplier.

D'une part la philosophie, qui fait partie de l'histoire des hommes, n'est pas une histoire de leurs erreurs, de celles de leurs philosophes.

Nous en sommes à nous poser aujourd'hui les mêmes questions que celles posées dans l'Antiquité, les évolutions dans l'histoire de la philosophie ne sont pas corrélatives, comme en science, de réfutations.

De façon encore davantage frappante la notion d'erreur est inadéquate pour apprécier l'histoire des arts.

Qui peut décréter que l'art primitif, l'art baroque, l'art classique ou l'art contemporain sont l'expression d'erreurs des hommes ? Conclusion : La vérité des hommes est bien plutôt de l'ordre du souhait, de l'aspiration, que de la réalité : l'histoire montre que les faits ne s'accordent que partiellement, moyennant des compromis et des résistances, avec la vérité à laquelle les hommes ont cru.

Il est illusoire de penser que l'histoire passée ou à venir puisse se dérouler comme plan, il y a une part d'irrationnel dans le réel (sauf à postuler comme Hegel une Raison par delà la multiplicité des entendements humains).

Loin d'être insignifiante l'erreur est retenue par l'histoire mais à la condition qu'elle ait suffisamment duré.

Le cas des sciences permet d'offrir une assise assez convaincante à la thèse suivant laquelle l'histoire des hommes est celle de leurs erreurs.

Toutefois nous ne pouvons souscrire en fait à celle-ci, le cas de la philosophie et des arts, qu'on ne peut disjoindre de l'histoire des hommes, rend le critère de l'erreur caduque pour apprécier l'ensemble de l'histoire des hommes.. »

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