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Les sens ne sont-ils pas suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances ?

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C'est ce qu'il faut bien distinguer, et c'est ce qu'Euclide a si bien compris, qu'il démontre souvent par la raison ce qui se voit assez par l'expérience et par les images sensibles. » Une seconde perspective possible consiste à accorder une certaine confiance aux données sensibles, mais à limiter leur application quant à la constitution de la connaissance, ou plutôt à limiter cette application, à la déclarer insuffisante : on a en effet besoin de principes rationnels pour fonder la connaissance, et ces principes ne nous sont pas donnés par nos sens mais par l'exercice de notre faculté rationnelle de compréhension. Les sens sont donc utiles pour constituer la connaissance ? ils sont même nécessaires ? mais ils ne sont pas suffisants, puisque la connaissance a deux composantes nécessaires : les données sensibles d'une part, leur généralisation en principes par la raison d'autre part.  3) Descartes, Méditations métaphysiques, sixièmes réponses aux objections « Quand donc on dit qu'un bâton paraît rompu dans l'eau, à cause de la réfraction, c'est de même que si l'on disait qu'il nous paraît d'une telle façon qu'un enfant jugerait de là qu'il est rompu, et qui fait aussi que, selon les préjugés auxquels nous sommes accoutumés dés notre enfance, nous jugeons la même chose. Mais je ne puis demeurer d'accord de ce que l'on ajoute ensuite, à savoir que cette erreur n'est point corrigée par l'entendement, mais par le sens de l'attouchement ; car bien que ce sens nous fasse juger qu'un béton est droit, et cela par cette façon de juger à laquelle nous sommes accoutumés dès notre enfance, et qui par conséquent peut être appelée sentiment... ...néanmoins cela ne suffit pas pour corriger l'erreur de la vue, mais outre cela il est besoin que nous ayons quelque raison, qui nous enseigne que nous devons en cette rencontre nous fier plutôt au jugement que nous faisons ensuite de l'attouchement, qu'à celui où semble nous porter le sens de la vue ; laquelle raison n'ayant point été en nous dès notre enfance, ne peut être attribuée au sens, mais au seul entendement ; et partant, dans cet exemple même, c'est l'entendement seul qui corrige l'erreur du sens, et il est impossible d'en apporter jamais aucun, dans lequel l'erreur vienne pour s'être plus fié à l'opération de l'esprit qu'à la perception des sens. »   Une troisième perspective peut se montrer plus soupçonneuse à l'égard des sens, et attire l'attention sur l'existence d'illusions sensibles, et donc sur le risque d'erreurs pour toute connaissance qui prétendrait se constituer uniquement sur la base des données sensibles. Ce ne sont alors que les données sensibles revues et corrigées par la raison qui pourraient prétendre à entrer dans la constitution de la connaissance ? plus encore, c'est le jugement qui devient l'instance première dans cette constitution, les données sensibles en sont disqualifiés en raison du risque d'erreur qu'ils comportent.

« Définition des termes du sujet L'expression de « données des sens » désigne l'ensemble des informations que nous fournissent nos cinq sens, qui constituent notre mode d'appréhension le plus direct du monde qui nous entoure, et, peut-être, notre première source de connaissance de celui-ci. C'est justement le rapport de l'ensemble de ces données sensibles avec la question générale de la connaissance qui pose problème ici.

La constitution d'une connaissance exige une fidélité du contenu de connaissance à l'objet choisi : une connaissance qui donne un contenu de connaissance se trompant sur l'objet étudié ne mérite pas le nom de connaissance.

L'emploi du verbe « constituer » suppose d'ailleurs que l'on conçoit la connaissance comme un contenu de pensée construit, élaboré, et non comme une chose qui s'offre d'elle-même et n'exige aucun travail. Cette question du rapport des données sensibles et de la constitution d'une connaissance est posée sous l'angle particulier de la suffisance : autrement dit, peut-on se limiter à une collecte de données sensibles pour produire quelque chose qui mérite le nom de « connaissance », ou faut-il autre chose, et, si oui, quoi ? D'autre part, les données sensibles sont-elles suffisamment fiables pour entrer dans la composition de la connaissance, ou au contraire toute connaissance commence-t-elle par un dépassement des données sensibles ? Si cette question est posée, c'est peut-être parce que la philosophie a traditionnellement cultivé une méfiance à l'égard des données sensibles : les sens pourraient nous tromper, or ils sont notre mode premier d'appréhension du monde : il nous faudrait donc, si nous avions l'intention de constituer une connaissance, fournir un effort pour dépasser les informations qu'ils nous donnent. La réponse au sujet va donc dépendre du statut que nous accordons aux données sensibles du point de vue de la connaissance, et de la manière dont nous choisissons de concevoir la connaissance : est-elle simplement une collection d'informations fiables, ou passe-t-elle par une généralisation, éventuellement une abstraction de ces informations (si l'on accepte cette dernière idée, alors les sens, même s'ils nous fournissent des informations fiables, ne suffisent pas pour constituer une connaissance, parce qu'il faut, en plus, trouver des moyens de généraliser les données qu'ils nous offrent.) ? Eléments pour le développement 1) Lucrèce, De natura rerum « Tu verras (alors) que la connaissance de la vérité nous vient primitivement des sens, que les sens ne peuvent être convaincus d'erreur, qu'ils méritent le plus haut degré de confiance parce que, par leur propre énergie, ils peuvent découvrir le faux, en lui opposant la vérité.

En effet, où trouver un guide plus sûr que les sens ? Dira-t-on que la raison, fondée sur ces organes illusoires, pourra déposer contre eux, elle qui leur doit toute son existence, la raison qui n'est qu'erreur, s'ils se trompent ... Si la raison ne peut pas expliquer pourquoi les objets qui sont carrés de près paraissent ronds dans l'éloignement, il vaut mieux, défaut d'une solution vraie, donner une fausse raison de cette double apparence que de laisser échapper l'évidence de ses mains, que de détruire toute certitude, que de démolir cette base sur laquelle sont fondées notre vie et notre conservation.

Car ne crois pas qu'il ne s'agisse ici que des intérêts de la raison ; la vie elle-même ne se soutient qu'en osant, sur le rapport des sens, ou éviter les précipices et les autres objets nuisibles, ou se procurer ce qui est utile.

Ainsi tous les raisonnements dont on s'arme contre les sens ne sont que de vaines déclamations.

» Dans une telle perspective, les sens sont considérés comme fiables, et ils constituent le fondement de la connaissance : par eux, nous appréhendons le monde sans nous tromper ; percevoir, c'est connaître adéquatement. Si un travail mental est nécessaire pour constituer une connaissance, ce n'est que pour ordonner les données sensibles, qui sont alors considérées comme le matériau de base de la connaissance. 2) Leibniz, Nouveaux essais sur l'entendement humain « Les sens, quoique nécessaires pour toutes nos connaissances actuelles, ne sont point suffisants pour nous les donner toutes, puisque les sens ne donnent jamais que des exemples, c'est-à-dire des vérités particulières ou individuelles.

Or tous les exemples qui confirment une vérité générale, de quelque nombre qu'ils soient, ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité, car il ne suit pas que ce qui est arrivé arrivera toujours de même.

Par exemple les Grecs et Romains et tous les autres peuples de la terre ont toujours remarqué qu'avant le décours de 24 heures, le jour se change en nuit, et la nuit en jour.

Mais on se serait trompé, si l'on avait cru que la même règle s'observe partout, puisqu'on a vu le contraire dans le séjour de Nova Zembla.

Et celui-là se tromperait encore qui croirait que c'est dans nos climats au moins une vérité nécessaire et éternelle, puisqu'on doit juger que la terre et le soleil même n'existent pas nécessairement, et qu'il y aura un temps où ce bel astre ne sera plus, au moins dans sa présente forme, ni tout son système.

D'où il paraît que les vérités nécessaires, telles qu'on les trouve dans les mathématiques pures et particulièrement dans l'arithmétique et dans la géométrie, doivent avoir des principes qui ne dépendent point des exemples, ni par conséquent du témoignage des sens ; quoique sans les sens on ne se serait jamais avisé d'y penser.

C'est ce qu'il faut bien distinguer, et c'est ce qu'Euclide a si bien compris, qu'il démontre souvent par la raison ce qui se voit assez par l'expérience et par les images sensibles.

». »

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