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Les niveaux de conscience.

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La notion de « niveaux de conscience » n'est pas nouvelle. Sans doute a-t-elle reçu un regain d'actualité depuis que la physiologie (particulièrement avec Hughlings Jackson et Sherrington) a déterminé des niveaux fonctionnels dans le système nerveux, chacun de ces niveaux se trouvant normalement intégré par le niveau supérieur, capable aussi bien de l'utiliser que de l'inhiber. Maine de Biran distinguait dès son « Mémoire sur les habitudes », une conscience « passive » n'ayant ni subjectivité (c'est-à-dire n'impliquant pas le « moi ») ni connaissance d'un monde extérieur (donc n'ayant pas notion d'objet), ...et une conscience personnelle caractérisée par l'effort volontaire qui implique le « moi » et le monde résistant au moi. La psychologie classique distingue de même une « conscience spontanée ou immédiate » qui serait abandon au vécu et participation irréfléchie à un environnement non distingué du moi, ...et une « conscience réfléchie » supposant conscience de soi, conscience de l'Univers, mémoire, conscience du Temps avec un passé et un avenir pour le « moi ». Ainsi Albert Burloud reconnaît-il expressément des niveaux de conscience qui n'ont rien à voir avec le préconscient ou l'inconscient: tels que les a décrits Freud, et qui seraient simplement des « degrés » de la conscience elle-même, aussi distincts les uns des autres que le sont par exemple le type de conscience de l'enfant de 2 ans, celui de l'enfant de 7 ans, celui de l'adolescent et de l'adulte. Un certain nombre d'expériences peuvent être évoquées à l'appui de cette hypothèse : Au cours de l'anesthésie qui précède toute intervention chirurgicale, la perte de conscience se fait graduellement : les mouvements volontaires (et donc le langage articulé) se perdent d'abord, ainsi que la sensibilité tactile et kinesthésique (c'est à ce stade que les chirurgiens estiment que le patient est endormi). A ce stade certaines sensations (et spécialement les sensations auditives, qui se révèlent les plus « résistantes ») persistent dans un type de conscience sans référence à un « moi » ni à un univers extérieur. Ainsi une « conscience sensible » subsiste alors que la conscience réfléchie et le monde objectif ont cessé d'être. Les expériences de « conscience diminuée » sont du même genre. Au cours de l'insulinothérapie (traitement institué par Sakel pour les schizophrénies et qui consiste à injecter des doses mesurées d'insuline), le sujet traité passe, de la conscience au coma insulinique, par plusieurs niveaux.

« Les niveaux de conscience. La notion d e « niveaux d e conscience » n'est pas nouvelle.

Sans doute a-t-elle reçu un regain d'actualité depuis q u e la physiologie (particulièrement avec Hughlings Jackson et Sherrington) a déterminé des niveaux fonctionnels dans le système nerveux, chacun de ces niveaux se trouvant normalement intégré par le niveau supérieur, capable aussi bien de l'utiliser que de l'inhiber. Maine d e Biran distinguait dès son « Mémoire sur les habitudes », u n e conscience « passive » n'ayant ni subjectivité (c'est-à-dire n'impliquant pas le « moi ») ni connaissance d'un monde extérieur (donc n'ayant pas notion d'objet), ...et une conscience personnelle caractérisée par l'effort volontaire qui implique le « moi » et le monde résistant au moi. La psychologie classique distingue d e m ê m e une « conscience spontanée ou immédiate » qui serait abandon au vécu et participation irréfléchie à un environnement non distingué du moi, ...et une « conscience réfléchie » supposant conscience d e soi, conscience de l'Univers, mémoire, conscience du Temps avec un passé et un avenir pour le « moi ».

Ainsi Albert Burloud reconnaît-il expressément des niveaux de conscience qui n'ont rien à voir avec le préconscient ou l'inconscient: tels que les a décrits Freud, et qui seraient simplement des « degrés » de la conscience elle-même, aussi distincts les uns des autres que le sont par exemple le type de conscience de l'enfant de 2 ans, celui de l'enfant de 7 ans, celui de l'adolescent et de l'adulte. Un certain nombre d'expériences peuvent être évoquées à l'appui de cette hypothèse : Au cours d e l'anesthésie qui précède toute intervention chirurgicale, la perte d e conscience se fait graduellement : les mouvements volontaires (et donc le langage articulé) s e perdent d'abord, ainsi que la sensibilité tactile et kinesthésique (c'est à ce stade que les chirurgiens estiment q u e le patient est endormi).

A ce stade certaines sensations (et spécialement les sensations auditives, qui s e révèlent les plus « résistantes ») persistent dans un type de conscience sans référence à un « moi » ni à un univers extérieur.

Ainsi une « conscience sensible » subsiste alors que la conscience réfléchie et le monde objectif ont cessé d'être. Les expériences de « conscience diminuée » sont du même genre.

Au cours de l'insulinothérapie (traitement institué par Sakel pour les schizophrénies et qui consiste à injecter des doses mesurées d'insuline), le sujet traité passe, de la conscience au coma insulinique, par plusieurs niveaux. Du même ordre seraient les expériences de narcose (après injection du fameux sérum de vérité qui est tout simplement un anesthésique dosé pour faire disparaître l'inhibition et le contrôle de la conscience réfléchie) puisque le sujet peut avoir une communication, entendre, répondre, donc être conscient d'une certaine manière sans avoir possibilité de contrôle de soi, de jugement critique, de réflexion ni de volonté. D'autres exemples peuvent être évoqués : Lorsqu'un somnambule marche sur un parapet, s a conduite suppose u n e certaine conscience puisqu'il a des mouvements adaptés. Lorsqu'un homme, sous l'effet de l'alcool, entreprend d'aller mettre un drapeau au sommet de la flèche d'une cathédrale, action qu'il ne pourrait faire s'il était pleinement lucide, il lui faut une certaine conscience et une certaine inconscience. Enfin Proust, dans son analyse de la prise graduelle de conscience au cours du réveil, évoque une expérience que tout le monde connaît : «...Il suffisait que, dans mon lit, mon sommeil fût profond et détendît entièrement mon esprit ; alors celui-ci lâchait le plan du lieu où je m'étais endormi, et quand je m'éveillais au milieu de la nuit j'ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas, au premier instant qui j'étais ; j'avais seulement dans sa simplicité première, le sentiment de l'existence.

» (Marcel Proust, « Du côté de chez Swann », début). On peut semble-t-il, distinguer au moins trois niveaux de conscience: 1 — La conscience passive, sans conscience de significations et sans conscience de soi.

Elle est caractérisée par une cénesthésie vague et des sensations qualitatives flottantes dans lesquelles le sentir et le senti ne sont pas distingués.

Dans cet « état » dont nous avons vu l'expérience fugitive au réveil et dans l'anesthésie, la conscience est vraiment passive, et comme virtuelle. 2 — La conscience vécue non-réfléchie, conscience sans pensée, toute entière affective et en relation directe avec les réactions organiques à la « situation » telle qu'elle est vécue c'est-à-dire éprouvée non-réfléchie.

Ce niveau de conscience semble être la persistance, à l'âge adulte, du type de conscience de l'enfant.

Par elle, un monde de significations se dispose autour du « moi » et commence à exister pour moi ; monde antérieur à la connaissance, et sentiment de moi immédiat, antérieur à la réflexion.

Cette conscience irréfléchie est engluée dans un m o n d e pré-objectif, et les significations du vécu (à quoi elle correspond) sont entièrement affectives ou thématisées par l'affectivité personnelle égocentrique. 3 — La conscience réfléchie ou prise de conscience qui implique l'entrée en jeu de l'« acte réflexif » permettant la scission entre le monde des significations et la conscience irréfléchie et faisant jaillir par le recul de la réflexion, d'une part le monde comme objectivité, et d'autre part le « Je » comme responsabilité. Aux significations spontanées du « m o n d e vécu » se superposent le savoir et la connaissance réfléchie (appréciation d e s distances, mesure des risques, insertion du savoir théorique, calcul des chances de succès, etc.), à la conscience immédiate se substitue la prise de conscience c'est-à-dire la conscience d e soi impliquant le jugement sur les intentions irréfléchies, la connaissance par chacun d e s e s propres attitudes, la conscience de son pouvoir d'adhérer à la signification affective ou de la refuser, bref la conscience de la liberté. C'est à ce niveau que la conscience est vraiment le rassemblement intentionnel du savoir dans un dessein d'adaptation ou d e compréhension qu'elle se propose délibérément.

D e m ê m e que ces « niveaux » sont éprouvés dans la durée au cours d e certaines expériences (on « passe » successivement par exemple par les 3 au cours du réveil ou, en rétrogradant, au cours de l'anesthésie et du traitement à l'insuline), de même on peut en saisissant ponctuellement la conscience à son maximum de « tension », voir se disposer, pour ainsi dire concentriquement, autour du foyer de l'attention réfléchie, des zones où se réalisent les 2 autres niveaux : d'abord la tâche actuelle absorbante pour laquelle la conscience, à s o n m a x i m u m d'activité, mobilise toutes les ressources du savoir ou du savoir-faire (conscience réfléchie) ; puis une zone large enveloppant la conscience vécue au centre d'un monde plein de significations immédiates, constellation de sentiments et de réactions personnelles profondes dont le sujet généralement, ne veut pas ou ne peut pas parler ; enfin, encore plus « loin » de ce centre, la conscience passive du corps en continuité avec l'univers, a n i m é d e sa vie propre et solidaire des choses, niveau qui est articulé au précédent par ce que Jean Lhermitte appelle « l'image de notre corps ».

Nous voyons donc que le terme de « conscient » appliqué à un être humain a plusieurs sens et on comprend comment le langage populaire peut l'appliquer aussi bien : à un sujet que l'on anesthésie et qui réagit encore à une excitation cutanée (réflexe de la paupière si on touche le globe oculaire) — donc dans un cas de « conscience passive »; à un sujet qui se réveille de l'anesthésie en question et commence à parler, ou à un sujet qui a un comportement affectivement motivé mais non-réfléchi — c'est la « conscience vécue »; à un sujet qui prépare minutieusement un projet ou qui calcule ses gestes pour une tâche délicate -— et c'est la « conscience réfléchie ». De même le qualificatif d'« inconscient » peut s'appliquer aux deux premiers cas avec des sens différents. Il faut enfin noter l'importance du « Temps » dans cette classification des niveaux de conscience.

Le 1er semble hors du temps vécu, le 2e paraît englué dans un temps qualitatif vécu et affectivement chargé, le 3e seul semble impliquer nécessairement la mémoire, l'instant présent en tant qu'actuel et la pensée du futur (« l'horizon temporel » du projet et de l'action).. »

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