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Les limites de la connaissance remettent-elles en cause la possibilité d'atteindre le vrai ?

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« La reconnaissance des limites de la connaissance humaine a longtemps été utilisée par les philosophes sceptiques pour remettre en question la possibilité d'atteindre le vrai. Quelle est cette vérité dont l'atteinte est ainsi contestable ? Il s'agit d'une connaissance qui serait parfaitement conforme à la réalité. Autrement dit une connaissance du réel non pas tel que nous le percevons à travers le prisme déformant de nos sens, ni tel que nous le pensons par l'intermédiaire de notre intelligence limitée, mais tel qu'il existe en lui-même tel que Dieu, s'il existe, le connaît. Il est vrai que cette vérité-là nous est inaccessible ou que, pour être plus exact, nous n'aurons jamais les moyens de savoir si nous la détenons. Autrement dit, nous sommes condamnés à demeurer dans l'incertitude. Il faudrait en effet, pour y échapper, pouvoir comparer ce que nous savons à ce réel en soi, absolu, indépendant de notre esprit auquel par définition nous n'avons aucun accès. Seule une conscience divine pourrait comparer la conformité ou au contraire l'inadéquation entre la pensée humaine et le réel qu'elle cherche à représenter. Est-ce à dire que la connaissance humaine est condamnée à errer dans le doute ? On peut échapper à cette conclusion sceptique en décidant de redéfinir ce qu'il convient d'entendre par « vérité ». Si une connaissance est vraie quand elle est conforme à son objet, il n'est pas en effet nécessaire de considérer que cet objet doit être le réel en soi ; la connaissance humaine peut aussi se régler sur le réel tel qu'il nous apparaît, c'est-à-dire sur l'expérience. Ainsi, dans le domaine des connaissances empiriques, on peut dire qu'un énoncé est vrai quand il coïncide avec les données de l'observation. Si au moment où il pleut, je dis : « il pleut », la proposition est vraie. Ce que nous appelons « pluie » est sans doute relatif à nos sens ; du point de vue d'une omniscience divine, il n'existe vraisemblablement pas de « pluie ». Dans le champ de notre expérience, il existe donc des vérités possibles, plus ou moins facilement vérifiables. D'autre part, dans le domaine des connaissances rationnelles, les démonstrations établissent des vérités qui, sous la condition de leurs principes (axiomes ou postulats), sont nécessaires. Un théorème mathématique est une vérité. La relativité de la connaissance démontrée n'annule pas sa valeur de vérité qui l'élève au-dessus du rang de la simple opinion ou d'une hypothèse plus ou moins argumentée. Si donc on entend par « vérité » tout énoncé rendu nécessaire soit démonstrativement, soit par des données d'observations (liées également à certains usages linguistiques : pour savoir s'il pleut, il faut s'entendre sur le sens et l'usage du verbe « pleuvoir »), alors il s'ensuit que des vérités sont accessibles à l'homme. C'est l'ambition démesurée d'atteindre la vérité absolue, qui conduit tantôt à l'enthousiasme dogmatique, quand on croit la posséder ou pouvoir l'atteindre un jour, tantôt au découragement sceptique quand, avec un peu d'instruction et surtout de réflexion, on comprend que les certitudes humaines les plus rationnelles et les mieux fondées sont par nature limitées et relatives. On croit trop souvent que la vérité est une entité atteignable par la raison ou par la science, et que tout ce qui pourrait se mettre sur le chemin de cette connaissance serait à effacer : préjugés, opinion, illusion, raisonnement préscientifiques etc. Ne faudrait-il pas plutôt penser en terme de limites, et reconnaître que la connaissance humaine ne peut pas atteindre certains objets comme Dieu, la mort, les esprits, la liberté et finalement se cantonner aux objets que nous pouvons atteindre et comprendre. En vérité, c'est certainement l'absence de limites à la connaissance qui nuit à tout travail scientifique sur le monde. La science serait-elle qu'une perpétuelle remise en cause de ses limites. Les limites de la connaissance ne sont-elles pas au contraire structurantes pour toute entreprise scientifique visant à atteindre la vérité ? 1) Quels objets et quelles limites pour la connaissance ? Voltaire explique clairement dès les Lettres philosophiques, qu'on ne peut définir l'âme ou Dieu. Il voit même dans l'excès métaphysique une espèce de péché d'orgueil de l'homme. Il faut reconnaître des limites à la connaissance. Mais ces domaines de l'inconnaissable une fois établis, il n'y a pas de savoirs interdits. Le désir de comprendre et d'expliquer est conçu comme des devoirs. Curiosité et doute vont de pair. Le questionnement incessant du monde, l'extension infinie des savoirs. Elle touche aussi bien la chimie, l'anthropologie ou tel perfectionnement de la cartographie, du calcul des longitudes, des mathématiques, des sciences de la vie ou de la physique. Pour échapper au vertige qui naît de la découverte incessante de lieux inconnus, d'organisations sociales et politiques autres, de coutumes et de pratiques différentes, de formes insoupçonnées de la vie, d'étrangetés de toute nature, il faut classer, ordonner, expliquer et comprendre. Montesquieu affirme dans la préface de l'Esprit des lois : « J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité des lois et des mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J'ai posé les principes, et j'ai vu les cas particuliers s'y plier comme d'eux-mêmes, les histoires des nations n'en être que les suites, et chaque loi particulière liée à une autre loi, ou dépendre d'une autre plus générale. » Aussi, les limites sont nécessaires pour atteindre la connaissance. Hume philosophe empiriste, qui fait reposer toute la connaissance sur l'expérience et sur les règles générales qu'on peut en tirer n'ignore pas la question de droit, ni la question critique qui porte sur les limites de toute connaissance. La fonction des « règles générales » et des « règles correctives » chez Hume est précisément de tracer les limites des prétentions à la connaissance, qui ne doivent pas aller au-delà de ce que l'expérience nous permet d'affirmer. Ce que le criticisme kantien tentera de répondre plus précisément. 2) Les limites kantiennes de la connaissance et la vérité. Si la physique galiléenne et cartésienne sonne le glas de la métaphysique au premier sens (la philosophie des formes substantielles), la philosophie kantienne marque le coup d'arrêt de la métaphysique au second sens (au sens de l'onto-théologie). La première ambition annoncée par le mot « critique » et plus particulièrement dans la Critique de la Raison pure, est celle de décider une bonne fois du sort de la métaphysique, de s'assurer qu'elle est possible et d'en faire une science. Ce nom de métaphysique formulait une prétention à acquérir la connaissance d'objets qui se »

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