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Les hommes sont-ils les jouets de l'histoire ?

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« Qui fait l'histoire ? La question peut paraître sans objet, puisque, visiblement, ce sont les hommes qui agissent et construisent (ou détruisent) leur propre existence. En réalité, le problème est de savoir dans quelles conditions est menée l'action humaine. Est-elle voulue et consciente d'elle-même ? Ou bien est-elle la résultante de forces qui la dépassent ? Et, en ce cas, ne conviendrait-il pas de dire que les hommes subissent l'histoire plus qu'ils ne la font ? LES HOMMES, ACTEURS DE L'HISTOIRE Les individus, seuls ou en groupes, sont tous engagés dans la vie sociale de leur temps. Ils y développent leurs actions, petites ou grandes en essayant d'infléchir ce qui existe dans le sens que leur intérêt, leurs désirs ou leur raison paraissent leur indiquer. Si l'histoire était le résultat de cette multitude d'actes, elle semblerait incompréhensible, car elle serait le fruit d'une série de chocs contradictoires entre des intérêts particuliers, elle n'aurait aucune organisation. C'est pourquoi les individus font l'histoire en tentant de rationaliser leur action, c'est-à-dire de l'accorder à d'autres, éventuellement pour la faire prévaloir sur celle d'un groupe antagoniste. L'histoire est le lieu d'entreprises collectives, qui supposent un minimum d'identité de vue entre les membres d'un même groupe. Le rôle des « grands hommes », ceux qui laissent un nom dans l'histoire, peut s'analyser à partir de cette remarque. Machiavel notait, dans le Prince, que le grand homme est celui qui est capable de donner à un groupe une idée cohérente de son identité en fondant ou en perpétuant la puissance de l'Etat. Il incarne une volonté, des aspirations, dans lesquelles les autres se reconnaissent, il constitue en quelque sorte l'image matérielle de leur conscience collective. Dans cette perspective, ce sont les grands hommes qui font l'histoire, dans le sens où ils lui impriment une direction déterminée à partir de désirs confus qu'ils synthétisent en idées et matérialisent en une action. Par là, ils sont comme l'expression de la liberté collective. LES HOMMES, JOUETS DE L'HISTOIRE Pourtant, pas plus que les individus, les grands hommes ne peuvent diriger à leur guise la série des événements. Machiavel accordait à la Fortune, en fait au hasard, un rôle dans l'histoire, part d'impondérable que l'homme ne peut maîtriser. Pour nous, ce sont peut-être les forces inconscientes agitant les foules qui échappent au contrôle des hommes. En effet, des facteurs économiques, démographiques, sociaux, influent, souvent à leur insu, sur les aspirations des hommes, les poussant à agir dans une direction donnée sans qu'ils en aient conscience. On a ainsi expliqué de grands événements, notamment certaines guerres, comme le premier conflit mondial. S'il en est ainsi, les hommes ne font l'histoire qu'en apparence. Ils sont en réalité le jouet de forces qui les dépassent, ils subissent l'histoire plus qu'ils ne la conduisent. Ceci explique les visions pessimistes de l'histoire qui ne perçoivent en elle qu'une suite de catastrophes et de crimes. Divinité aveugle, elle sacrifie sans raison des existences individuelles à la manière des cataclysmes naturels, dont elle mime l'absurdité. « Les peuples heureux n'ont pas d'histoire » dit un adage populaire. L'AUTONOMIE DE L'HISTOIRE L'apparent non-sens de l'histoire peut engendrer le désir d'y déceler une cohérence. Au milieu des malheurs provoqués par l'effondrement de l'Empire romain, Saint-Augustin apercevait l'intention de Dieu, soucieux de montrer aux hommes les limites, la précarité de toute cité humaine, même la mieux établie. De façon générale, le Christianisme souligne la logique sous-jacente de l'histoire. Au XVIIe siècle encore, Bossuet analyse l'évolution de l'humanité à la lumière des desseins cachés de la Providence. Les hommes sont les acteurs de l'histoire, mais dirigés par la main invisible d'un metteur en scène, qui les conduit vers le but qu'il a choisi. Ils sont à la fois sujets et objets de l'histoire. On retrouve une tentation similaire chez tous les penseurs qui essaient de discerner une rationalité implicite à l'œuvre dans l'histoire. C'est sans doute dans la philosophie de Hegel que cette tendance est la plus nettement marquée. Les hommes, tout en poursuivant leurs buts particuliers, concourent à leur insu à l'émergence de la raison, ce que Hegel nomme l'Esprit. Derrière l'apparent désordre des actions individuelles, s'écrit une réalité plus haute qui conduit l'Homme à son plein accomplissement. Hegel nomme ce processus « la ruse de la raison ». Les individus agissent sur un double plan, dont l'un seulement est conscient, tandis que l'autre englobe, dépasse et justifie leurs comportements. Entité collective, l'histoire intègre et donne sens à l'action individuelle, par elle-même insignifiante. »

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