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Les animaux ont-ils comme nous une culture ?

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Les animaux ont-ils comme nous une culture ?

L’éthologie comparée, c'est-à-dire la comparaison des comportements individuels ou collectifs chez l’homme et l’animal, sauf à être lue de façon anthropomorphique, semble nous interdire de parler de culture animale. La culture est ce qui caractérise l’humanité en propre. Or, on le sait, il existe une forte tentation, au-delà d’un simple anthropomorphisme, de reconnaître une culture animale, forme dégradée des cultures humaines. Tout notre travail doit consister à évaluer la différence entre une société vraie et un simple groupe hiérarchisé, entre un langage et une communication par stimuli-signaux, entre une technique artificielle et pensée et une technique naturelle, mimétique et circonstancielle. Enfin, pour se garder de reconduire le présupposé inhérent à la formulation même de notre sujet, nous nous demanderons si ces écarts sont de nature ou simplement de degré (auquel cas l’on pourrait bien parler de culture animale).

  • I-La culture c’est le propre de l’humanité.

  • II-Des formes de cultures animales ?

  • III-Différence de nature ou de degré ?

 

« L'éthologie comparée, c'est-à-dire la comparaison des comportements individuels ou collectifs chez l'homme et l'animal, sauf à être lue de façon anthropomorphique, semble nous interdire de parler de culture animale.

La culture est ce qui caractérise l'humanité en propre.

Or, on le sait, il existe une forte tentation, au-delà d'un simple anthropomorphisme, de reconnaître une culture animale, forme dégradée des cultures humaines.

Tout notre travail doit consister à évaluer la différence entre une société vraie et un simple groupe hiérarchisé, entre un langage et une communication par stimulisignaux, entre une technique artificielle et pensée et une technique naturelle, mimétique et circonstancielle.

Enfin, pour se garder de reconduire le présupposé inhérent à la formulation même de notre sujet, nous nous demanderons si ces écarts sont de nature ou simplement de degré (auquel cas l'on pourrait bien parler de culture animale). I-La culture c'est le propre de l'humanité. La culture est arrachement, affranchissement aux lois de la nature, négativement la culture représente la sortie de l'existence naturelle, l'homme crée son propre monde, l'organise à sa façon.

La culture c'est le monde humain en cela qu'il inclus l'artificiel (la technique, le commerce, l'art…) et par là échappe au déterminisme de la nature. L'animal, à l'opposé, est rivé aux impératifs fixés par son Umwelt (monde naturel), il n'est pas à même de déterminer lui-même ses buts et ses conditions d'existence et reste entièrement soumis aux limites fixées par la nature et par son appartenance à telle espèce.

Bref, l'animal stagne, il n'a pas d'historicité propre, les seuls variations affectant la viabilité d'une espèce sont dues à des déterminations climatiques ou humaines ; l'animal se débat dans un environnement qu'il ne domine pas. Or la culture c'est le signe même d'une progression, de la possibilité d'une auto-détermination ; la culture humaine n'est pas l'objet des sciences de la nature car c'est l'homme seul qui la construit : elle est son avancée, son arrachement au sol naturel.

La pluralité des cultures témoigne de leur caractère contingent et historique, c'est-à-dire humain, les lois de la nature sont uniformes, la culture se distingue par son hétérogénéité et son instabilité. II-Des formes de cultures animales ? Toutefois la zoologie n'est pas avare d'exemples où l'animal esquisse quelque chose d'humain, comme si le monde animal enveloppait la potentialité d'une culture.

Même au niveau du protozoaire il y a ébauche d'une société, la bactérie dyctosélium a un comportement unitaire et pourtant elle est composée d'une multiplicité d'amibe, chacune perdant son individualité au profit de la communauté.

Cette perte d'individualité caractérise la société humaine pour Auguste Comte selon qui c'est la famille et non l'individu qui en constitue l'unité fondamentale. Il existe maints exemple de vie socialisée, ou du moins hiérarchiquement organisée, dans le monde animal, chez les félins, les singes ou autres.

Mais ces groupements ont quelque chose de nécessaire, leur finalité n'est elle pas purement liée au besoin de se nourrir et de survivre ? Peut-on parler de conventions, de règles ? Le risque de la lecture anthropomorphique nous menace, Dyctosélium ne se forme t-elle pas d'après les lois strictes de la nature et jamais librement ? Cependant l'hésitation reste forte, les langages animaux (chez l'abeille par exemple), la mise en place de communauté de travail (chez les fourmis ou les abeilles) voire l'utilisation de techniques apparemment artificielles (le singe se servant d'un bâton), nous interdisent de considérer la question de la différence anthropologique comme résolue.

Il n'existe pas réellement de culture humaine atténuée chez l'animal mais selon l'espèce considérée on trouve des fragments du monde culturel humain, jusqu'à la faculté esthétique chez certains oiseaux qui paraissent collectionner des objets selon des critères désintéressés du point de vue de la survie. III-Différence de nature ou de degré ? Il faut donc se demander si nos réserves concernant l'inexistence de cultures animales restent insuffisantes, auquel cas la différence resterait de nature, ou bien si elle n'est que de degré, et alors on pourrait parler de cultures animales, signes d'une pré-humanité.

Cependant les faits nous conduisent davantage à privilégier la première hypothèse. En effet, deux composantes significatives de la culture sont absentes des mondes animaux : l'accès au symbolique (entendu au sens le plus général du terme) et la transmission des savoirs, des acquis. Le symbolique c'est la capacité à évoquer quelque chose en son absence, à pouvoir par la médiation d'un mot par exemple présenter ce qui n'est pas là en chair et en os.

Or cette capacité fait défaut chez l'animal (ce qui est notamment thématisé par Cassirer).

Le langage des abeilles par exemple est purement instinctif et n'autorise aucune distance entre le message et l'intention, le message est comme automatisé, de plus il n'est pas reçu par le reste de la ruche comme une information en soi, les autres abeilles doivent imiter la danse signifiante pour pouvoir la comprendre, on est donc loin du langage humain (je n'ai pas besoin de répéter ce qu'autrui me dit pour en comprendre le sens). Deuxièmement les animaux n'ont pas d'historicité propre, leur évolution n'est que biologique, chaque animal repart de zéro sans bénéficier des acquis hypothétiques de ses aînés.

La transmission d'un savoir-faire est au mieux immédiate et sans avenir, mimétique et non comprise. Conclusion : Sans fermer les yeux sur le monde animal et décider d'emblée qu'il n'a rien d'humain en son fonds, nous avons vu qu'on ne pouvait toutefois pas parler de cultures animales, l'absence d'arrachement au monde naturel, d'accès au symbolique et à la faculté de transmettre un héritage, nous en empêchent en effet.

Simplement il faut concéder en dernier lieu une réserve importante : c'est l'homme qui décide des critères de ce qu'est la culture, à lui d'étendre ou de restreindre ces critères, de même que pour l'appréciation d'intelligences de formes animales il lui appartient d'établir les normes. Autrement dit il n'y a peut-être pas d'objectivité possible, de réponse définitive au problème qui a été traité.

Ce qui est en jeu c'est aussi la compréhension des mondes non-humains selon leurs spécificités propres, c'est-à-dire tel que leur étude n'est pas toujours déterminée négativement par rapport au monde humain.. »

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