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LEIBNIZ: L'animal et l'homme

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Il y a une liaison dans les perceptions des animaux qui a quelque ressemblance avec la raison ; mais elle n'est fondée que dans la mémoire des faits, et ement dans la connaissance des causes. C'est ainsi qu'un chien fuit le bâton dont il a été frappé parce que la mémoire lui représente la douleur que ce bâton lui a causée. Et les hommes en tant qu'ils sont empiriques, c'est-à-dire dans les trois quarts de leurs actions, n'agissent que comme des bêtes ; par exemple, on s'attend qu'il fera jour demain parce que l'on a toujours expérimenté ainsi. Il n'y a qu'un astronome qui le prévoie par raison ; et même cette prédiction manquera enfin, quand la cause du jour, qui n'est point éternelle, cessera. Mais le raisonnement véritable dépend des vérités nécessaires ou éternelles ; comme sont celles de la logique, des nombres, de la géométrie, qui font la connexion indubitable des idées et les conséquences immanquables. Les animaux où ces conséquences ne se remarquent point sont appelés bêtes ; mais ceux qui connaissent ces vérités nécessaires sont proprement ceux qu'on appelle animaux raisonnables. LEIBNIZ

Que veut-on dire au juste lorsque l'on dit que l'homme est un « animal raisonnable» ? Cela signifie-t-il, comme le suggère Descartes, que les autres animaux, entièrement dépourvus de raison, soient de simples machines ? Et en quoi consiste véritablement la raison humaine ?  Leibniz propose une réponse à ces deux questions simultanément en appuyant sa compréhension de la raison humaine sur une comparaison avec la conduite quasi rationnelle des animaux.  Pour établir cette comparaison, Leibniz suit une démarche en trois temps qui sont autant d'étapes de l'analyse du concept de raison. La première consiste à repérer la « liaison des idées » effectuée par les animaux doués non seulement de perception, mais aussi de mémoire. Les deux étapes suivantes sont une analyse terme à terme du concept d'animal raisonnable : animal, l'homme utilise aussi l'association d'idées, en la perfectionnant toutefois par la démarche intellectuelle de l'induction, de la connaissance des causes empiriques. Rationnel, l'homme ne l'est au sens propre que parce qu'il peut accéder aux «vérités éternelles ». C'est à ce concept et à ce qui le distingue même des connaissances de l'astronome, qu'il nous faudra porter une attention particulière.  

« "Il y a une liaison dans les perceptions des animaux qui a quelque ressemblance avec la raison ; mais elle n'est fondée que dans la mémoire des faits, et nullement dans la connaissance des causes. C'est ainsi qu'un chien fuit le bâton dont il a été frappé parce que la mémoire lui représente la douleur que ce bâton lui a causée.

Et les hommes en tant qu'ils sont empiriques, c'est-à-dire dans les trois quarts de leurs actions, n'agissent que comme des bêtes ; par exemple, on s'attend qu'il fera jour demain parce que l'on a toujours expérimenté ainsi.

Il n'y a qu'un astronome qui le prévoie par raison ; et même cette prédiction manquera enfin, quand la cause du jour, qui n'est point éternelle, cessera.

Mais le raisonnement véritable dépend des vérités nécessaires ou éternelles ; comme sont celles de la logique, des nombres, de la géométrie, qui font la connexion indubitable des idées et les conséquences immanquables.

Les animaux où ces conséquences ne se remarquent point sont appelés bêtes ; mais ceux qui connaissent ces vérités nécessaires sont proprement ceux qu'on appelle animaux raisonnables.

" LEIBNIZ VOCABULAIRE: EMPIRIQUE (adj.): Qui découle de l'expérience ou qui ne se règle que sur elle.

Le savoir empirique découle largement de l'habitude, qui lui permet de repérer des régularités dans l'expérience (par exemple, telle plante soulage toujours telle douleur).

Ce savoir s'obtient par tâtonnements, par essais et erreurs, mais ce n'est pourtant pas un savoir scientifique ou expérimental.

En effet, il ne sait pas vraiment expliquer ce qu'il observe, il ignore les causalités réellement agissantes (par exemple, l'action physique-chimique de la plante dans l'organisme). Introduction Que veut-on dire au juste lorsque l'on dit que l'homme est un « animal raisonnable» ? Cela signifie-t-il, comme le suggère Descartes, que les autres animaux, entièrement dépourvus de raison, soient de simples machines ? Et en quoi consiste véritablement la raison humaine ? Leibniz propose une réponse à ces deux questions simultanément en appuyant sa compréhension de la raison humaine sur une comparaison avec la conduite quasi rationnelle des animaux. Pour établir cette comparaison, Leibniz suit une démarche en trois temps qui sont autant d'étapes de l'analyse du concept de raison.

La première consiste à repérer la « liaison des idées » effectuée par les animaux doués non seulement de perception, mais aussi de mémoire.

Les deux étapes suivantes sont une analyse terme à terme du concept d'animal raisonnable : animal, l'homme utilise aussi l'association d'idées, en la perfectionnant toutefois par la démarche intellectuelle de l'induction, de la connaissance des causes empiriques.

Rationnel, l'homme ne l'est au sens propre que parce qu'il peut accéder aux «vérités éternelles ».

C'est à ce concept et à ce qui le distingue même des connaissances de l'astronome, qu'il nous faudra porter une attention particulière. Étude ordonnée et intérêt philosophique En abordant le texte, on pourrait croire qu'il s'agit d'un plaidoyer pour la reconnaissance d'une raison des animaux ; ceux-ci ne sont pas identifiés à de simples machines vivant purement dans l'instant : cette «liaison» ne révèle-t-elle pas la présence de la conscience ou de la raison ? En fait, c'est pour en distinguer la raison proprement dite que Leibniz évoque cette conduite animale.

Notons tout d'abord que ce qui est lié, ce sont des «perceptions» et non des idées.

Leibniz ne dit pas que les animaux tiennent des raisonnements, mais que leurs perceptions ne restent pas isolées les unes des autres et forment un tout cohérent aboutissant à des conduites pertinentes.

Il ne donne pas à penser que les animaux sont conscients de ce processus et encore moins qu'ils le dirigent et le maîtrisent.

La mémoire travaille même chez l'homme de façon souterraine. La ressemblance avec la raison apparaît donc à travers la conduite extérieure et non par l'explicitation d'un raisonnement conscient.

Leibniz illustre cette idée par l'exemple du chien qui fuit le bâton.

Nous avons tendance à dire qu'il a «compris» la signification de la menace, mais Leibniz ne voit là qu'une pure association de représentations des sens ou de l'imagination.

Il peut donc s'agir d'un pur réflexe, dont la pertinence est assurée par la liaison des représentations.

Et même si la conduite est plus élaborée qu'un réflexe, ses raisons ne sont pas explicitées. C'est ce que confirme l'extension de l'exemple aux conduites humaines : «les hommes [...] dans les trois quarts de leurs actions, n'agissent que comme des bêtes».

Leibniz critique-t-il ici un comportement bestial ou du moins primaire ? Non, sans doute.

Si nous n'agissons « que comme des bêtes», c'est sans doute que les trois quarts des situations que nous rencontrons ne requièrent rien de plus.

On peut même remarquer que l'on accomplit mal une tâche simple si l'on réfléchit trop.

Bon nombre de situations appellent des réponses rapides et donc des liaisons d'idées schématiques.

La remarque de Leibniz n'a donc rien de péjoratif – pourvu qu'il reste un quart d'activité proprement rationnelle ! La comparaison entre l'astronome et l'individu ordinaire peut surprendre : d'un côté le savant passe de l'habitude au raisonnement, à la connaissance des causes ; mais d'un autre côté, Leibniz semble relativiser la rationalité de cette connaissance, puisqu'elle porte sur des causes éphémères.

Le premier aspect n'est pas original : nous «attendons »,. »

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