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Le travail prouve t-il que l'homme se fait ?

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Le travail prouve t-il que l'homme se fait ?

Le travail désigne l’activité humaine de transformation de la nature en vue de satisfaire les besoins vitaux. Dans la mesure où il constitue un moyen de satisfaire les besoins humain, le travail prouve moins que l’homme se fait qu’il n’inscrit ce dernier dans un cycle de dépendance qui le contraint à transformer la nature s’il veut survivre : le sentiment de pénibilité qui accompagne le travail traduit bien une action transitive où l’on fait sans retour sur soi. Cependant en exploitant la nature par le travail, nous ne faisons pas que transformer la nature, mais nous nous transformons nous-mêmes. Ainsi c’est par le travail que l’homme se fait lui-même, c’est-à-dire s’autoproduit  en étant créateur plutôt que créature. Toutefois on peut se demander si dans la société industrielle moderne, le travail ne colle plus à son concept humanisant : en ce sens il prouverait plutôt que l’homme moderne est fait par le travail plutôt qu’il ne se fait lui-même. Nous sommes dès lors confrontés à ce problème : le travail est -il la preuve que l’homme est le créateur de son propre être ou affirme t-il au contraire sa dépendance à l’égard de ce qui n’est pas lui ?

 

  • I Par le travail l’homme transforme la nature
  • II Par le travail, l’homme se fait lui-même
  • III Dans la société industrielle, l’homme est fait par son travail plutôt qu’il ne se fait

 

 

 

« Introduction : Le travail désigne l'activité humaine de transformation de la nature en vue de satisfaire les besoins vitaux.

Dans la mesure où il constitue un moyen de satisfaire les besoins humain, le travail prouve moins que l'homme se fait qu'il n'inscrit ce dernier dans un cycle de dépendance qui le contraint à transformer la nature s'il veut survivre : le sentiment de pénibilité qui accompagne le travail traduit bien une action transitive où l'on fait sans retour sur soi. C ependant en exploitant la nature par le travail, nous ne faisons pas que transformer la nature, mais nous nous transformons nous-mêmes.

A insi c'est par le travail que l'homme se fait lui-même, c'est-à-dire s'autoproduit en étant créateur plutôt que créature.

Toutefois on peut se demander si dans la société industrielle moderne, le travail ne colle plus à son concept humanisant : en ce sens il prouverait plutôt que l'homme moderne est fait par le travail plutôt qu'il ne se fait lui-même.

Nous sommes dès lors confrontés à ce problème : le travail est -il la preuve que l'homme est le créateur de son propre être ou affirme t-il au contraire sa dépendance à l'égard de ce qui n'est pas lui ? I Par le travail l'homme transforme la nature _ Le travail ne constitue qu'un moyen pénible de transformation de la nature.

On peut en effet se référer au mythe de la Genèse pour comprendre la malédiction attachée au travail.

Dans la Genèse, c 'est parce que Adam et Eve ont commis le péché originel que Dieu les chasse de l'Eden avec pour châtiment respectif le travail et l 'enfantement.

A vant de devoir « gagner son pain à la sueur de son front », Adam n'avait pas à travailler car il vivait au sein d'une nature généreuse offrant d'elle-même de quoi satisfaire tous ses besoins.

La satisfaction des besoins n 'exigeait pas la médiation pénible du travail qui ne s'est avéré nécessaire que lorsque il fut chassé du paradis. _ Or le travail inscrit l'homme dans la nécessité naturelle dont il est dépendant.

L'homme Si nous travaillons, c 'est que nous y sommes contraints.

Si nous pouvions obtenir de quoi satisfaire nos besoins sans en passer par la médiation du travail, il est évident que nous ne choisirions pas de continuer à souffrir en travaillant.

C 'est ce qu'on peut soutenir en se référant à la sixième partie du Discours de la méthode de Descartes.

: si l'homme doit partir à la conquête du monde par le savoir en étant « comme maître et possesseur de la nature », c 'est que le programme cartésien a deux finalités : la conservation de la vie par la santé, et une moins grande pénibilité.

En effet ce second objectif consisterait à remplacer une transformation de la nature par les hommes eux-mêmes par des machines. _ La technique désigne l'invention de moyens humains permettant d'exploiter plus efficacement la nature que par les forces humaines.

Les machines travailleraient à notre place et nous permettraient d'économiser nos forces.

A insi la technique nous sauverait du travail en tant qu'elle nous permettrait de nous procurer les moyens de satisfaire nos besoins sans nous contraindre à la pénibilité directe de la transformation de la nature. C ependant en exploitant la nature par le travail, nous ne faisons pas que transformer la nature, mais nous nous transformons nous-mêmes.

A insi c'est par le travail que l'homme se fait lui-même, c'est-à-dire s'autoproduit en étant créateur plutôt que créature. II Par le travail, l'homme se fait lui-même _ En travaillant, l'homme s'arrache à sa paresse spontanée qui engendre l'ennui..

Le travail est une médiation entre nous et la satisfaction de nos besoins. Or s'il nous semble souvent que nous nous passerions très bien de travailler si nous pouvions obtenir de manière immédiate la satisfaction de nos besoins, nous pourrions alors nous demander de quoi notre vie serait faite .

A insi par rapport aux animaux qui ne produisent pas, mais qui se contentent de jouir, les hommes se considèrent parfois comme plus malheureux que les bêtes.

L 'homme serait le seul animal voué au travail.

Or nous pouvons nous interroger avec Kant dans ses Réflexions sur l'éducation à la page 110 en édition V rin : « le Ciel n'aurait-il pas plus pris soin de nous avec plus de bienveillance en nous offrant toutes es choses déjà préparées ? » Il nous suffit de nous représenter la situation d'A dam et Eve qui n'auraient pas commis le péché originel et n'auraient pas été chassés du paradis : loin de jouir de la vie, ils n 'auraient fait que s'ennuyer.

Or l 'ennui est le malheur de ceux qui n 'ont rien à faire.

Sans travail, les hommes seraient donc torturés d'ennui.

Ce ne serait ainsi plus le travail qui serait une torture, mais l'ennui et le travail serait le remède certes pénible qui nous sauverait d'un mal plus pénible encore la torture de l 'ennui.

Ainsi le travail remplit la vacuité intérieure de l'homme et permet d 'oublier sa propre existence en l'occupant à un projet. _En transformant la nature, l'homme ne se contente pas de se détourner de l'ennui, mais il se fait lui-même.

En effet en transformant la nature pour satisfaire nos besoins, nous nous contentons pas de transformer la nature, mais nous nous transformons nous-mêmes.

Le travail nous demande en effet un effort qui ne se réduit pas à l 'énergie que nous consacrons à la production d 'un bien, mais implique le choix de différer une satisfaction immédiate.

Différer cette satisfaction, nous permet par le travail de prendre conscience de nous-mêmes et de nous humaniser.

C'est ce que l'on peut soutenir avec Hegel au chapitre I V de la Phénoménologie de l'esprit à la section « maîtrise et servitude ».

Le maître est celui qui ne travaille pas tandis que l'esclave travaille pour produire ce dont le maître a besoin pour se satisfaire. _ Par le travail, l'homme s'arrache à l'animalité et conquiert son humanité par la médiation entre soi et la satisfaction de ses besoins.

C 'est ce que l'on peut soutenir avec Hegel « le travail est désir réfréné, disparaître retenu ou il cultive ».

Or nous assistons au renversement de l'aliénation.

Malgré les apparences, c 'est le maître qui va se déshumaniser en devenant l 'esclave de ses désirs sans faire l 'expérience de la réalité par sa résistance.

L 'esclave quant à lui, en se frottant à la résistance de la matière apprend à se différencier d'elle et prend conscience de lui-même.

C 'est là le paradoxe de la dialectique entre le maître et l'esclave : par la satisfaction de tous ses désirs, le maître devient l'esclave de son esclave.

L'aliénation est la dépossession de soi par celui qui ne travaille pas.

A insi par opposition, c'est en travaillant que l'homme accomplit son humanité. Le travail est ce qui acheminerait l 'homme vers son humanité en l'éloignant de l'animalité.

Toutefois on peut se demander si dans la société industrielle moderne, le travail ne colle plus à son concept humanisant III Dans la société industrielle, l'homme est fait par son travail plutôt qu'il ne se fait _ Dans la société industrielle, l'homme moderne est fait par son travail plutôt qu'il ne se fait lui-même.

Dans la réalité économique du monde moderne, le travail ne recouvre pas son concept; le travail n 'est plus en effet accompli par le travailleur pour accomplit son humanité, mais pour obtenir en échange le salaire qui le permettra de se procurer le marchandises requises pour sa survie physique.

C'est ce que l'on peut soutenir avec Marx dans l 'article « ébauche d'une critique » à l'intérieur des Manuscrits parisiens de 1844 : dans le monde régi par le dispositif du salariat, c'est le salaire lui-même qui devient la fin et le travail n 'est plus qu'un moyen pour l'atteindre.

Or le salaire n 'est lui-même que le moyen d 'obtenir de quoi satisfaire des fonctions biologiques communes avec les animaux.

Je ne travaille plus pour devenir humain, mais l 'ouvrier à la chaîne ne travaille que pour rester un animal.

Quand l'homme est rendu étranger à sa fonction proprement humaine, son travail se réduit à un moyen dénué de valeur. _ Nous sommes alors confrontés à ce paradoxe : le travail qui dans son concept était le lieu même de l 'humanité est devenu dans la réalité de sa production économique l 'agent d 'une déshumanisation.

Néanmoins il convient d 'insister : ce n'est pas l 'essence du travail qui est déshumanisante et dénuée de valeur intrinsèque, c 'est sa réalité dans le monde moderne industriel et notamment dans les productions en chaînes où l'activité se réduit à un seul geste minimal et répétitif qui l'aliène.

Le taylorisme est la forme suprême de l'aliénation qui éloigne l 'homme de l 'opus(l'œuvre ) où le travail a une valeur en lui-même de l'operatio où le travail n'est plus qu 'un moyen vide de sens .

C 'est ce que l 'on peut soutenir avec Hannah Arendt dans la Condition de l'homme moderne. Conclusion : Par le travail, l'homme transforme la nature en vue de produire les moyens e satisfaire ses besoins.

M ais en transformant la nature, l'homme se transforme lui-même : dans la mesure où le travail est travail de soi sur soi, l'homme se fait lui-même , est l'auteur de son propre être en travaillant.

Néanmoins, il faut nuancer cette thèse conceptuelle en insistant sur la contradiction dans laquelle elle entre au sein de la société industrielle où l'homme esclave des machines est plus fait par son travail qu'il ne se fait lui-même par le moyen du travail.

Il n'en reste pas moins que dans la vérité de son concept, le travail prouve que l'homme se fait.. »

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