Aide en Philo

Le travail est-il libérateur ?

Extrait du document

Le travail nous impose de multiples contraintes. Il limite notre "temps libre" et exige souvent de nous des efforts que nous ne consentirions pas à faire de notre plein gré. Comment donc pourrait-il constituer un facteur de liberté ? Est libérateur ce qui délivre d'une contrainte ou d'une aliénation. Quelle est donc la nature de ce danger, de cette soumission dont devrait nous libérer le travail ? Qui joue le rôle de prisonnier ? L'Humanité ? L'homme en tant qu'individu ? Comment concilier la liberté avec une notion aussi longtemps et souvent dépréciée que celle du travail ?
Le travail n'a-t-il pas permis à l'espèce humaine de s'éloigner de son animalité originaire ? En transformant la nature, l'homme n'accède-t-il pas à une certaine reconnaissance de soi dans un monde miroir de lui-même ? De plus, la production par le travail n'offre-t-elle pas la possibilité de surmonter l'angoisse de la mort ?
Mais, si le travail semble libérateur dans son essence, n'a-t-il pas revêtu, au cours de l'Histoire, des formes concrêtes aliénantes: esclavage, servage, salariat ?

« « Arbeit macht frei » : « Le travail rend libre ».

Telle était la lugubre inscription qui surplombait l'entrée des camps de concentration Allemand durant la deuxième guerre mondiale.

Expression « prise ironiquement en apparence et réellement établie en principe » ? Rien n'est moins sûr.

Sortie de ce contexte macabre, la question de la liberté par le travail en soulève de nombreuses autres. Est libérateur ce qui délivre d'un grand péril, d'une contrainte ou d'une servitude.

Quelle est donc la nature de ce danger, de cette soumission dont devrait nous libérer le travail ? Qui joue le rôle de prisonnier ? L'Humanité ? L'homme en tant qu'individu ? Comment concilier la valeur de liberté avec une notion aussi longtemps et souvent dévaluée que celle du travail ? En résumé, comment et de quoi le travail pourrait-il nous libérer ? Tout libération implique la présence d'un geôlier et d'un captif.

Dans le cas du travail l'identification de ces deux protagonistes pose une première difficulté. Qui le travail est-il censé libérer ? Une des premiers rôle du travail, du moins une de ses premières manifestation est la transformation du Monde afin de dégager l'homme des contraintes inhérentes à celui-ci. L'Homme crée un monde à son image, s'approprie la nature non seulement par le travail manuel mais aussi par le travail intellectuel, par les sciences qui quantifient, expliquent la nature à partir du XVIIe notamment et dont l'alliance pourra selon Descartes dans Le discours de la méthode nous en rendre « comme maître et possesseur ». Ainsi le travail semble libérer le genre humain du joug que la nature exerçait sur lui puisque par celui-ci il se pose non plus en position de dominé mais en dominant. Hannah Arendt dans Conditions de l'homme moderne parle à ce sujet de « subjectivité du Monde ».

Ce sont les objets non consommés produits par l'Homme par la transformation de la nature, « utilisés et habités » qui forment notre Monde, un monde qui nous ressemble et que l'on rend en quelque sorte tel qu'on le désire d'où cette expression de « subjectivité ». Les objets immédiatement consommés retournent à ce qu'elle appelle le « processus vital ».

Elle décrit ce dernier comme un cycle dans lequel le travail est imbriqué.

En effets les objets consommés sont les produits du travail et une fois réintégrés au processus vital par absorption ou négation en termes Hégéliens, vont permettre de régénérer le processus et de créer une nouvelle force de travail.

Ce cycle répond au cycle du monde humain qui se manifeste en croissance et déclin.

Le cycle du processus vital et par son intermédiaire le travail mènent donc en réalité une lutte incessante contre le processus de déclin par lequel la nature menace la durabilité du Monde et des hommes.

Ainsi on pourrait considérer que le travail libère également du péril d'extinction qui le menace incessamment. C'est d'ailleurs à cela que certains économistes à l'image de Ricardo réduisent le travail en définissant le taux de salaire naturel comme « le prix naturel du travail nécessaire pour permettre globalement au travailleur de subsister et de perpétuer son espèce sans accroissement ni diminution ».

Le travail est ici purement réduit à un moyen d'acquérir de quoi éviter l'extinction. Le travail semble donc jouer un rôle libérateur et salvateur pour l'Humanité. Que se passe-t-il si l'on change d'échelle et considère le cas de l'homme non pas en tant que représentant de l'espèce humaine mais en tant qu'individu à part entière ? Selon certains « légitimistes » du travail selon le terme employé par D.

Meda dans son œuvre Le travail, une valeur en voie de disparition, le travail peut se définir comme une « liberté créatrice » par laquelle l'homme s'épanouit et dévoile toutes ses facultés.

Cette conception parait s'appliquer sans grandes difficultés à l'homo faber, qui crée et peut s'exprimer pleinement dans son œuvre comme le souligne Hannah Arendt.

Mais est-elle toujours valable pour l'homo laborans, plus lié au travail qu'a l'œuvre selon la distinction faite par l'auteur qui ne produit rien de durable et dont le résultat du travail est presque immédiatement consommé ? Comment l'homo laborans pourrait-il se reconnaître s'épanouir et s'exprimer dans quelque chose d'aussi éphémère ? Prenons l'exemple de l'ouvrier à la chaîne dans une grande usine.

La division du travail l'oblige à l'exécution de tâches répétitives et abêtissantes.

Ses facultés ne sont-elles pas plus bridées que libérées ? Si la libération de l'Humanité par le travail semble concevable, il n'en est pas toujours de même pour l'homme au niveau individuel.

Une humanité libérée, si tant est qu'elle le soit, n'implique pas forcément la libération de tous ses individus ce qui peut constituer une première objection à l'idée d'un travail libérateur.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles