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Le sens commun ?

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Le sens commun désigne une certaine capacité de se diriger, c'est-à-dire d'orienter le cours de son raisonnement ou de son action. Cette acception se retrouve dans des expressions courantes comme « avoir le sens des affaires », « le sens des responsabilités », ou encore « le sens du devoir ». Dans ces différents exemples, le sens commun s'apparente à la faculté de juger, en tant qu'elle subsume des cas particuliers sous une règle générale. En effet, l'agir se soumet à la règle du jugement, qui nous permet d'évaluer une situation précise, et de choisir les moyens les meilleurs pour la réalisation de la fin visée. De même, au niveau théorique, il s'agit toujours de déterminer une règle s'appliquant à tous les cas particuliers. Or, tout jugement étant nécessairement soumis à l'erreur, le sens commun désigne plus précisément la faculté de bien juger, c'est-à-dire conformément aux règles ou principes de la raison.   En outre, ce sens est dit « commun », en ce qu'il suppose le partage ou la communauté de la faculté de bien juger parmi les hommes, malgré les différents domaines d'application et les différences individuelles. Par exemple, le diagnostic du médecin, l'action entreprise par l'homme politique, ou encore le théorème démontré par le mathématicien, supposent une même faculté de juger correctement. Ainsi, le sens commun rejoint ce que l'on nomme couramment le « bon sens », dont chacun est susceptible de faire preuve, lorsqu'il est confronté à un problème théorique ou pratique. Cependant, le sens commun semble renvoyer aussi bien à une faculté sensible qu'à une faculté rationnelle. En effet, il s'apparente à la fois à un instinct nous permettant de juger sans délibération, qu'à la raison comme norme de nos jugements. De plus, il suppose une certaine communauté du jugement, que chacun partage malgré ses particularités. Cette double difficulté nous conduit à nous interroger sur le fondement du sens commun.

« Introduction Le sens commun désigne une certaine capacité de se diriger, c'est-à-dire d'orienter le cours de son raisonnement ou de son action.

C ette acception se retrouve dans des expressions courantes comme « avoir le sens des affaires », « le sens des responsabilités », ou encore « le sens du devoir ».

Dans ces différents exemples, le sens commun s'apparente à la faculté de juger, en tant qu'elle subsume des cas particuliers sous une règle générale.

En effet, l'agir se soumet à la règle du jugement, qui nous permet d'évaluer une situation précise, et de choisir les moyens les meilleurs pour la réalisation de la fin visée. De même, au niveau théorique, il s'agit toujours de déterminer une règle s'appliquant à tous les cas particuliers.

Or, tout jugement étant nécessairement soumis à l'erreur, le sens commun désigne plus précisément la faculté de bien juger, c'est-à-dire conformément aux règles ou principes de la raison. En outre, ce sens est dit « commun », en ce qu'il suppose le partage ou la communauté de la faculté de bien juger parmi les hommes, malgré les différents domaines d'application et les différences individuelles.

Par exemple, le diagnostic du médecin, l'action entreprise par l'homme politique, ou encore le théorème démontré par le mathématicien, supposent une même faculté de juger correctement.

Ainsi, le sens commun rejoint ce que l'on nomme couramment le « bon sens », dont chacun est susceptible de faire preuve, lorsqu'il est confronté à un problème théorique ou pratique. C ependant, le sens commun semble renvoyer aussi bien à une faculté sensible qu'à une faculté rationnelle.

En effet, il s'apparente à la fois à un instinct nous permettant de juger sans délibération, qu'à la raison comme norme de nos jugements.

De plus, il suppose une certaine communauté du jugement, que chacun partage malgré ses particularités.

Cette double difficulté nous conduit à nous interroger sur le fondement du sens commun. I.

Le sens commun comme égalité des raisons a.

Le langage courant nomme « bon sens » la capacité d'agir au mieux dans les affaires de la vie quotidienne.

Si, par exemple, nous sommes confrontés à b. c. un choix, une multiplicité de possibles s'offre à nous, et il conviendra de choisir le meilleur d'entre eux pour la fin que nous souhaitons réaliser.

Dès lors, le meilleur moyen nous est dicté par la raison instrumentale, c'est-à-dire une certaine faculté de juger le plus efficacement possible.

Par « bon sens », nous entendons donc une rectitude du jugement, qui consiste dans sa conformité avec la raison. Le sens commun s'apparent au bon sens, à la condition de considérer ce dernier comme naturellement commun à tous les hommes.

En effet, chacun d'entre nous est à même de faire preuve de bon sens, c'est-à-dire d'agir au mieux, conformément à ce que lui dicte la raison.

Cette thèse est formulée par Descartes dans la première partie du Discours de la méthode : « Le bon sens, nous dit-il, est la chose la mieux partagée ».

A insi convient-il de le distinguer de la mémoire et de l'imagination, entendue comme faculté d'inventer.

En effet, certains se plaignent de ne pouvoir se souvenir des événements qu'ils ont vécus ou de leur manque d'invention, tandis que d'autres nous étonneront pas leur mémoire prodigieuse ou leur imagination fertile.

M ais personne ne peut trouver motif de se plaindre quant à sa faculté de juger, car chacun peut juger correctement.

L'égalité naturelle des raisons est donc le pendant de l'inégalité naturelle des facultés.

La notion de communauté, présente dans le concept de sens commun, est ici assimilée à celle d'égalité. Dans le même texte, Descartes définit plus précisément la faculté de bien juger comme celle de « distinguer le vrai d'avec le faux ».

C ette définition générale doit s'étendre aussi bien sur le plan théorique que pratique.

Distinguer le vrai du faux, c'est de même distinguer l'utile ou le meilleur de l'indifférent à l'action.

P ar conséquent, au niveau théorique comme pratique, le sens commun est la faculté de juger en conformité à la raison, présente chez tous les hommes.

A insi, Descartes peut-il distinguer quatre règles de la méthode pour bien conduire son jugement en matière de science (IIe partie), de même qu'il établira quatre règles d'une « morale par provision » (IIIe partie).

Le sens commun s'applique ainsi à la connaissance théorique comme à l'action, car c'est toujours la raison qui constitue le guide de nos jugements en matière de science comme en celle de mœurs. II.

Le sens commun est à la fois instinct et raison a.

Nous avons définit le sens commun avec Descartes comme l'égalité des raisons, mais elle se réduit alors à une égalité de droit.

Au contraire, le sens b. c. d. commun consiste avant tout dans un partage réel de la faculté de juger.

Dès lors, l'égalité des raisons ne semble pas suffisante pour fonder le sens commun, et nous devons nous tourner vers une autre instance. C omme nous l'avons remarqué précédemment, le sens commun semble se rapprocher de l'instinct qui régit la vie animal.

En effet, si chacun partage un certain sens du jugement, il peut être considéré comme acquis et immédiat.

Or, le caractère héréditaire et la réponse spontanée sont deux propriétés spécifiques de l'instinct.

Pouvons-nous, cependant, réduire entièrement le sens commun à un instinct ? L'instinct animal est un comportement automatique et déterminé, alors que le sens commun consiste dans le bon sens permettant de nous adapter à des situations toujours nouvelles, et exigeant par-là même le sacrifice de nos opinions et de nos solutions tenus toutes prêtes.

Dans une conférence intitulée « Le bon sens et les études classiques » (extraite d'Écrits et paroles, I), Bergson peut ainsi le définir comme ce qui est « plus que de l'instinct, et moins que de la science ».

En effet, s'il ressemble à l'instinct par sa spontanéité et la rapidité de ses décisions, il en diffère par la variété de ses moyens et la souplesse de sa forme.

De même, il s'apparente à la science par son soucis de rester en contact avec les faits, mais s'en éloigne en ce qu'il sélectionne les faits empiriques et les principes servant l'action, et ne s'en tient pas à une considération exhaustive des faits et une déduction rigide des principes. Par conséquent, le sens commun, apparenté au bon sens, constitue un mixte que Bergson définit comme « l'attention même orientée dans le sens de la vie ».

Il est, en définitive, une disposition originelle, commune à tous les hommes, qui est antérieure aux principes de la raison et aux lois de la volonté. III.

Le sens commun consiste dans la norme universelle, nécessaire à la communication de nos jugements a.

Nous avons ramené le sens commun à un instinct, partagé par tous en ce qu'il est inné.

Aussi sommes-nous passés sur une égalité de droit avec b. c. Descartes à une égalité réelle avec Bergson.

C ependant, nous avons considéré jusqu'ici le partage du sens commun comme égalité.

C 'est ce postulat qu'il nous faut ici examiner : le sens commun peut-il être assimilé à une égalité de jugement ? Le sens commun n'est pas une faculté de juger, mais la norme universelle et nécessaire pour la communication de nos jugements.

Dans la Critique de la faculté de juger (I, « Analytique du beau », §20-22), Kant peut ainsi postuler cette norme pour expliquer l'universalité de nos jugements de goût.

En effet, ils obéissent à un principe subjectif (déterminé par sentiment, et non par concept), et hypothétiquement nécessaire, car ils sollicitent l'adhésion de chacun, seulement en vertu d'un principe qu'on suppose commun à tous.

Or, c'est la communicabilité universelle du sentiment esthétique qui présuppose ici, en droit, l'existence du sens commun. En outre, le sens commun est postulé comme la norme idéale et a priori, dont un jugement de goût particulier n'est qu'un exemple.

En effet, il ne peut être fondé sur l'expérience : « il ne dit pas que chacun admet notre jugement, mais que chacun doit l'admettre ».

Par conséquent, il constitue une norme idéale universelle, qui permet d'établir une règle pour chaque jugement particulier.

A insi, la nécessité subjective au jugement de goût fonde seulement une obligation universelle à un point de vue individuelle (chacun doit reconnaître comme moi la beauté d'une chose). Conclusion En conclusion, le sens commun ne saurait consister en une faculté de juger égale chez tous les hommes, qui se définirait en droit par la raison.

De même ne pouvons-nous le réduire à une égalité réelle reposant sur l'instinct, sous peine de ne plus pouvoir comprendre les fréquentes divergences de nos jugements.

C'est que le partage à l'œuvre dans le sens commun ne doit pas être compris comme égalité, mais comme communauté du jugement.

Dès lors, il ne peut constituer en une norme empirique, et doit être postulé comme la norme universelle et a priori, nécessaire à la communicabilité de nos jugements.. »

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