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Le pouvoir politique est-il le dépassement de la violence ou son instrument ?

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             La violence est un usage de la force, d’une puissance contre un objet ou un individu. Elle est essentiellement destructrice mais peut servir au maintien de l’ordre et de la sécurité : son statut est ambiguë. La politique est l’art de gouverner les hommes au sein des cités, elle cherche à produire un ensemble cohérent et obéissant aux mêmes règles et aux mêmes lois. En ce sens, il semble que la violence et le pouvoir politique soient incompatibles. Bien plus, le pouvoir politique, notamment à la travers l’institution que représente l’Etat, peut se comprendre comme un dépassement de la violence. Pourtant, la violence existe toujours dans l’Etat et par l’Etat. L’Etat peut être violent, comme par exemple une tyrannie. Dans ce cas, le pouvoir politique ne serait plus le dépassement de la violence mais son instrument, transformé dans l’état civil. Dès lors faut-il comprendre la genèse du pouvoir politique et saisir le lien qu’il entretient avec la violence. Telle est la tâche que nous nous proposons.

            Si le pouvoir politique peut être le dépassement de la violence (1ère partie), il n’en reste pas moins qu’il peut faire usage de la violence (2nd partie), développant une dialectique de la violence et du politique tout en reconsidérant positivement la violence (3ème).

 

« Introduction : La violence est un usage de la force, d'une puissance contre un objet ou un individu.

Elle est essentiellement destructrice mais peut servir au maintien de l'ordre et de la sécurité : son statut est ambiguë.

La politique est l'art de gouverner les hommes au sein des cités, elle cherche à produire un ensemble cohérent et obéissant aux mêmes règles et aux mêmes lois.

En ce sens, il semble que la violence et le pouvoir politique soient incompatibles.

Bien plus, le pouvoir politique, notamment à la travers l'institution que représente l'Etat, peut se comprendre comme un dépassement de la violence.

Pourtant, la violence existe toujours dans l'Etat et par l'Etat. L'Etat peut être violent, comme par exemple une tyrannie.

Dans ce cas, le pouvoir politique ne serait plus le dépassement de la violence mais son instrument, transformé dans l'état civil.

Dès lors faut-il comprendre la genèse du pouvoir politique et saisir le lien qu'il entretient avec la violence.

Telle est la tâche que nous nous proposons. Si le pouvoir politique peut être le dépassement de la violence (1ère partie), il n'en reste pas moins qu'il peut faire usage de la violence (2nd partie), développant une dialectique de la violence et du politique tout en reconsidérant positivement la violence (3ème ). I – Le dépassement de l'état de guerre a) Sans pouvoir politique l'homme est livré à ses instincts, à ses besoins.

Il est en compétition avec ses voisins et dans un conflit permanent avec le monde qui l'entoure.

Ainsi la violence est partout présente.

Cet état est un état de nature pour l'homme, en dehors de toute cité, donc de tout pouvoir politique.

Cet état de nature est un état de guerre où règne, comme son nom l'indique, la violence.

Comme le remarque Hobbes dans le Léviathan : « dans l'état de nature (qui est un état de guerre de tout homme contre homme), […] Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun.

Car la guerre ne consiste pas seulement dans la bataille et dans des combats effectifs; mais dans un espace de temps où la volonté de s'affronter en des batailles est suffisamment avérée: on doit par conséquent tenir compte, relativement à la nature de la guerre , de la notion de durée, comme, comme on en tient compte, relativement à la nature du temps qu'il fait.

de même en effet que la nature du mauvais temps ne réside pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance qui va dans ce sens, pendant un grand nombre de jours consécutifs, de même la nature de la guerre ne consiste pas dans un combat effectif, mais dans une disposition avérée, allant dans ce sens […] C'est pourquoi toutes les conséquences d'une temps de guerre où chacun est l'ennemi de chacun, se retrouvent aussi en un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle dont les munissent leur propre force ou leur propre ingéniosité.

Dans un tel état, il n'y a pas de place pour une activité industrieuse, parce que le fruit n'en est pas assuré; et conséquemment il ne s'y trouve ni agriculture, ni navigation, ni usage des richesses qui peuvent être importées par mer; pas de constructions commodes; pas d'appareils capable de mouvoir ou d'enlever les choses qui pour se faire exigent beaucoup de force; pas de connaissance de la face de la terre; pas de computation du temps; pas d'arts, pas de lettres ; pas de société ; et ce qui est pire que tout, la crainte et le risque continuels d'une mort violente; la vie de l'homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi-animale et brève ». b) Or Hobbes poursuit dans le Citoyen en montrant que le passage de l'état de nature, ou de guerre, à l'état civil au sein d'un Etat régi par un pouvoir politique est le dépassement d'une telle violence : « Mais dans un état civil, où existe un pouvoir institué pour contraindre ceux qui, autrement, violeraient leur parole, cette crainte n'est plus raisonnable; et pour cette raison, celui qui, selon la convention, doit s'exécuter le premier, est obligé de le faire ».

Un tel dépassement supposant le renoncement de tous à l'usage de la violence personnelle au profit du pouvoir du souverain seul détenteur de son usage légitime et légale.

Il s'agit de promouvoir la sécurité et le respect de la propriété : « Hors de l'état civil, chacun jouit sans doute d'une liberté entière, mais stérile ; car, s'il a la liberté de faire tout ce qu'il lui plaît, il est en revanche, puisque les autres ont la même liberté, exposé à subir tout ce qu'il leur plaît.

Mais, une fois la société civile constituée, chaque citoyen ne conserve qu'autant de liberté qu'il lui en faut pour vivre bien et vivre en paix, de même les autres perdent de leur liberté juste ce qu'il faut pour qu'ils ne soient plus à redouter. Hors de la société civile, chacun a un droit sur toutes choses, si bien qu'il ne peut néanmoins jouir d'aucune.

Dans une société civile par contre, chacun jouit en toute sécurité d'un droit limité.

Hors de la société civile, tout homme peut-être dépouillé et tué par n'importe quel autre.

Dans une société civile, il ne peut plus l'être que par un seul.

Hors de la société civile, nous n'avons pour nous protéger que nos propres forces ; dans une société civile, nous avons celles de tous.

Hors de la société civile, personne n'est assuré de jouir des fruits de son industrie ; dans une société civile, tous le sont.

On ne trouve enfin hors de la société civile que l'empire des passions, la guerre, la crainte, la pauvreté, la laideur, la solitude, la barbarie, l'ignorance et la férocité ; dans une société civile, on voit, sous l'empire de la raison, régner la paix, la sécurité, l'abondance, la beauté, la sociabilité, la politesse, le savoir et la bienveillance ». c) Dès lors, le dépassement de la violence par le pacte social qui est un pacte de soumission s'énonce pour Hobbes en ces termes, dans le Léviathan : « La seule façon d'ériger un tel pouvoir commun, qui puisse être capable de défendre les hommes de l'invasion des étrangers, et des torts qu'ils peuvent se faire les uns aux autres, et par là assurer leur sécurité de telle sorte que, par leur propre industrie et par les fruits de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, est de rassembler tout leur pouvoir et toute leur force sur un seul homme, ou sur une seule assemblée d'hommes, qui puisse réduire toutes leurs volontés, à la majorité des voix, à une seule volonté; autant dire, désigner un homme, ou une assemblée d'hommes, pour tenir le rôle de leur personne; et que chacun reconnaisse comme sien (qu'il reconnaisse être l'auteur de) tout ce que celui qui ainsi tient le rôle de sa personne fera, ou fera faire, dans ces choses qui concernent la paix et la sécurité communes; que tous, en cela, soumettent leurs volontés d'individu à sa volonté, et leurs jugements à son jugement.

Tous et chacun d'eux soumettent leurs volontés à sa volonté, et leurs jugements à son jugement.

C'est plus que le consentement ou la concorde ; il s'agit d'une unité réelle de tous en une et même personne, faite par convention de chacun avec chacun, de telle manière que c'est comme si chaque individu devait dire à tout individu : j'autorise cet homme ou cette assemblée d'hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière.

Cela fait, la multitude ainsi unie en une personne une, est appelée un Etat, en latin CIVITAS ». Transition : Ainsi le pouvoir politique par la stabilité, la sécurité et la protection qu'il permet est un dépassement de la violence vers la paix ; un dépassement de la liberté naturelle vers la liberté civile.

Pourtant, le pouvoir politique sait être. »

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