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Le droit du plus fort est-il une absurdité ?

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« Ce sujet pose l'une des questions les plus classiques de la philosophie politique : il est donc recommandé de connaître, même de façon imprécise, au moins une référence philosophique relative à la notion de droit du plus fort. Songez, en particulier, au premier livre du Contrat social de Rousseau. Une notion est une absurdité, comme la notion de cercle carré, si elle est contradictoire, c'est-à-dire si elle affirme une chose et son contraire en même temps et sous le même rapport. La notion de droit désigne une source de légitimité : autrement dit, le droit est une norme à laquelle les actions et les états de faits doivent être confrontés. Leur conformité à cette norme est la source de leur légitimé. Le problème que pose ce sujet est donc le suivant: la force peut-elle être sans contradiction la source d'une quelconque légitimité? De prime abord, cela semble difficile à concevoir : la force, en effet, doit être confrontée à cette source de légitimité qu'est le droit pour être elle-même légitime. Si c'est le cas, elle ne peut prétendre être sa propre source de légitimité, sans nier l'idée même d'une quelconque légitimité. Pourtant, un premier sens peut être donné à cette notion : la notion de droit du plus fort peut avoir une portée critique. Elle sert alors à dénoncer le droit dont le pouvoir prétend se réclamer. Et surtout, cette notion révèle peutêtre l'origine paradoxale du droit : il ne peut pas y avoir de droit sans qu'existe un véritable pouvoir, doué du monopole de la violence, autrement dit un État. Mais, cet État ne peut s'instaurer au moyen du droit. Autrement dit, comme le montre Machiavel dans Le Prince, le droit a essentiellement pour origine le non-droit, c'est-à-dire la violence et la force sans légitimité : en ce sens, le droit est toujours par son origine le droit du plus fort. Il est courant d'entendre que certains milieux, comme par exemple celui des affaires, s'apparentent à des « jungles », c'est-à-dire des zones de non-droit : pour que ça marche, il faut être le plus fort. Dans ce cas semble régner la loi du plus fort, qui n'est pas une loi au sens juridique du terme mais qui s'y apparente dans le sens où elle peut soumettre des individus à un autre, si arbitraire soit ce pouvoir de coercition. Parallèlement, cette loi du plus fort nous apparaît injuste et se caractérise justement par une déficience dans l'application de la loi. C'est comme si la loi du plus fort était une non-loi, qu'elle ramenait l'homme à son état le plus animal. C'est pourquoi il semble pertinent de se poser la question de savoir s'il y a une loi du plus fort. Car si la loi se définit par ce qui régit les relations entre les hommes et qui les contraint, alors la loi du plus fort est bien une loi. Mais si son rôle essentiel est d'instituer la justice et une autorité non-arbitraire contre la force, alors le concept de loi du plus fort est fondamentalement contradictoire. I. La loi du plus fort à l'état de nature. Au dix-septième siècle, nombreux sont les philosophes qui se posent la question de la constitution de l'Etat. Pour y répondre, ils s'appuient sur une anthropologie, à savoir une conception de l'homme à l'état de nature, de l'homme avant toute organisation sociale et politique dans ses relations avec ses semblables. Il s'agit à partir de cette anthropologie de mettre à jour les processus à l'œuvre dans l'institution d'un ordre social. La positon de T. Hobbes sur cette question est la suivante : à l'état de nature règne la loi du plus fort. Les hommes ne pensent qu'à leur survie et à la conservation de leurs biens. Pour posséder plus ou garantir leur sécurité, ils sont prêts à voler ou tuer leurs congénères. Cette méfiance fondamentale des hommes les uns envers les autres est une caractéristique naturelle, originelle. A l'état de nature, le plus fort a toujours le dernier mot. Vu qu'aucune barrière institutionnelle ne le retient, il peut tuer ceux qui sont plus faibles en terme de force physique ou stratégique que lui pour s'approprier leurs biens. (cf : Le Léviathan, livre 1, Chapitre 13) Dans cette perspective, on peut dire qu'il y a une loi du plus fort qui est celle qui régit les relations des hommes entre eux à l'état de nature. Cette loi du plus fort est plus généralement la loi de la nature. Prenons ici l'exemple des arbres d'une forêt : seuls ceux qui se développent le plus vite pourront accéder à la lumière nécessaire à leur survie. II. La loi du plus fort est-elle vraiment une loi ? »

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