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L'art est-il notre seule liberté ?

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Dans Le Prince, Machiavel se moquait des peuples luttant au nom de la « liberté », sans voir qu’il n’y avait là souvent qu’un mot creux. La liberté n’est bien souvent qu’une idée vide, elle est un appât, une promesse, et finalement peut-être n’est-elle qu’une fiction. Toutes nos activités sont régies par des règles, des normes, ce n’est peut-être pas tant dans l’action que dans la contemplation que nous réalisons notre liberté. Nous nous demanderons si la perception de l’œuvre d’art n’est pas à même de nous délivrer notre seule liberté.

 

 

 

  • I- Le beau et le sublime comme corrélat de notre liberté
  • II-Critique du désintéressement.
  • III- L’art est notre seule liberté.

 

 

« Dans Le Prince, Machiavel se moquait des peuples luttant au nom de la « liberté », sans voir qu'il n'y avait là souvent qu'un mot creux.

La liberté n'est bien souvent qu'une idée vide, elle est un appât, une promesse, et finalement peut-être n'est-elle qu'une fiction.

Toutes nos activités sont régies par des règles, des normes, ce n'est peut-être pas tant dans l'action que dans la contemplation que nous réalisons notre liberté.

Nous nous demanderons si la perception de l'œuvre d'art n'est pas à même de nous délivrer notre seule liberté. I- Le beau et le sublime comme corrélat de notre liberté Si l'activité humaine est toujours soumise à des lois, vectorialisée par des impératifs et bordée par des interdits, n'est-ce pas davantage dans la passivité de la perception plus que dans l'activité créatrice que s'exprime notre liberté ? En effet, nous sommes libres de recevoir une œuvre comme on l'entend, tandis que sa conception est toujours soumise à quelque norme.

Paradoxalement la libération ne serait pas à conquérir par un effort, mais à recevoir depuis une certaine passivité. Dans La Critique de la faculté de juger, Kant montre comment le jugement esthétique devient synonyme de liberté : lorsque je juge de la beauté d'un objet de manière désintéressé, c'est-à-dire sans tenir compte de la positivité de son existence ni de sa conformité à un type conceptuel.

La beauté est donc appréciée librement lorsque je la reçois sans présupposer de ce qu'elle doit être et en demeurant indifférent aux autres qualités dont elle est grosse.

Le jugement de goût est dit libre et désintéressé dans un tel cas. · « Est beau l'objet d'une satisfaction désintéressée ». La satisfaction est désintéressée, ce qui signifie que nous ne pouvons l'éprouver que si nous sommes dans un certain état d'esprit par rapport à l'objet.

Kant ne veut pas dire que la beauté ne nous intéresse pas, que nous sommes indifférents mais que le plaisir esthétique naît lorsque nous n'avons pas le souci de l'utilité (celui qui va en mer dans le seul but de pêcher, qui porte sur elle un regard de technicien, n'éprouvera pas de plaisir esthétique), de l'agréable ( celui qui porte un regard lubrique sur un Nu, éprouve une satisfaction charnelle qui est d'un autre ordre que la satisfaction esthétique), du bien ( celui qui apprécie une œuvre engagée en raison de son caractère moral, éprouve une satisfaction morale qui n'est pas esthétique).

Le beau n'est ni l'agréable ni le Bien.

Certes une satisfaction peut être morale et esthétique, les deux ne s'excluent pas mais en tant qu'esthétique, elle n'est pas morale.

A l'encontre de Platon, Boileau, Hegel, Kant affirme que le beau n'est pas le vrai.

Mais il n'est pas non plus le pur sensible puisque le beau ne se réduit pas à l'agréable bien que satisfaction esthétique et sensuelle ne s'excluent pas.

Et de cela Hume ne peut rendre compte.

De même qu'une œuvre d'art immorale peut être belle, de même, peut l'être une œuvre désagréable, qui nous déchire et bouleverse.

Et inversement, une musique agréable (par les sonorités, le passé qu'elle évoque) n'est pas belle pour autant bien que nous ayons tendance à confondre beauté et agrément.

Par conséquent, le plaisir esthétique est le seul plaisir libre.

Il n'est pas l'effet de la satisfaction de quelque chose, du besoin du corps ou d'une impératif de la raison.

Libre parce que désintéressé. Dans l'« Analytique du sublime », Kant montre que les facultés : entendement (faculté qui crée les concepts correspondants aux phénomènes sensibles), imagination (faculté qui me sert à appréhender le sensible) et raison (faculté qui contient les Idées, de l'âme, du monde et de Dieu, dont la positivité ne peut être donnée dans le sensible), entrent dans un libre rapport dans le phénomène du sublime.

Tandis que dans l'ordre de la connaissance, tel qu'il est thématisé dans La Critique de la raison pure, les trois facultés entrent dans un rapport hiérarchisé et qui doit être soumis à la critique (il ne faut pas essayer de connaître ce qui n'est pas donné dans le sensible), dans l'épreuve du sublime elles observent un libre rapport.

Le sublime est un phénomène qui ne présuppose aucun concept déterminé : c'est du « trop grand » pour l'entendement, ainsi que pour l'imagination, qui, dépassée par le phénomène, mène la raison à engendrer une Idée pour en appréhender la grandeur.

Le beau et le sublime dans l'art ou dans la nature sont donc les corrélats de notre liberté. Pour Kant, le jugement sur le sublime nous rattache à l'infinité de la raison et à la supériorité de notre destination morale.

Le jugement « cela est sublime » diffère du jugement sur le beau en ce qu'ici l'objet, par l'infinité de sa grandeur (une pyramide par exemple) ou de sa puissance (une tempête), sublime mathématique et sublime dynamique, se réfléchit dans notre faculté de juger en entraînant un sentiment quasi simultané de peine et de plaisir.

Peine parce que, à la différence de ce qui se passe dans le jugement sur le beau, l'imagination est ici forcée d'éprouver ses limites.

Plaisir parce que cette même infinité semble une présentation d'une Idée de la raison, présentation qui nous rappelle, comme une fulgurance, notre destination morale, notre appartenance simultanée au monde nouménal de la raison théorique et de la raison pratique, qui veut saisir l'infinité de la nature comme un tout ou l'absoluité du devoir, capable de dominer les intérêts et les plaisirs. II-Critique du désintéressement. Néanmoins, comme Hegel l'a remarqué dans son Esthétique, ce n'est pas tant le sublime pour lui-même que la configuration des facultés qu'il implique qui intéresse Kant.

La liberté de l'agencement des facultés est assez. »

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