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La violence est-t-elle un phénomène naturel ?

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Avec cette idée d'un dérèglement ou d'une remise en cause plus ou moins durable de l'ordre des choses par la violence, on touche aussi à un des aspects essentiels de la notion, son aspect « performatif ». En prononçant le mot, on accomplit une action. Caractériser quelque chose comme violence, c'est commencer à agir. L'idée de violence, parce qu'elle est étroitement liée à celle de transgression des règles, est chargée des valeurs positives ou négatives attachées à la transgression. À travers elle, on agite une menace ou on dénonce un péril. Dès lors la violence serait ce qui s?oppose à la raison, à ce qui est pensé, elle serait l'état primaire et primordiale de l'homme, et ce serait par là plus naturelle que l'état de raison. Est-ce la réalité ? La violence n'est-elle pas plutôt un état purement social, calculé, pensé, et ne serait en aucun cas assimilable à de la sauvagerie.     1)La violence, état naturel de l'homme ?    Certains anthropologues avancent que l'agressivité humaine a pris son caractère destructeur avec la révolution du Néolithique (de 10000 à 6000 avant J.

« Au sens le plus immédiat, la violence renvoie à des comportements et à des actions physiques : elle consiste dans l'emploi de la force contre quelqu'un, avec les dommages que cela entraîne.

Cette force prend sa qualification de violence en fonction de normes qui varient historiquement et culturellement.

S'il y a des faits que nous nous accordons tous à considérer comme violents (la torture, l'exécution, les coups), d'autres dépendent, pour leur appréhension, des normes en vigueur.

Ainsi la violence domestique a été pendant longtemps considérée comme normale.

Elle restait donc « invisible ».

Ce n'est plus le cas. « Il y a violence quand, dans une situation d'interaction, un ou plusieurs acteurs agissent de manière directe ou indirecte, en une fois ou progressivement, en portant atteinte à un ou plusieurs autres à des degrés variables soit dans leur intégrité physique, soit dans leur intégrité morale, soit dans leurs possessions, soit dans leurs participations symboliques et culturelles » (Y.

Michaud, Violence et politique).

Dans l'idée que nous nous en faisons, il entre en effet un élément de chaos, de transgression, qui assimile la violence à l'imprévisible et au dérèglement absolu (l'hubris des anciens Grecs).

On retrouve cet élément d'imprévisibilité dans l'idée d'insécurité, qui correspond à la croyance, fondée ou non, que l'on ne peut plus être sûr de rien dans les comportements quotidiens.

Avec cette idée d'un dérèglement ou d'une remise en cause plus ou moins durable de l'ordre des choses par la violence, on touche aussi à un des aspects essentiels de la notion, son aspect « performatif ».

En prononçant le mot, on accomplit une action.

Caractériser quelque chose comme violence, c'est commencer à agir.

L'idée de violence, parce qu'elle est étroitement liée à celle de transgression des règles, est chargée des valeurs positives ou négatives attachées à la transgression.

À travers elle, on agite une menace ou on dénonce un péril.

Dès lors la violence serait ce qui s'oppose à la raison, à ce qui est pensé, elle serait l'état primaire et primordiale de l'homme, et ce serait par là plus naturelle que l'état de raison.

Est-ce la réalité ? La violence n'est-elle pas plutôt un état purement social, calculé, pensé, et ne serait en aucun cas assimilable à de la sauvagerie. 1)La violence, état naturel de l'homme ? Certains anthropologues avancent que l'agressivité humaine a pris son caractère destructeur avec la révolution du Néolithique (de 10000 à 6000 avant J.C.), quand les hommes sont passés de la cueillette et de la chasse à l'exploitation de la nature et que, avec l'invention du travail des métaux, s'est établie une hiérarchie sociale entre guerriers et agriculteurs.

Ce pourrait être fondé sur une réalité psychologique et psychique.

Les psychologues cherchent à identifier les bases de l'agressivité.

Certains étudient les stimuli déclencheurs de l'agressivité ou de la colère, comme la privation de mouvement, de nourriture ou de boisson, et les interdictions en général.

De même l'hyperstimulation et des excitations trop fortes (effets de la chaleur, du bruit, de l'humidité) sont source d'irritabilité et d'agressivité ; ils sont souvent les causes déclenchantes des drames urbains.

D'autres chercheurs insistent sur l'importance des modèles dans l'apprentissage de l'agression.

Il existe un apprentissage de l'agressivité et de la violence à partir de modèles dont la charge émotionnelle est forte : les jeunes délinquants ont souvent une histoire familiale d'enfants battus ou martyrs.

Les approches cliniques soulignent ainsi l'importance des facteurs traumatiques dans la formation des personnalités agressives, celle des séparations et des crises du milieu familial, et le rôle des processus de dédoublement ou de construction d'une personnalité paranoïaque.

Freud a très tôt reconnu l'importance de l'agressivité, qu'il n'a pas d'abord rattachée à une pulsion particulière.

Pour lui, la notion même de pulsion implique une poussée ou une énergie qui peut connaître diverses métamorphoses, y compris destructrices ou retournées contre le sujet.

En ce sens, l'agressivité est un destin possible de la pulsion lorsqu'elle cherche à se satisfaire.

Par la suite, après 1919, et notamment avec Au-delà du principe de plaisir (1923), Freud introduira l'idée d'une pulsion de mort (Thanatos) opposée aux pulsions de vie (Éros).

Cette pulsion de mort tend à désintégrer les unités vivantes en les ramenant à l'état inorganique.

Elle demeure pour une part intériorisée et rend compte alors du masochisme et des comportements d'autodestruction.

Tournée vers l'extérieur, elle est au principe du sadisme quand elle est associée aux pulsions sexuelles ; lorsqu'elle agit de manière isolée, elle se manifeste comme tendance destructive et agression.

Freud souligne qu'en général, pulsions de vie et de mort opèrent conjointement en s'étayant l'une et l'autre : l'autoconservation (pulsion de vie) s'appuie sur l'agressivité pour parvenir à ses fins face aux objets extérieurs ; de même, la pulsion d'amour a besoin de l'emprise agressive pour s'assurer la satisfaction. Le plaisir de la destruction se mêle à des motifs élevés ou érotiques au moment des guerres et des persécutions.

Dans Malaise dans la civilisation (1930), Freud étendra ces considérations à la société en affirmant que le processus de civilisation et l'organisation sociale (qui sont au service des pulsions de vie) bénéficient de la pulsion de mort en la transformant en agressivité tournée contre les étrangers et source d'unité pour le groupe ; en même temps, elles la frustrent et la répriment en interdisant la violence des individus entre eux : la sécurité de la vie se paie de la répression des instincts.

La violence serait naturelle à l'homme, la société ne ferait que l'instrumentaliser, que la canaliser. 2) La violence de la vie. Les philosophies de la vie font, elles aussi, placent à la violence.

Elles la considèrent comme indissociable des actions par lesquelles le vivant s'affirme dans son milieu, contre les agressions qui en viennent ou face à la rivalité des compétiteurs.

La violence est ainsi au principe de l'évolution, conçue comme lutte pour la vie et sélection des mieux armés.

Au XIXe siècle, l'évolutionnisme darwinien joue un très grand rôle pour des pensées évolutionnistes comme celle de H.

Spencer, et pour le darwinisme social.

La philosophie de Nietzsche fait, elle aussi, l'éloge de la vie, avec ce qu'elle véhicule de lutte et de drame. Mais au lieu d'y reconnaître le succès des plus forts, elle dénonce au contraire les ruses qui permettent aux plus faibles, nombreux et organisés, d' asservir les plus forts à travers le processus de domestication de la civilisation, qui aboutit au nihilisme.

Dans Ainsi parlait Zarathoustra (1891) ou dans Ecce Homo (1908), Nietzsche en appelle à la venue du surhumain, avec son amour retrouvé du risque, son affirmation supérieure de la vie, sa volonté de puissance. Dans cette perspective, la force ou la violence ne peuvent plus être jugées uniment, comme lorsque l'évolutionnisme y voit l'affirmation naturelle de la vie. Désormais, il faut distinguer entre la force répressive, domesticatrice, celle des hommes de ressentiment, et la force affirmative.

Dans l'optique nietzschéenne, il existe donc un clivage entre une violence bonne et une autre, pervertie, défigurée, travestie parce que retournée contre la vie.

Là encore, il existe une force naturelle que ne fait que contrecarrer ou mal utiliser l'état ou les pouvoirs de domination. 3) la violence comme phénomène non naturel ? Pour Sartre dans La Critique de la raison dialectique explique la violence par la rareté.

Chacun d'entre nous, parce qu'il a besoin de biens qui ne sont pas inépuisables, peut provoquer la mort de l'autre par pénurie.

La pure réciprocité mettait déjà en présence deux sujets redoutables, parce que doubles démoniaques l'un de l'autre.

La réciprocité modifiée par la rareté met en présence de l'Autre porteur d'une menace de mort, qui devient ainsi le mal radical. Sartre peut alors définir la violence comme « structure de l'action humaine sous le règne du manichéisme et dans le cadre de la rareté ».

Il n'est pas nécessaire qu'il y ait effectivement des actes de violence : la violence, c'est l'inhumanité des conduites humaines dès lors que les hommes intériorisent la rareté.

La violence serait en un sens une situation inhumaine qu'il faudrait s'empresser de neutraliser.

Certes, la violence est l'état premier de l'homme, mais est-ce une condition digne ? Est-ce une condition véritablement humaine ? Conclusion. La violence apparaît comme un phénomène naturel, elle serait dans la nature de l'homme, elle aurait des assises quasi physiologiques dans l'homme.

La violence serait naturelle, et l'homme ferait tout pour la contrecarrer, la neutraliser.

Il y aurait une violence primordiale, primaire et une violence maîtrisée détenue par l'Etat, socialisée.

Dans tous les cas, la violence est un fait humain qui structure encore l'espace politique et juridique.

Ce long passage par la violence ne lui laisse peut-être plus beaucoup d'aspects naturels.. »

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