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La violence est-elle le dernier refuge de l'incompétence ?

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Dans un débat, l'interlocuteur qui ne parvient plus à répondre aux objections adverses est souvent tenté en se mettant en colère d'abandonner le dialogue pour la violence . Ses contradicteurs peuvent alors l'accuser de masquer son ignorance sous une posture agressive. La violence, qui désigne aussi bien la menace par la parole que l'exercice effectif de la force, serait donc la seule attitude possible pour ceux qui, dénués des capacités requises dans une situation donnée, préfèreraient se laisser aller à la violence plutôt que de l'avouer. Aussi si la violence est le moyen par lequel l'incompétent cache son incompétence, elle se réduit à une réaction primaire d'orgueil et de colère dénuée de toute rationalité. Pourtant, il n'est pas certain que la violence soit l'antithèse de l'incompétence. En effet des institutions étatiques comme la police, les tribunaux ou l'armée usent à divers degrés de la violence comme d'une compétence, c'est-à-dire une capacité spécifique accompagnée de savoir. La violence est-elle synonyme d'une incompétence honteuse ou bien peut-elle constituer une compétence spécifique ?

« Intro : Dans un débat, l'interlocuteur qui ne parvient plus à répondre aux objections adverses est souvent tenté en se mettant en colère d'abandonner le dialogue pour la violence .

Ses contradicteurs peuvent alors l'accuser de masquer son ignorance sous une posture agressive.

La violence, qui désigne aussi bien la menace par la parole que l'exercice effectif de la force, serait donc la seule attitude possible pour ceux qui, dénués des capacités requises dans une situation donnée, préfèreraient se laisser aller à la violence plutôt que de l'avouer.

Aussi si la violence est le moyen par lequel l'incompétent cache son incompétence, elle se réduit à une réaction primaire d'orgueil et d e colère dénuée de toute rationalité.

Pourtant, il n'est pas certain que la violence soit l'antithèse de l'incompétence.

En effet des institutions étatiques comme la police, les tribunaux ou l'armée usent à divers degrés de la violence comme d'une compétence, c'est-àdire une capacité spécifique accompagnée de savoir.

La violence est-elle synonyme d'une incompétence honteuse ou bien peut-elle constituer une compétence spécifique ? I La violence révèle l'incompétence _ L'homme compétent est-il susceptible de se laisser aller à la violence ? Si l'on reprend la situation du dialogue, ceux qui possèdent une compétence dans cet art ne se font pas violence entre eux.

Au contraire ils s'estiment mutuellement et recherchent ensemble la vérité. Aussi ne craignent-ils pas d'être réfutés puisque l'objet de la discussion n'est pas leur avis personnel, comme l'explique Socrate à Polos dans le Gorgias de Platon, mais la découverte de ce qui est vrai. _ par opposition, celui qui n'a pas de véritable compétence propre au dialogue se démasque en tentant d'employer la violence : le sophiste Thrasymaque dans le livre I de la République, plutôt q u e d e tenter de convaincre Socrate, le menace parce qu'il se sent en position de faiblesse.

Et c'est paradoxalement en voulant cacher son incompétence qu'il la révèle, en même temps que son orgueil.

Ainsi la violence n'a même pas pour vertu d'offrir un abri aux incompétents. _ Par conséquent la violence est le moyen par lequel l'incompétent prétend cacher son incompétence et la révèle dans le même temps en refusant de se plier aux règles de l'entretien.

Au niveau individuel, la violence désigne l'autre de la compétence, la réaction passionnée et instinctive d'un homme qui ne se maîtrise plus, elle est donc la tentative sans succès de masquer l'incompétence; Transition : cependant il y a d e s situations qui paraissent exiger l'usage de la violence.

Cet usage requiert-il des compétences spécifiques ou doit-il être mis sur le compte d'une impuissance généralisée ? II La violence peut être une compétence _ Si l'on passe d'un niveau individuel à un niveau politique, il est évident qu'il y a des situations où la compétence du dialogue ne suffit pas, dans les relations entre citoyens dans un Etat, Au sein d e l'espace social, les individus s'affrontent dans une course aux richesses ou au pouvoir.

Si le conflit social en vient à une situation d'anarchie ou de guerre civile, il faut alors s'en remettre à la violence pour maintenir l'Etat.

Ainsi Machiavel, dans le chapitre XVIII du Prince, écrit que ce dernier doit « ne pas s'écarter du bien s'il le peut, mais savoir entrer dans le mal s'il le faut » et il donne pour exemple César Borgia qui, après avoir confié à un de ses lieutenants particulièrement sanguinaires la mission de rétablir la paix en Romagne, le fit couper en deux en place publique pour contenter la population.

En cas de conflit, la violence constitue donc un instrument efficace pour rétablir l'ordre ou pour préserver l'intégrité de l'Etat. _ Pour que la violence soit une compétence, il faut au-delà de son efficacité, qu'elle soit la prérogative exclusive de quelques uns.

Or, à l'instar du Prince, l'Etat moderne a « le monopole de la violence légitime » comme l'explique Weber dans le Savant et le Politique.

Qu'est-ce à dire ? Élu par les citoyens afin de préserver l'espace social, seul l'Etat est autorisé à user d e violence e t a donc pour fin la pacification de la société.

L'usage de la violence est employé pour annuler le plus possible la violence entre les citoyens. _ Si des institutions étatiques comme les tribunaux, la police ou l'armée se partagent le monopole de la violence compétente, c'est qu'ils font un usage réglé de la violence.

Ainsi le droit prévoit des peines contre les citoyens coupables de crime.

La sentence ne fait qu'appliquer une violence comprise dans la loi à titre de prévention.

Par conséquent, la violence de l'Etat est prévisible et s'exerce de manière mesurée : pour tel délit, j'encours telle peine.

Par conséquent la violence peut constituer une compétence lorsque elle est un instrument efficace réservé à quelques uns et réglée par la rationalité Transition : la violence a beau constituer une compétence spécifique, il est difficile de se départir d'un sentiment commun face à la situation particulière d e la guerre : les massacres et les destructions massives ne seraient-ils pas en dernière instance la preuve d'une incapacité des Etats à se mettre d'accord ? III L'exemple ambigu de la guerre _ Pour le sens commun, la guerre est souvent comprise comme l'échec de la politique et de la diplomatie.

Dans l'impossibilité d'un dialogue respectueux, les Etats se livrent sur un plan international à un pur déchaînement de violence, dépourvu de toute rationalité. Chaque acte violent, contrairement à l'instance judiciaire qui exerce la violence à des fins de pacification sociale, ne fait qu'entraîner un peu plus les adversaires dans la spirale de la violence.

La spirale désigne ce mouvement par lequel on entre dans un mouvement qui nous aspire sans que nous puissions en sortir. _ S'il est vrai que la guerre résulte de l'échec des moyens pacifiques, il ne s'ensuit pas qu'elle constitue la compétence propre de l'armée. La guerre est une opération militaire rationnelle qui tente d'affaiblir la force adverse afin de la soumettre à la volonté de l'Etat engagé. Comme l'écrit Clausewitz dans le livre I de De la guerre : « la guerre est la continuation de la politique (extérieure) par d'autres moyens ». Elle ne se réduit donc pas à une réaction passionnée et déréglée, mais requiert une utilisation intelligente des forces de la nation fondée sur la tactique et la stratégie.

De plus l'état de guerre ne permet pas tout : il existe un droit de la guerre qui punit les criminels. Conclusion : la violence n‘est le dernier refuge de l‘incompétence que lorsque elle est une réaction irréfléchie manifestant l'incapacité de répondre par la voie pacifique.

Sinon elle peut constituer une compétence lorsque elle est un instrument efficace réservée à quelques uns, réglée par la raison et requise par la situation.

Il faut alors distinguer entre la violence qui est la conséquence d'une incompétence d'une autre forme de violence, positive et légitime, qui constituerait une véritable compétence.. »

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