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La raison est-elle génératrice de violence ?

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Les pouvoirs totalitaires modernes fondent leur légitimité historique sur un savoir rationnel. Le stalinisme s'appuie sur les écrits de Marx et Lénine, le nazisme sur ceux de Darwin. Il y a ainsi une rationalisation de la violence totalitaire : ce n'est pas une violence aveugle, passionnelle, mais une violence qui poursuit des buts rationnels. Troisième partie : Vers une issue rationnelle à la faillite de la raison a) A. Lalande a établi la distinction aujourd'hui classique entre Raison constituante, c'est-à-dire « la Raison même dans ce qu'elle a de plus essentiel » qui est « tendance active, personnelle, inventive », donc polémique et dialectique, et Raison constituée, c'est-à-dire « la raison telle qu'elle existe à un moment donné » de l'histoire de la pensée. b) L'erreur du rationalisme classique qui érige la Raison en valeur éthique, instance morale, immuable et éternelle, transcendant le devenir historique, ne provient-elle pas de ce qu'il se fonde essentiellement sur la raison constituée ? c) La raison n'est pas une entité indépendante et transcendante. Elle n'existe que dans l'histoire. Elle est ainsi un produit historique soumis aux contradictions historiques. La raison du rationalisme étroit méconnaît sa racine historique, et les contradictions qui commandent sa progression, les quelles émergent dans l'action historique sous forme d'irrationalisme et de violence.

« introduction Instauration en 1793 du culte de la Raison.

La raison doit amener la paix et la concorde universelle.

« La raison n'est-elle pas le préservatif de l'intolérance et du fanatisme ? » (Rousseau).

Cette vue ne peut-elle pas être remise en cause ? La raison elle-même n'est-elle pas génératrice de violence ? Première partie : La violence, relevant des passions, ne saurait être engendrée par la raison a) La philosophie classique voit dans la violence une explosion anarchique des passions venant ruiner le contrôle intérieur et moral qu'exerce la raison sur l'être humain.

La violence est l'extériorisation des passions égoïstes de l'homme : agressivité, jalousie, concupiscence, etc.

Il revient à la raison d'établir l'harmonie et la paix intérieure de l'individu en endiguant et en maîtrisant les passions anarchiques. b) Cependant le contrôle rationnel de la violence corrélative au débordement des passions ne concerne pas seulement l'individu isolé.

En effet « En tant que les hommes sont dominés par des sentiments qui sont des passions, ils peuvent s'opposer les uns aux autres » (Spinoza).

Les individus ne peuvent donner longtemps libre cours à la violence de leur passion dans la guerre originelle de tous contre tous (cf.

Hobbes).

Leur intérêt égoïste et leur raison les poussent à conclure une paix fondée sur un contrat social par lequel l'État se substitue en tant que Raison commune à la raison individuelle pour réprimer la violence. Le système de Hobbes repose sur un double postulat.

Les hommes sont égoïstes et ne recherchent que leur satisfaction individuelle.

Ils sont égaux car le plus faible peut menacer la sécurité du fort.

Ce qui caractérise l'état de nature, c'est donc la méfiance mutuelle et la guerre de tous contre tous.

Il n'est pas question, à ce stade, de droit naturel.

Hobbes distingue le droit de nature, c'est-à-dire la faculté qu'a chacun d'agir par n'importe quel moyen en vue de sa propre conservation, et la loi de nature qui est un ensemble de règles découvertes par la raison et qui interdisent à l'homme de faire tout ce qui peut mener à sa propre destruction.

Mais, dans l'état de nature, la loi de nature n'a pas d'effectivité parce qu'elle n'est pas garantie par la force.

L'état de nature est donc un état d'insécurité perpétuelle dont les hommes cherchent à sortir.

Ils sont en conséquence amenés à conclure un pacte par lequel chacun remet à un homme ou à une assemblée les pouvoirs qu'il a sur lui-même, à la seule condition que les autres en fassent autant.

Cet homme (ou cette assemblée) acquiert ainsi la puissance souveraine, dont il doit user pour la protection des sujets.

Le fondement de l'obligation d'obéir qu'ont les sujets est à la fois la protection dont ils jouissent et la force du souverain qui les y contraint.

Le pacte contient ainsi la garantie de sa propre effectivité.

Il est également clair, d'une part, qu'il n'y a pas de limite au pouvoir du souverain et que celui-ci ne peut être déposé, parce qu'il n'y a pas eu de contrat entre lui et ses sujets, et, d'autre part, que ceux-ci n'ont aucun droit, même si leur protection n'est pas assurée et même si le souverain est un tyran, car, à partir de la conclusion du pacte, toute la force est de son côté.

L'originalité de Hobbes est d'avoir échappé au dualisme roi-peuple en supprimant la dualité des contrats et d'avoir ainsi fondé en logique l'absolutisme.

Le pacte unique qu'il décrit tient à la fois du pacte d'association et du pacte de soumission.

C'est la soumission commune au souverain qui seule fonde la société et garantit sa pérennité. c) Dans la perspective de la philosophie classique, la raison ne saurait donc être génératrice de violence.

Elle est tout au contraire l'instance intellectuelle et morale de répression ou de canalisation de la violence. Deuxième partie : La raison, source de violence. • La raison est, par elle-même, génératrice de violence a) La raison est une faculté d'ordre, mais l'instauration de l'ordre de la raison se fait toujours contre un autre ordre. — En tant qu'elle est la faculté de bien juger (cf.

Descartes) la raison s'érige en tribunal et porte condamnation.

Du fait même que Socrate raisonne sur la cité, il s'oppose à l'ordre politique établi, il lui fait violence au point que cet ordre lui retourne sa violence en le condamnant à mort. — En tant qu'elle est faculté de connaître, la raison ne progresse également que par la ruine des systèmes précédents.

En détruisant ces systèmes, la connaissance rationnelle peut d'une certaine manière faire violence à l'homme lui-même (cf.

Freud, les « trois blessures narcissiques » infligées à l'homme par la science : celles du géocentrisme avec Copernic, de l'évolutionnisme avec Darwin et de la découverte de l'inconscient avec la psychanalyse). b) La raison est violente en tant qu'elle est unificatrice, qu'elle réduit le divers à l'identique en posant « la supériorité du Même sur l'Autre » (cf.

Platon, « La nature de l'Autre était rebelle au mélange; pour l'unir harmonieusement au Même, le démiurge usa de contrainte.

» Timée, 35 a.) La raison rejette la différence absolue, l'inintégrable, l'anormal.

Ainsi, de totalisante la raison peut devenir totalitaire.. »

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