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La psychologie est-elle une science ?

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« Comme pour tous les sujets portant sur les sciences, une connaissance de l'histoire des sciences est très utile et rendra vos copies nettement plus intéressantes. Néanmoins, elle n'est pas entièrement nécessaire. Ce sujet suppose que vous vous interrogiez d'abord sur les critères de scientificité : à quelles conditions peut-on dire d'une discipline que c'est une science? La question est particulièrement pressante pour les sciences de l'homme, pour la psychologie en particulier, puisqu'elles se voient régulièrement privées de ce titre. Ensuite, il est nécessaire que vous examiniez les caractères particuliers de la psychologie, en vous demandant en particulier quel est son objet. Le problème est donc le suivant : étant donné les critères de scientificité, et étant donné l'objet que prétend étudier la psychologie, l'objet de la psychologie est-il susceptible d'une connaissance scientifique? On peut suggérer tout d'abord qu'une théorie n'est scientifique que si elle contient des lois, c'est-à-dire des énoncés qui relient de manière causale des événements ou des propriétés. Or, si la psychologie a pour objet la conscience intime telle qu'elle est accessible de manière introspective, comme on l'a longtemps soutenu, il n'est pas sûr que la notion de cause soit applicable à un tel objet. Mais la psychologie n'est pas nécessairement liée à l'introspection : le béhaviorisme considérait que la psychologie devait porter exclusivement sur les comportements observables, et sur les causes de ces comportements. Si tel est le cas, des lois peuvent être formulées et, d'autre part, des explications peuvent être fournies pour les phénomènes à expliquer. Or, plus que les lois, c'est cette capacité explicative qui caractérise la science. Enfin, même si l'on prend en considération les données mentales, comme le fait la psychologie cognitive, celles-ci ne sont pas liées à l'introspection subjective, mais peuvent être contrôlées expérimentalement Elles permettent de construire des théories explicatives et prédictives. Position de la question. Les faits qu'étudie la psychologie semblent, à première vue, difficilement réductibles à des lois scientifiques. Subjectifs, essentiellement mobiles et difficiles à définir, ils sont aussi individuels, donc malaisément généralisables. Enfin la vie psychique est le domaine de la liberté : celle-ci est-elle conciliable avec l'existence de lois psychologiques ? I. Conditions d'établissement des lois psychologiques. On va voir que ces caractères ne s'opposent pas cependant à l'établissement de ces lois. A. — Subjectifs, les faits psychiques le sont, si on les considère uniquement par le biais de l'introspection. Mais on peut aussi les définir objectivement, comme faits de comportement, et d'ailleurs l'introspection elle-même est susceptible d'une certaine objectivité B. — Quant à l'individualité, elle « n'est pas moins marquée dans la vie physiologique que dans la vie psychique ; d'ailleurs l'homogénéité des objets du monde inorganique n'est elle-même qu'une limite idéale. L'approximation obtenue est cependant suffisante pour conduire à des lois générales abstraites qui permettent de reconstruire le concret par leur interférence complexe » (P. GUILLAUME, Introd. à la Psychologie, p. 365). Il est certain, par exemple, qu'il n'y a pas deux émotions identiques d'individu à individu : il est cependant possible d'isoler par abstraction certains caractères généraux de l'émotion, qui permettent d'en énoncer les lois. C. — La liberté elle-même ne s'oppose pas absolument au déterminisme. Dans le domaine physique, c'est la connaissance des lois de la nature qui nous permet d'agir efficacement. Si nous connaissions mieux les lois psychologiques, nous pourrions sans doute nous affranchir davantage de toutes les forces irrationnelles qui font obstacle à notre véritable liberté. II. Exemples de lois psychologiques. De fait, la psychologie a réussi à établir un certain nombre de propositions qui peuvent être qualifiées de lois. A. — Certaines de ces lois sont, à vrai dire, physiologiques autant que psychologiques. Mais elles s'appliquent aussi aux fonctions psychologiques élémentaires. Telles sont les lois des réactions organiques : loi du seuil, loi de la courbe en S, loi de disproportion (entre le stimulus et la réaction), loi de spécificité, qui s'appliquent également aux sensations. Plus psychologiques sont déjà les lois propres de la sensation : loi de Weber, loi « logarithmique » ou de Fechner, loi de contraste. B. — On s'élève à de véritables lois de la conscience avec la loi de l'obstacle et la loi de l'effet, énoncée par Thorndike. C. — Plus complexes sont les lois d'évolution ou d'involution, telles que la loi de dissolution, énoncée par Jackson et la loi de régression, énoncée par Ribot. D — Enfin les fonctions psychologiques spéciales ont aussi leurs lois : lois de la perception, énoncées par les théoriciens de la « forme »; lois de l'habitude et de la mémoire, lois de l'association des idées : loi de rédintégration et loi d'intérêt, etc. III. Valeur de ces lois. Quelle est maintenant la valeur de ces lois ? Dans quelle mesure permettent-elles la prévision? Le problème n'est pas essentiellement différent de ce qu'il est dans le domaine des sciences de la nature. « Au niveau de l'expérience, écrit un savant contemporain, toute loi physique n'est qu'approchée parce qu'elle résulte d'un découpage, d'un choix parmi le flux incessant des phénomènes ». Il en est de même en psychologie, à cette différence près que les phénomènes y sont encore plus complexes, plus mobiles et plus enchevêtrés les uns dans les autres. « La psychologie, écrit P. GUILLAUME, comporte certainement des lois ; leur certitude et leur précision restent loin de celles des sciences physiques ; mais rien ne permet d'affirmer que cette différence soit due à la nature même du fait moral [psychique]. On prévoit un fait particulier quand on connaît d'une part les lois qui le régissent, d'autre part la situation initiale. Dans les conditions naturelles, il arrive très souvent, en physique comme en psychologie, que la première condition soit remplie, mais non la seconde... Ces difficultés peuvent se rencontrer dans l'ordre purement mécanique comme dans l'ordre mental; cette sorte de contingence n'est pas propre au second. » Conclusion. Il est possible d'établir des lois en psychologie et leur valeur est la même que celle des autres lois. Mais, étant donné la complexité des faits psychiques, elles ne permettent que des prévisions plus aléatoires encore que celles des sciences physiques. »

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