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La psychologie doit-elle faire place à la notion de valeur dans les données qu'elle étudie ?

Publié le 18/06/2009

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INTRO. - Du domaine de l'économie politique, la notion de valeur est passée, depuis un demi-siècle, à celui de la morale, où elle tend à supplanter la notion de bien : vivre moralement consiste à rechercher les valeurs véritables, c'est-à-dire non pas ce qui est effectivement désiré, mais ce qui est désirable et mérite les efforts d'un être doué de raison. Mais on peut se demander s'il convient de l'introduire également en psychologie et si le psychologue doit lui faire une place parmi les données de son étude.

I. — EXPLICATION DES TERMES

Commençons par bien préciser de quoi il s'agit. La psychologie. Le premier terme de la question posée est assez clair pour 'qu'il ne soit pas besoin' de nous attarder. Il s'agit ici de la psychologie théorique ou scientifique qui a pour but la connaissance et la compréhension de l'homme.

« de quelqu'un une importance anormale au point de contrebalancer toutes les autres.

La volonté, au contraire, sedétermine d'après les valeurs qu'une appréciation raisonnable donne aux choses et la délibération consiste justementà juger de la valeur relative des différentes éventualités possibles. Ensuite la connaissance est en même temps connaissance de valeurs. Comme le dit Gusdorf, « Toute connaissance, si humble soit-elle, coïncide avec une expérience de valeur.

» (Traitéde l'exist.

morale, p.

56.) C'est seulement par abstraction qu'on dissocie l'une de l'autre.La perception n'est pas neutre : Nous ne voyons pas les choses comme elles sont objectivement en soi, maiscomme elles sont pour nous : jolies ou laides, attirantes ou repoussantes.

De plus, par suite de noire expérience, iln'y a pas de perception sans un choix — omnis perceptio est exceptio.

Or, tout choix valorise l'objet choisi,dévalorisant par le fait même les autres : dans un même donné objectif, chacun fait attention à ce qui l'intéresse,en d'autres termes à ce qui, pour lui, présente une valeur spéciale.L'intérêt, ou, autrement dit, la valeur, commande aussi la mémoire, au stade de la fixation comme au stade durappel.

Par là s'expliquent encore l'orientation de nos rêves et le jeu de notre imagination.En un mot la loi d'intérêt joue un rôle primordial dans l'explication psychologique.

Or, seules, les valeurs peuventprésenter de l'intérêt.

Elles entrent donc, d'ordinaire sous un autre nom, dans l'objet de la psychologie. Enfin, la connaissance elle-même est une valeur. BRENTANO, après avoir classé les faits psychiques en deux groupes : les représentations et les jugements, lesphénomènes d'amour et de haine d'autre part, ajoute : « Dans l'un des cas, il s'agit de vérité et de fausseté; dansl'autre, de la valeur ou de l'absence de valeur d'un objet.

» (Psychologie, p.

238.) Nous ne saurions admettre cetteaffirmation : la vérité est une valeur, et celui qui se trompe est privé d'une valeur qu'il devrait normalementposséder.

Et cette possession d'ailleurs est capable de susciter quelqu'un de ces phénomènes, dans lesquelsBRENTANO reconnaît l'action d'une valeur.Sans doute, c'est au logicien de déterminer la valeur des divers modes de pensée, de déceler les sophismes.

Maisc'est au psychologue qu'il appartient d'expliquer comment notre esprit est induit en erreur : ce sont despsychologues qui ont étudié Les illusions des sens et de l'esprit (James SULLY) et La logique des sentiments (Th.RIBOT).La vérité, la compréhension, le savoir, sont des valeurs vers lesquelles aspire l'homme comme il aspire auxjouissances sensibles et aux satisfactions morales.

Ces aspirations sont un fait, une donnée, au même titre que lasensation ou les chaînes associatives.

Les valeurs ont donc et doivent avoir leur place parmi les données qu'étudiele psychologue. III.— MAIS ELLE NE PORTE PAS DE JUGEMENTS DE VALEUR A l'époque où les psychologues s'appelaient des moralistes, les observations psychologiques fusionnaient avec lesappréciations morales.

Les portraits satiriques d'un LA BRUYÈRE, par exemple, avaient pour but de ridiculiser certainstravers, de faire prendre à leur égard une attitude impliquant un jugement de valeur.

En devenant positive etscientifique, la psychologie s'est complètement détachée de la morale : en traitant de la jalousie ou de l'orgueil, lepsychologue ne songe plus qu'à caractériser exactement ces dispositions, à les expliquer et à les comprendre; s'ilporte sur elles quelque jugement de valeur, il sort de son rôle pour entrer dans celui du moraliste. Sans doute, elle use de termes valorisateurs. Si le psychologue n'emploie guère le mot de « valeur », devenu commun en Morale, il utilise diverses expressions quimarquent une sorte de hiérarchie et par suite une reconnaissance de divers degrés de valeur.Ainsi, on parle couramment en psychologie des fonctions inférieures, communes à l'homme et à l'animal, et desfonctions supérieures propres à l'homme.

La distinction d'un psychisme normal et d'un psychisme pathologique estencore plus commune.

Les oppositions de ce genre impliquent évidemment la reconnaissance d'une valeur supérieureà l'un des deux groupes de faits ainsi distingués.De même, quand on oppose la volonté à la passion, la raison à l'imagination, les tendances altruistes aux tendanceségoïstes, etc., il est bien rare que l'un des termes ne soit pas chargé de valeur positive, l'autre de valeur négative. Mais elle les évite le plus possible. Par exemple, dans la Préface de sa Psychologie générale, après avoir rappelé « la distinction qu'on a coutume defaire entre ce qu'on appelle les fonctions inférieures et les fonctions supérieures », PRADINES ajoute : « Quoiquenous estimions ces désignations de valeur parfaitement fondées en tous les sens, nous n'aurions pas aimé qu'ellesservissent de titres respectifs aux deux tomes de cet ouvrage »; et il donne deux raisons dont la première seule serapporte à notre sujet : « Parce qu'elles apportent des notions dissonantes dans un traité scientifique, qui ne doitconnaître que dos relations de fait et non pas des relations de valeur ». Ou du moins les épure de leur charge valorisante. Le psychologue ne peut guère se créer un langage totalement propre et il doit se résoudre à utiliser le vocabulairecourant qui n'est presque jamais totalement neutre.

La tristesse, pour le commun, n'est pas seulement un fait, c'estun fait regrettable et il est triste d'être triste.

A plus forte raison des adjectifs comme sadique, hystérique,. »

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