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La philosophie de Gilles Deleuze

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" Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien ". Cette petite phrase de Michel Foucault, qui passait alors pour le nouveau grand philosophe français, stupéfia en son temps son public anglo-saxon. Deleuze était alors inconnu du large public international qui avait reconnu Sartre par exemple, ou Foucault, ou Althusser, etc. Mais rétrospectivement, il se peut en effet que Deleuze ait été le philosophe de ce mouvement toujours décentré par rapport à ce qu'on le disait être, et appelé malgré lui le structuralisme, à condition que l'on se souvienne qu'à peu près tous les grands structuralistes ont manifesté le besoin de se démarquer par rapport au mouvement : aussi Deleuze fût-il du même coup le philosophe du " post-structuralisme ". Un peu d'histoire... La pensée de Gilles Deleuze, comme toutes les grandes pensées philosophiques, est inséparable de l'histoire politique et intellectuelle de ces étranges années, dont 1968 est la date charnière. Au fil du parcours philosophique de Deleuze on peut, très arbitrairement, distinguer un premier temps, qui amène notre philosophe après un long travail de commentateur commencé dans les années 50, à cette année 1968, année prodigieusement féconde au cours de laquelle il publiera une rafale d'ouvrages décisifs, aussi bien comme commentateur (Spinoza et le problème de l'expression) que ces deux livres, " grands parmi les grands " pour reprendre l'expression de Foucault, que sont Logique du sens et Différence et Répétition.

« La philosophie de Gilles Deleuze " Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien ".

Cette petite phrase de Michel Foucault, qui passait alors pour le nouveau grand philosophe français, stupéfia en son temps son public anglo-saxon.

Deleuze était alors inconnu du large public international qui avait reconnu Sartre par exemple, ou Foucault, ou Althusser, etc.

Mais rétrospectivement, il se peut en effet que Deleuze ait été le philosophe de ce mouvement toujours décentré par rapport à ce qu'on le disait être, et appelé malgré lui le structuralisme, à condition que l'on se souvienne qu'à peu près tous les grands structuralistes ont manifesté le besoin de se démarquer par rapport au mouvement : aussi Deleuze fût-il du même coup le philosophe du " post-structuralisme ". Un peu d'histoire... La pensée de Gilles Deleuze, comme toutes les grandes pensées philosophiques, est inséparable de l'histoire politique et intellectuelle de ces étranges années, dont 1968 est la date charnière. Au fil du parcours philosophique de Deleuze on peut, très arbitrairement, distinguer un premier temps, qui amène notre philosophe après un long travail de commentateur commencé dans les années 50, à cette année 1968, année prodigieusement féconde au cours de laquelle il publiera une rafale d'ouvrages décisifs, aussi bien comme commentateur (Spinoza et le problème de l'expression) que ces deux livres, " grands parmi les grands " pour reprendre l'expression de Foucault, que sont Logique du sens et Différence et Répétition. Puis, après 1968 et les événements politiques qui seront déterminants pour la pensée aussi bien de Foucault que de Gilles Deleuze, a lieu la rencontre avec le psychanalyste et militant révolutionnaire Félix Guattari, dont sortira d'abord la publication de l'Anti-Œdipe, texte culte qu'une génération lira comme la réalisation tant attendue de cette synthèse impossible entre Marx et Freud.

Cette collaboration ne finira qu'avec la mort ; ses autres grands moments sont Mille Plateaux, puis en 1986, un livre qui connaîtra un grand succès d'édition Qu'est-ce que la philosophie ? Cependant, Deleuze poursuit un travail philosophique solitaire dans lequel il continue son travail de lecteur (Leibniz, le Pli et le Baroque, Foucault), et aborde des domaines tels que le cinéma (Cinéma I et II), la peinture (Francis Bacon : Logique de la sensation), la littérature, notamment anglo-saxonne (textes réunis dans Critique et clinique). Deleuze ou l'innocence philosophique. La lecture de Gilles Deleuze n'est pas facile.

Deleuze pensait que le travail philosophique consistait exclusivement en la création de concepts à l'intérieur de la position de nouveaux problèmes.

Aussi son écriture était-elle en effet très " conceptuelle ", et donc très dense, très serrée, et l'on y sent le travail proprement philosophique de cisèlement des concepts.

Deleuze décrivait d'ailleurs lui-même son travail comme celui d'un ciseleur, qui revient plusieurs fois sur ses concepts, les refait, les ajuste, les refond...

Pour décrire le style de Deleuze, il faudrait pouvoir imaginer un Kant surfeur.

Deleuze va vite et fait de la vitesse une valeur de la pensée.

Il ne faut pas confondre le concept avec une généralité : la vertu du concept est au contraire la précision. Cependant le sens d'un concept ne renvoie pas à un état de choses comme à un objet, ni à une classe d'individus ; un concept n'a pas de référence, mais on dit qu'il a un sens : les coordonnées d'un concept sont toujours déterminées en fonction des problèmes qu'il sert à poser, et des autres concepts dont il est inséparable, et avec lesquels il se compose sur le plan d'immanence, opposé au plan de référence des fonctions scientifiques.

En effet, alors que l'indépendance des variables définit une proposition référentielle, les concepts sont de pures variations, c'est-à-dire varient en même temps que varient leurs relations avec les autres concepts : ainsi le cogito n'est pas le même concept chez Kant et chez Descartes, et un philosophe recrée toujours ses concepts. Les concepts ne sont jamais isolés : ils se composent les uns avec les autres dans une forme de systématicité, dont Deleuze dira qu'elle n'est pas l'architectonique classique dans laquelle on déduit du concept le plus général tous les autres concepts particuliers (Deleuze n'a jamais cessé de dénoncer, comme nous le verrons, cette logique de la généralité), mais une " hétérogénèse ".

Cependant, il revendique une conception classique de la philosophie, comme création de concepts organisés en système, même si ce système doit être mouvant, et non pas voué à se fixer, mais plutôt à permettre la création de nouveaux concepts.

Et c'est probablement une raison essentielle de l'audience croissante de Deleuze dans le monde philosophique, que cette fidélité à une certaine idée très classique de la philosophie : commentant la fameuse phrase de Foucault, Deleuze disait qu'il n'était pas le meilleur mais, reprenant un beau thème nietzschéen, le plus innocent n'ayant jamais été touché par les discours sur la fin de la philosophie, auquel non seulement Heidegger et ses lecteurs comme Derrida , mais aussi Kant, avaient donné ses lettres de noblesse.

Ce que les philosophes d'aujourd'hui cherchent en Deleuze est sans doute cette innocence de la philosophie, ce droit à philosopher innocemment. Deleuze commentateur. Peut-on faire la différence entre Deleuze " créateur " et Deleuze " commentateur " ? Il y a d'un côté ceux qui disent que Deleuze est un commentateur qui s'est pris pour un créateur, de l'autre ceux qui disent et ce sont d'ailleurs. »

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