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La passion est-elle une aliénation ?

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? La passion (approche succincte, avec une attention particulière aux traits essentiels de la passion qui rendent possible une caractérisation du type de celle qui est proposée dans le sujet). En fait, la définition de la passion varie avec la conception globale du psychisme, et de la vie affective, dans laquelle elle s'insère. Dans le droit fil de l'étymologie latine (patior = subir, éprouver une souffrance), le rationalisme classique voit essentiellement dans la passion un principe extérieur à la raison, donc à l'instance de la maîtrise de soi. Dans le cadre du dualisme raison/passions, une approche normative de la vie affective tend alors à dévaloriser la passion, à voir en elle un principe néfaste dès qu'il s'autonomise de la tutelle de la raison. C'est pourquoi, dans la perspective de la question posée, la passion en elle-même (c'est-à-dire sans la tutelle de la raison) peut apparaître comme aliénation, puisqu'elle tend à faire perdre au sujet agissant la maîtrise de lui-même, à le rendre en quelque sorte « étranger » à lui-même. Encore faut-il préciser que dans une telle problématique l'aliénation est identifiée à la perte de la prépondérance de la raison sur la vie passionnelle, au « débordement » de la raison par la passion. C'est donc bien toute une représentation de l'organisation interne du sujet psychologique qui est en jeu. Le « volontarisme » qui accompagne habituellement cette représentation a été contesté, notamment par la philosophie spinoziste, qui rejette toute approche normative de la vie affective, et s'efforce d'élucider aussi objectivement que possible le déterminisme passionnel (cf. Éthique, parties 3 et 4). Ces remarques révèlent en fait qu'on ne peut parler, pour le sujet psychologique, d'aliénation, si l'on ne précise pas au préalable de quelle aliénation il s'agit.

« EN RELATION DE DEUX NOTIONS. • Remarques préliminaires concernant la démarche de réflexion à effectuer. Il s'agit ici de statuer sur une relation d'attribution, qui peut valoir soit comme définition soit comme simple caractérisation d'un concept par un autre.

Le travail d'élucidation des deux concepts proposés (passion, aliénation) n'est donc pas séparable d'une réflexion sur la nature du bien qui peut être établi entre eux.

On sera donc attentif à l'opposition des articles (LA passion ; UNE aliénation) qui est très significative ici : la notion générale de passion peut-elle être définie, ou caractérisée, comme une aliénation, comme un type particulier d'aliénation ? Trouve-t-on, dans la réalité même de la passion, des traits qui la caractérisent comme une certaine forme d'aliénation ? Ces questions, explicitant l'énoncé du sujet, doivent en fait finaliser tout le travail de définition et de réflexion qui sera engagé.

On pourra par exemple, après avoir précisé les différents aspects de la notion d'aliénation, essayer de voir par quels traits essentiels la passion peut être caractérisée comme aliénation. • Esquisse d'analyse. — La notion d'aliénation. « II est hors de lui ».

« II ne s'appartient plus ».

« II est complètement aliéné », etc.

Un simple recensement de lieux communs suffit à montrer que l'utilisation courante de la notion d'aliénation concerne l'être, l'identité personnelle, et non plus seulement, comme dans une acception déjà ancienne, l'avoir (aliénation = transfert d'un bien d'une personne à une autre ; aliéné = « devenu autre », du latin alienus = autre, étranger).

La notion d'aliénation recouvre donc l'idée d'une dépossession et, par analogie, d'une altération, d'une perte essentielle. S'agissant de l'être, et non plus seulement de l'avoir, la perte de certaines de ses prérogatives essentielles sera vécue ou thématisée comme une véritable dénaturation (cf.

Rousseau, Livre Premier du Contrat Social : l'homme ne peut, sans renoncer à ce qui le constitue fondamentalement en tant qu'être humain, se déposséder de sa liberté). — La passion (approche succincte, avec une attention particulière aux traits essentiels de la passion qui rendent possible une caractérisation du type de celle qui est proposée dans le sujet). En fait, la définition de la passion varie avec la conception globale du psychisme, et de la vie affective, dans laquelle elle s'insère.

Dans le droit fil de l'étymologie latine (patior = subir, éprouver une souffrance), le rationalisme classique voit essentiellement dans la passion un principe extérieur à la raison, donc à l'instance de la maîtrise de soi.

Dans le cadre du dualisme raison/passions, une approche normative de la vie affective tend alors à dévaloriser la passion, à voir en elle un principe néfaste dès qu'il s'autonomise de la tutelle de la raison.

C'est pourquoi, dans la perspective de la question posée, la passion en elle-même (c'est-à-dire sans la tutelle de la raison) peut apparaître comme aliénation, puisqu'elle tend à faire perdre au sujet agissant la maîtrise de lui-même, à le rendre en quelque sorte « étranger » à lui-même.

Encore faut-il préciser que dans une telle problématique l'aliénation est identifiée à la perte de la prépondérance de la raison sur la vie passionnelle, au « débordement » de la raison par la passion.

C'est donc bien toute une représentation de l'organisation interne du sujet psychologique qui est en jeu.

Le « volontarisme » qui accompagne habituellement cette représentation a été contesté, notamment par la philosophie spinoziste, qui rejette toute approche normative de la vie affective, et s'efforce d'élucider aussi objectivement que possible le déterminisme passionnel (cf.

Éthique, parties 3 et 4).

Ces remarques révèlent en fait qu'on ne peut parler, pour le sujet psychologique, d'aliénation, si l'on ne précise pas au préalable de quelle aliénation il s'agit. Qu'est-ce qui est aliéné ? Qu'est-ce qui engendre l'aliénation ? etc. Le Romantisme, et certains philosophes du XVIIIe siècle ou du XIXe siècle, redéfinissent en fait la nature et le rôle de la passion, qui n'est plus systématiquement disqualifiée ou dévalorisée.

Rousseau, notamment, s'applique à contester le rationalisme classique et à réévaluer le statut de la passion, notamment dans ses théories de l'éducation (cf.

Emile) et dans sa conception de l'origine des langues (cf.

Discours sur l'origine des langues).

Principe antérieur à la raison, la passion n'est pas forcément mauvaise ni génératrice de servitude.

C'est le devenir social tel qu'il s'est déroulé qui a fait naître les « passions mauvaises », notamment en instaurant entre les hommes duplicité et exploitation.

Dans une perspective un peu différente, on pourra aussi se référer à la conception hégélienne de l'Histoire, qui fait une place non négligeable à la passion (cf.

La Raison dans l'histoire, collection 10-18).

La passion y apparaît comme un mode d'accomplissement, de réalisation, de la Raison (la « ruse de la raison »), avec toutefois une particularité : elle constitue un « moment » dans l'extériorisation de l'Esprit humain (sa manifestation) ; moment où l'extériorisation, non consciente d'elle-même, ne se saisit pas comme telle, moment « d'aliénation », pour reprendre la distinction qu'effectue Hegel entre l'extériorisation consciente d'elle-même et l'extériorisation non consciente d'elle-même.. »

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