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La mémoire n'est-elle qu'une fonction biologique ?

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La mémoire, qui consiste à ressusciter notre passé, est la condition nécessaire de la vie mentale. La vie est quelque chose qui se continue ; il n'y aurait pas de vie intellectuelle si le passé ne redevenait pas présent, si, comme le dit Leibnitz, le présent n'était pas chargé du passé et gros de l'avenir. Mais la mémoire n'est pas seulement nécessaire à la vie intellectuelle, elle est La mémoire nécessaire à la vie en général. Et c'est pourquoi l'on a pu soutenir qu'elle est une fonction biologique. Si les êtres vivants, les animaux supérieurs tout au moins, étaient incapables de contracter des habitudes, d'utiliser leur expérience passée, ils seraient sans doute incapables de vivre. L'habitude, qui est en quelque sorte la mémoire du corps, est ce qui permet à l'être vivant de s'adapter à son milieu et à ses conditions d'existence ; c'est en définitive dans les besoins et les exigences de la vie qu'il faut chercher la raison de l'habitude.

« La mémoire n'est-elle qu'une fonction biologique ? La mémoire, qui consiste à ressusciter notre passé, est la condition nécessaire de la vie mentale.

La vie est quelque chose qui se continue ; il n'y aurait pas de vie intellectuelle si le passé ne redevenait pas présent, si, comme le dit Leibnitz, le présent n'était pas chargé du passé et gros de l'avenir. Mais la mémoire n'est pas seulement nécessaire à la vie intellectuelle, elle est La mémoire nécessaire à la vie en général.

Et c'est pourquoi l'on a pu soutenir qu'elle est une fonction biologique.

Si les êtres vivants, les animaux supérieurs tout au moins, étaient incapables de contracter des habitudes, d'utiliser leur expérience passée, ils seraient sans doute incapables de vivre.

L'habitude, qui est en quelque sorte la mémoire du corps, est ce qui permet à l'être vivant de s'adapter à son milieu et à ses conditions d'existence ; c'est en définitive dans les besoins et les exigences de la vie qu'il faut chercher la raison de l'habitude. Ceux qui font de la mémoire une simple fonction biologique l'assimilent à l'habitude; si la mémoire n'est qu'un cas particulier de l'habitude, elle apparaîtra, semble-t-il, avec les mêmes caractères d'automatisme acquis, de mécanisme monté par des expériences antérieures. Le mot habitude appliqué à la mémoire ne me paraît pas du tout choquant ; mais il rie faut point oublier qu'il n'y a pas que des habitudes physiques ; il y a des habitudes mentales.

Et la mémoire paraît bien être à un certain point de vue un mécanisme physiologique et à un autre point de vue une aptitude mentale. Que la mémoire, en tant que pouvoir de conservation et de rappel, nous apparaisse d'abord comme un dispositif physiologique, comme une habitude cérébrale, comme un complexus et une association de voies nerveuses, on peut l'admettre, si l'on entend par là que la mémoire est conditionnée par des mécanismes cérébraux, que sa qualité dépend, dans une certaine mesure, du nombre et de la persistance des voies nerveuses. Il est impossible de nier les conditions physiologiques de la conservation.

A vrai dire, ce qui se conserve, ce n'est pas une image ; le cerveau n'est pas un récipient de souvenirs ; ce qui se conserve, c'est un certain processus nerveux, c'est un certain dispositif cérébral au fonctionnement duquel est liée la réapparition des images. « Qui dit conservation, dit facilité de rappel...

La conservation n'est qu'un nom de la possibilité de penser à nouveau, et de la tendance à penser à nouveau, une expérience avec ses anciens concomitants...

La mémoire a son fondement dans une systématisation des voies nerveuses...

Au repos, ces voies nerveuses sont la condition de la conservation ; en activité, elles sont la condition du rappel ». C'est ce que voulait dire Aristote, quand il définissait la conservation la mémoire en puissance, et le rappel la mémoire en acte. Le rappel n'est pas seulement un fait physiologique ; c'est un fait psycho-physiologique, une habitude à la fois cérébrale et mentale. La conservation et le rappel ont des conditions physiologiques indéniables, mais dont il est difficile de préciser la nature.

Les maladies de la mémoire, en atteignant ces dispositifs cérébraux, entraînent la disparition ou l'altération de certaines catégories de souvenirs. Mais la conservation et le rappel ont aussi des conditions psychologiques comme l'attention, l'intérêt, la liaison des idées. Jusqu'ici la mémoire nous apparaît comme un phénomène à double face, et la face physiologique est d'une importance qu'il serait puéril de nier. Mais si la conservation et le rappel s'expliquent ou plutôt s'éclairent par la loi de l'habitude nerveuse, avec la reconnaissance et la localisation l'intelligence va prendre une part prépondérante dans l'organisation des souvenirs.

La reconnaissance implique d'abord une double distinction : 1° la distinction des souvenirs et des perceptions ; 2° la distinction des souvenirs et des images.

Un certain classement est donc nécessaire pour distinguer le monde des souvenirs du monde réel que nos perceptions nous révèlent et de ce monde irréel on notre imagination vagabonde. La localisation précise et achève la reconnaissance.

Tandis que la reconnaissance est le sentiment du déjà vu, la localisation projette le souvenir sur la ligne idéale de notre passé, le situe et le date.

La distinction du présent et du passé, la notion de temps sont donc nécessaires pour expliquer la reconnaissance et la localisation c'est-à-dire pour expliquer le souvenir complet, le souvenir véritable.

Or la notion de temps est une construction intellectuelle. Les empiriques négligent généralement, et pour cause, cette intellectualisation du souvenir, pour n'insister que sur la conservation et la répétition.

Mais, comme le dit W.

James, « prenez une conscience : ses sensations ne se souviendront pas plus l'une de l'autre que ne le font des sonneries de pendule, du seul chef qu'elles se répètent et se ressemblent.

Récurrence n'est pas mémoire....

Voici donc les éléments requis pour qu'il y ait vrai souvenir : un sentiment générai de la ligne du passé, une date particulière projetée en quelque point de cette ligne, un événement localisé à cette date, et enfin la revendication de cet événement par ma conscience comme partie intégrante de sa propre vie.

» Cette dernière condition est importante. Reconnaître un souvenir, c'est aussi s'y reconnaître.

On se rappelle le mot de Royer-Collard : « A vrai dire, on ne se souvient pas des choses, on ne se souvient que de soi-même.

s Se souvenir des , choses, c'est simplement utiliser le passé, utiliser notre expérience antérieure.

L'idée de temps peut être absente de cette mémoire en quelque sorte impersonnelle.

Mais reconnaître véritablement un souvenir, c'est le revivre, c'est se l'approprier, c'est se souvenir de soi-même.

Dans les formes supérieures du souvenir intervient la conscience de notre personnalité. Sans la localisation, la mémoire n'est qu'un chaos de souvenirs.

Avec la localisation, apparaît le choix, le classement, l'organisation, le sentiment de notre identité personnelle.

La localisation, qui complète la reconnaissance, relève de l'intelligence.

C'est grâce à la notion de temps que les souvenirs s'ordonnent dans le passé, dans notre passé.

Et l'idée de temps est le cadre où seul un être intelligent est capable de disposer en raccourci le tableau de ses souvenirs. La mémoire complète est donc plus qu'une fonction biologique.

Par la conservation et la répétition elle s'enracine à la physiologie nerveuse ; par la reconnaissance et la localisation elle relève de l'intelligence.

Elle a son fondement dans l'habitude; mais sur ce fondement elle construit un édifice intellectuel.

La théorie de la mémoire devait diviser les matérialistes et les spiritualistes.

Elle soulève la difficile question des rapports du physique et du moral.

Tout ce que le psychologue peut constater, c'est que la mémoire est à la fois une fonction biologique et une fonction mentale.

A un certain processus cérébral correspond un certain dynamisme mental, sans qu'on puisse s'expliquer clairement la relation do l'un à l'autre.. »

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