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La conscience que j'ai de moi est-elle une connaissance de moi-même ?

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INTRO. -- A l'origine de la psychologie et même de l'ensemble de la philosophie occidentale, nous trouvons le « Connais-toi toi-même » de SOCRATE. Or, si, pour nous faire une idée juste de nous-mêmes, il est indispensable de recourir à d'autres moyens d'information, il est indiscutable aussi que la conscience est l'instrument essentiel de cette connaissance. S'ensuit-il que la connaissance de soi se réduit à la conscience de soi ou faut-il distinguer l'une de l'autre et les considérer comme indépendantes ? Pour nous préparer à répondre à cette question nous commencerons par en expliquer les termes essentiels. I. — ELUCIDATION DES TERMES Les mots « connaissance », « conscience », « soi », qui figurent dans l'énoncé du thème de notre travail, ne semblent pas avoir besoin d'interprétation. Nous nous y arrêterons cependant : on ne perd jamais son temps à réfléchir sur les mots les plus usuels. Conscience et connaissance. a) On pourrait espérer que l'étymologie éclairera la signification de « conscience » et de « connaissance ». Malheureusement, ces deux mots présentent une ressemblance trop étroite. Ils commencent également par le préfixe con (du latin cula, avec qui exprime une certaine dualité en même temps qu'une certaine unité (pour être avec, il faut être au moins deux; mais quand on est avec un autre ou avec d'autres, on forme un duo ou un groupe). Sans doute, ils diffèrent par la racine : conscience inclut science, qui dérive de scire, savoir; connaissance dérive de noscere, connaître, apprendre. Mais s'il est facile d'établir des nuances entre scire et noscere ou entre savoir et connaître, les différences ne sont pas les mêmes en français qu'en latin et, d 'autre part, elles sont si peu importantes que les deux mots peuvent, dans la plupart des cas, être considérés comme synonymes. Ce n'est donc pas l'étymologie qui peut nous permettre de répondre à la question posée. Interrogeons l'usage.

« INTRO.

-- A l'origine de la psychologie et même de l'ensemble de la philosophie occidentale, nous trouvons le « Connais-toi toi-même » de SOCRATE.

Or, si, pour nous faire une idée juste de nous-mêmes, il est indispensable de recourir à d'autres moyens d'information, il est indiscutable aussi que la conscience est l'instrument essentiel de cette connaissance.

S'ensuit-il que la connaissance de soi se réduit à la conscience de soi ou faut-il distinguer l'une de l'autre et les considérer comme indépendantes ? Pour nous préparer à répondre à cette question nous commencerons par en expliquer les termes essentiels. I.

— ELUCIDATION DES TERMES Les mots « connaissance », « conscience », « soi », qui figurent dans l'énoncé du thème de notre travail, ne semblent pas avoir besoin d'interprétation.

Nous nous y arrêterons cependant : on ne perd jamais son temps à réfléchir sur les mots les plus usuels. Conscience et connaissance. a) On pourrait espérer que l'étymologie éclairera la signification de « conscience » et de « connaissance ». Malheureusement, ces deux mots présentent une ressemblance trop étroite.

Ils commencent également par le préfixe con (du latin cula, avec qui exprime une certaine dualité en même temps qu'une certaine unité (pour être avec, il faut être au moins deux; mais quand on est avec un autre ou avec d'autres, on forme un duo ou un groupe).

Sans doute, ils diffèrent par la racine : conscience inclut science, qui dérive de scire, savoir; connaissance dérive de noscere, connaître, apprendre.

Mais s'il est facile d'établir des nuances entre scire et noscere ou entre savoir et connaître, les différences ne sont pas les mêmes en français qu'en latin et, d 'autre part, elles sont si peu importantes que les deux mots peuvent, dans la plupart des cas, être considérés comme synonymes. Ce n'est donc pas l'étymologie qui peut nous permettre de répondre à la question posée.

Interrogeons l'usage. b) L'usage, qui spécifie d'ordinaire la signification étymologique de façon imprévisible, sera beaucoup plus instructif. A première vue, « conscience » et « connaissance » se distinguent par leur objet : on connaît les choses, on n'a conscience que de soi-même.

Mais cette distinction est loin d'être absolue : on se connaît aussi soi-même, à preuve la seconde partie du titre de cet exposé : « connaissance de soi »; par ailleurs, nous disons avoir ou ne pas avoir conscience de phénomènes matériels, comme un faible bruit ou un changement de température.

Ainsi « conscience » et « connaissance » sont parfois employés l'un pour l'autre : on dit à peu près indifféremment « perdre connaissance » ou « perdre conscience ». Cependant, même dans ces cas, la synonymie n'est pas parfaite.

Celui qui a perdu connaissance ne se rend plus aucun compte de ce qui se passe autour de lui et même en lui; mais nous ne prétendons pas pour autant que toute sensibilité soit abolie, et, devant un malade dans le coma, nous nous demandons souvent s'il souffre.

La perte de conscience, au contraire, implique le vide affectif aussi bien que le vide cognitif.

« Connaissance » est donc pris dans une acception plus objective : ce mot renvoie aux objets de pensée.

« Conscience » nous situe dans un climat plus subjectif et se rapporte au sujet qui pense et qui sent.

Nous retrouvons ainsi la distinction d'où nous étions partis : on connaît les choses; on n'a conscience que de soi-même.

Nous disons, il est vrai, à propos de phénomènes physiques que d'autres déclarent avoir perçus : « Je n'en ai eu aucune conscience.

» Mais cette expression suggère que nous nous sommes en quelque sorte repliés sur nous-mêmes pour y chercher quelque impression fugace produite par le fait signalé.

Si nous nous étions tournés vers les objets, nous ne dirions pas : « je n'en ai pas eu conscience », mais : « je ne l'ai pas vu », « je ne l'ai pas entendu ».

L'expression « prendre conscience » d'une chose, par exemple du temps écoulé ou de l'attitude d'un compagnon de voyage, n'est pas synonyme de « remarquer », de « prendre connaissance »; nous prenons conscience de ce que les choses sont, non en elles-mêmes, mais pour nous; ici encore le mot conscience nous renvoie à la subjectivité. Inversement, dans la « connaissance de moi », nous allons le voir plus longuement dans la suite, je ne me replie pas sur moi-même; au contraire, je me situe mentalement hors de moi, tâchant de m'observer comme j'observe les autres ou les choses et comme les autres m'observent. De soi. a) "Soi" est un pronom réfléchi comme « se »; mais tandis que « se » a un usage universel (nous disons que l'homme se connaît, que le fer se rouille, que la tristesse se dissipe), « soi » ne s'emploie que pour les personnes; c'est un pronom personnel comme « toi » et « moi ».

Sans doute, dans la langue classique, il se rapporte aussi parfois à un sujet qui n'est pas une personne; ainsi dans cet exemple donné par le Dictionnaire de l'Académie : un bienfait porte toujours sa récompense avec soi.

Mais, autre que cet emploi tombe en désuétude, soi ne remplacerait pas lui ou elle s'il s'agissait de choses matérielles ou même d'animaux : la poule amène ses poussins avec elle et non avec soi.

Par « soi » il faut donc entendre la personne, l'individu qui peut dire « je » pris dans son ensemble. b) Par suite, la conscience de soi et la connaissance de soi ont pour objet l'individu pris dans son ensemble et non pas certains de ses états ou de ses actes particuliers.

Elles peuvent être faites d'expériences élémentaires antérieures sans lesquelles elles seraient impossibles; la conscience de moi peut se fonder sur la conscience de multiples accès de colère ou de jalousie; la connaissance que j'ai de moi-même implique le, souvenir d'innombrables comportements personnels.

Mais en elles-mêmes elles sont synthétiques ou synthétisantes et atteignent leur objet. »

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