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La conscience morale est-elle le reflet de la conscience collective ?

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; toujours dans ces moments, l'individu sent la présence énorme, envoûtante de la conscience collective ; il a l'impression de « communier » avec quelque chose de grandiose et de sacré qui le dépasse. Et il s'agit de la conscience collective. Certaines expériences particulières permettent de dissocier le moi individuel et le moi social : ainsi il arrive que dans une de nos villes, la foule se presse à une cérémonie à laquelle participent les délégués de plusieurs nations. La curiosité s'excite devant les uniformes insolites ou les drapeaux « des autres » ; on entend avec une politesse ironique des hymnes nationaux absolument inconnus ; on les critique comme à un concert de kiosque... mais voilà qu'arrive la délégation française, la « Marseillaise » éclate, le drapeau tricolore s'immobilise, ... et aussitôt la conscience collective étrangle la conscience individuelle... nous sentons que « nous en sommes ». A côté de ces expressions vives, la conscience collective a des manifestations plus discrètes, aussi profondes et plus durables : elle imprègne nos manières d'agir et de réagir, de poser les problèmes du présent et de les résoudre, elle nous fournit une « table des valeurs » en fonction de laquelle nous jugeons. Les différences culturelles, nationales, et celles qu'on disait « raciales », sont des différences de personnalité collective. Plus la conscience collective, en un lieu du globe, est vigoureuse, plus « marqués » sont les individus.

« thèse : La conscience morale, reflet de la conscience collective.

Chaque groupe social a un « habitus », des manières collectives de sentir, de penser, de vivre et d'agir.

La participation au groupe qui est d'abord naturelle, qui est ensuite renforcée par l'éducation, le langage, et l'expérience de la vie sociale produirait selon les sociologues de l'École de Durkheim et de Levy-Bruhl une sorte d' « introjection » des représentations collectives.

Or celles-ci, dans la mesure même où elles s'imposent à l'individu, sont empreintes d'un caractère d'obligation, elles exigent de lui qu'il se conforme à des règles, qu'il se dépasse en devenant membre du groupe, en réalisant en lui l'idéal que représente la parfaite adaptation à l' « habitus » collectif.

Ces « valeurs sociales » ont un caractère essentiellement religieux selon Durkheim, elles ont un caractère essentiellement « moral » pour Levy-Bruhl, mais pour l'un comme pour l'autre, elles expriment la conscience collective. — I — L'expérience de la réalité de la conscience collective. Avant toute discussion de cette conception de la conscience morale, il convient de montrer la réalité de la conscience collective.

Ses manifestations peuvent être infiniment variées.

Sans reparler ici de l'influence du groupe et des mouvements de groupe sur la psychologie individuelle, notons que la conscience collective a des formes flambantes et des formes latentes : elle apparaît dans sa réalité brutale au moment des grandes démonstrations de vie d'une collectivité, lorsque par exemple les drapeaux et les étendards, le pavois aux couleurs nationales, le fracas de la parade militaire, marquent un grand jour de fête pour la nation, ou lorsque derrière les bannières et les oriflammes, en présence des chefs religieux, une multitude de pèlerins processionnent en chantant...

; toujours dans ces moments, l'individu sent la présence énorme, envoûtante de la conscience collective ; il a l'impression de « communier » avec quelque chose de grandiose et de sacré qui le dépasse.

Et il s'agit de la conscience collective. Certaines expériences particulières permettent de dissocier le moi individuel et le moi social : ainsi il arrive que dans une de nos villes, la foule se presse à une cérémonie à laquelle participent les délégués de plusieurs nations.

La curiosité s'excite devant les uniformes insolites ou les drapeaux « des autres » ; on entend avec une politesse ironique des hymnes nationaux absolument inconnus ; on les critique comme à un concert de kiosque...

mais voilà qu'arrive la délégation française, la « Marseillaise » éclate, le drapeau tricolore s'immobilise, ...

et aussitôt la conscience collective étrangle la conscience individuelle...

nous sentons que « nous en sommes ».

A côté de ces expressions vives, la conscience collective a des manifestations plus discrètes, aussi profondes et plus durables : elle imprègne nos manières d'agir et de réagir, de poser les problèmes du présent et de les résoudre, elle nous fournit une « table des valeurs » en fonction de laquelle nous jugeons.

Les différences culturelles, nationales, et celles qu'on disait « raciales », sont des différences de personnalité collective.

Plus la conscience collective, en un lieu du globe, est vigoureuse, plus « marqués » sont les individus. — II — Personnalité et conscience morale.

Les véritables limites de l'interprétation sociologique de la conscience morale apparaissent lorsque l'on s'aperçoit que toute l'influence de la conscience collective se fait sur la personnalité.

Or le problème est de savoir si on est en droit de confondre personnalité et conscience morale.

Si on les confond, alors il faut accepter cette conséquence logique qu'une personnalité adaptée, reflet parfait de la conscience collective, ...

est le type même de la valeur morale, et que l'individu qui met en question ces valeurs et ces habitudes collectives est un être inadapté, un malade de la personnalité.

Les disciples américains modernes de Durkheim — et ils sont fort nombreux — ont parfaitement admis ces conséquences.

C'est la consécration du Durkheimisme et en même temps sa ruine, car il est logiquement défendable et historiquement prouvé qu'on peut être contre son temps, qu'on peut mettre en accusation les manières de vivre, de croire ou d'agir de son époque sans être pour autant un déséquilibré.

Socrate devant la conscience athénienne du IIIe siècle av.

J.-C.

fait figure de non-adapté et c'est pourtant lui qui nous paraît être porteur de la valeur morale.

L'équation adapté = normal = moral nous semble aboutir à une sorte de sanctification morale de l'accord du sujet avec son milieu social, et à une identification spécieuse entre le crime et la volonté de changer les valeurs admises.

L'expérience prouve que ce qui est un crime pour un État à une certaine époque, peut être une valeur non encore acceptée (Jésus-Christ était un factieux pour Ponce Pilate), et qu'inversement une manière d'agir parfaitement conforme aux lois et coutumes de ce pays peut déclencher une réprobation de consciences individuelles à cette date même.

Il faut donc bien penser que cette réprobation — manifestation que nous attribuerons à « la conscience morale » — tire ses principes d'une autre source que du conformisme et que ce pouvoir d'insurrection contre les valeurs admises ne peut venir de la pression sociale. En conclusion : La conscience morale porte la marque de la Constitution caractérologique, de l'histoire de l'enfance, du milieu culturel du développement psychologique, des traditions et des manières communes de penser et de réagir. En tant que telle, elle s'inscrit dans une personnalité et dans un système très relatif de conditions biologiques, historiques et sociales ; mais elle déborde ces conditions dans la mesure où elle imprime à ses impératifs une exigence essentielle d'universalité et d'absolu.

Par là, elle s'apparente aux aspirations de la raison, à la « raison pratique » ou rationalisation de l'action.

Elle se place à un point de vue plus général que la conscience collective ou personnalité culturelle.

Elle prétend émaner de l'homme en tant qu'homme et non pas seulement de l'homme en tant que participant à.

telles conditions historiquement et géographiquement définies, bien que ce soit toujours par rapport à ces conditions et dans ces conditions qu'elle prend conscience de soi.

Elle surgit dans le malaise ou dans les problèmes que fait naître l'expérience, et c'est là, dans l'obstacle, à l'état naissant, pour ainsi dire, qu'il faut la saisir comme révélation d'un souci spécifiquement humain.. »

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