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La conscience est-elle une chose ?

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Il y a deux façons d'être conscient. J'ai d'abord, spontanément, la conscience des choses qui nous entourent. Si l'on me demande « qu'est-ce que tu vois ? », je peux décrire ce que j'ai sous les yeux, etc. Mais j'ai aussi conscience de moi : je suis également conscient que je suis en train de regarder, de percevoir ce que je décris. Cette capacité réflexive est le propre de la conscience. L'expérience de la conscience n'est pas l'expérience d'un « dehors », une extériorité. L'expérience de la conscience est celle d'un retour ré-flexif sur soi, l'expérience d'un «dedans», celle de l'intériorité d'un sujet qui se saisit lui-même abstraction faite des choses hors de lui, dans le monde intérieur de sa subjectivité.

  • chose:

En phénoménologie, on distingue la chose de l'objet : la chose, comme réalité concrète, a une existence indépendante de toute visée de conscience, alors que l'objet est nécessairement le corrélat d'un sujet qui le pose dans un projet.

Heidegger nous invite ainsi à une prise en compte des choses en elles-mêmes, indépendamment des projets de maîtrise et d'action que nous pouvons avoir sur elles.

« Il y a deux façons d'être conscient.

J'ai d'abord, spontanément, la conscience des choses qui nous entourent.

Si l'on me demande « qu'est-ce que tu vois ? », je peux décrire ce que j'ai sous les yeux, etc.

Mais j'ai aussi conscience de moi : je suis également conscient que je suis en train de regarder, de percevoir ce que je décris.

Cette capacité réflexive est le propre de la conscience.

L'expérience de la conscience n'est pas l'expérience d'un « dehors », une extériorité.

L'expérience de la conscience est celle d'un retour ré-flexif sur soi, l'expérience d'un «dedans», celle de l'intériorité d'un sujet qui se saisit lui-même abstraction faite des choses hors de lui, dans le monde intérieur de sa subjectivité. En nous saisissant comme sujet, dans la conscience réfléchie, nous nous ouvrons à une expérience singulière.

Car là subjectivité n'existe pas à la manière des objets.

Ceux-ci sont en effet entièrement déterminés par leurs propriétés, ils ne peuvent être rien d'autre que ce qu'ils sont.

Ils sont, comme dit Sartre, « en soi ».

Le sujet conscient est quant à lui « pour soi » : il peut toujours être différent de ce qu'il est, il n'est pas enfermé dans une définition.

Par exemple, on ne dit pas de quelqu'un qu'il est égoïste comme on dit d'un coupe-papier qu'il est tranchant, parce qu'il est toujours possible de cesser d'être égoïste.

Penser qu'un égoïste est condamné à l'être, c'est le nier comme sujet, c'est le chosifler.

Parce qu'il est conscient, l'homme est projet, dit Sartre, et non objet.

La conscience n'existe donc pas à la manière des choses.

En jouant sur le mot exister, on pourrait même dire que seule la conscience existe : car « ex -sister » c'est sortir de soi, être à distance de soi-même.

Les choses, qui sont immédiatement ce qu'elles sont, n'« ex-sistent » pas : elles sont, ou elles « insistent ».

À ce mode spécifique d'« ex-sistance », pour la conscience, est attaché le problème de la liberté, central dans la philosophie de Sartre : être une conscience, un « pour soi », n'est-ce pas la marque pour l'homme de sa liberté, c'est-à-dire de sa possibilité de dépasser ce qu'il est ? Cette façon de penser la conscience est difficile.

En effet, une des caractéristiques les plus remarquables de la conscience, c'est sa permanence : c'est parce que je ne cesse d'être conscient, c'est-à-dire présent à moi-même, que je peux affirmer l'identité du moi à travers tous ses changements.

Quel rapport y a t-il entre l'enfant que j'étais et l'homme mûr que je suis devenu ? Pourquoi relier la discontinuité de tous mes états en les rapportant à l'identité d'un moi, sinon parce que ma conscience, toujours, les accompagne? Mais le risque est alors de considérer la conscience comme une chose.

De même que, pour reprendre un exemple célèbre de Descartes, un morceau de cire reste la même chose matérielle malgré toutes les modifications dont il peut être affecté (selon que je le considère dur et odorant au sortir de la ruche, ou mou et inodore après l'avoir passé sous une flamme), de même la conscience serait une chose spirituelle, une « chose pensante » comme dit Descartes. C'est cette conception chosifiante de la conscience que critique la phénoménologie de Husserl (avant Sartre qui s'en est d'ailleurs beaucoup inspiré).

Si Descartes a eu raison de vouloir mettre le monde entre parenthèses pour redécouvrir le caractère fondateur de la conscience (Husserl intitulera d'ailleurs un des ses ouvrages les Méditations artésiennes, en référence aux Méditations métaphysiques de Descartes), son tort fut de considérer la conscience comme une chose pensante, pouvant exister par elle-même, indépendamment des choses matérielles mais comme les choses matérielles.

Or, la conscience n'est pas une chose.

C'est un acte, et ce qui définit cet acte, c'est ce que Husserl nomme son « intentionnalité » : toute conscience vise un objet, est « conscience de...

».

Mettre le monde entre parenthèses, comme l'a fait Descartes, ne peut alors être qu'une suspension provisoire de l'attitude naturelle de la conscience, spontanément immergée dans les choses, attentive au dehors, pour ressaisir réflexivement en elle l'origine de toute signification du monde pour le sujet.. »

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