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Jean-Paul SARTRE: Cette crise mystique...

Publié le 03/04/2005

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Cette crise mystique de ma quinzième année, qui décidera si elle « a été » pur accident de puberté ou au contraire premier signe d'une conversion future ? Moi, selon que je déciderai - à vingt ans, à trente ans - de me convertir. Le projet de conversion confère d'un seul coup à une crise d'adolescence la valeur d'une prémonition que je n'avais pas prise au sérieux. Qui décidera si le séjour en prison que j'ai fait, après un vol, a été fructueux ou déplorable ? Moi, selon que je renonce à voler ou que je m'endurcis. Qui peut décider de la valeur d'enseignement d'un voyage, de la sincérité d'un serment d'amour, de la pureté d'une intention passée, etc. ? C'est toujours moi, selon les fins par lesquelles je les éclaire. Ainsi tout mon passé est là, pressant, urgent, impérieux, mais je choisis son sens et les ordres qu'il me donne par le projet même de ma fin. Sans doute ces engagements pris pèsent sur moi, sans doute le lien conjugal autrefois assumé, la maison achetée et meublée l'an dernier limitent mes possibilités et me dictent ma conduite : mais c'est précisément parce que mes projets sont tels que je réassume le lien conjugal, c'est-à-dire précisément parce que je ne projette pas le rejet du lien conjugal, parce que je n'en fais pas un « lien conjugal passé, dépassé, mort », mais que, au contraire, mes projets, impliquant la fidélité aux engagements pris ou la décision d'avoir une « vie honorable » de mari et de père, etc., viennent nécessairement éclairer le serment conjugal passé et lui conférer sa valeur toujours actuelle. Ainsi l'urgence du passé vient du futur. Que soudain [...], je modifie radicalement mon projet fondamental, que je cherche, par exemple, à me délivrer de la continuité du bonheur, et mes engagements antérieurs perdront toute leur urgence. Ils ne seront plus là que comme ces tours et ces remparts du Moyen Âge, que l'on ne saurait nier, mais qui n'ont d'autre sens que celui de rappeler, comme une étape antérieurement parcourue, une civilisation et un stade d'existence politique et économique aujourd'hui dépassés et parfaitement morts. C'est le futur qui décide si le passé est vivant ou mort. Jean-Paul SARTRE
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« – De même, l' engagement est une façon de réassumer, c'est-à-dire de réactualiser un acte, une décision passée,et d'en prolonger la validité dans l'avenir.

D'où ces formulations d'apparence paradoxale : « l'urgence du passé vientdu futur » et « c'est le futur qui décide si le passé est vivant ou mort ». 3) Les exemples de Sartre sont des grandes décisions existentielles : la foi religieuse, le comportement à l'égard dela loi, le mariage.

Elles ne sont pas des parties de l'individu mais des dimensions fondamentales qui engagentl'individu tout entier, et donc qui sont l'expression de sa liberté. 4) On connaît la logique du tout ou rien : la liberté ou la mort ! C'est une logique de l'absolu — pour laquelle toutcompromis est une compromission.

Bakounine en avait fait la remarque : si l'on m'interdit une seule chose, il sembleque toute ma liberté soit ruinée par cet empêchement.

Et le théoricien de l'anarchisme citait l'histoire de la femmede Barbe-Bleue : si elle avait loisir d'aller dans toutes les pièces du château excepté en une, alors elle n'était pluslibre du tout.Cette position paraît difficile à tenir.

Une liberté entière, absolue, est une vue de l'esprit.

En tant qu'êtres humains,nous avons un corps, soumis à la faiblesse et à la précarité ; nous vivons au milieu des autres et devons obéir à uncertain nombre de règles, de lois, d'interdits.

Que serait une liberté absolue ? Une liberté sans causes, sansconditions, sans déterminations ? Mais tout a des causes, conditions et déterminations — et l'on pourrait ajoutermême : c'est mieux ainsi.Les seules valeurs absolues sont des valeurs abstraites.

Mais la liberté n'est pas une valeur abstraite, elle s'éprouveau contact des autres et du monde réel — elle est donc relative à tout un ensemble de conditions.

Mais l'êtrehumain est ainsi fait qu'il ne cesse de transformer en forces ses limites, et ses échecs en points de départ. SARTRE (Jean-Paul). Né et mort à Paris, en 1905 et 1980. Il fait ses études au lycée Henry IV.

Elève de l'Ecole Normale supérieure de 1924 à 1928, il fut reçu premier àl'agrégation de philosophie, en 1929.

De 1931 à 1944, il fut professeur de lycée.

Il demanda et obtint un congé en1945.

- La pensée de Sartre est influencée par Hegel, Husserl et Heidegger.

Ses premières recherchesphilosophiques ont porté sur l'imaginaire et l'imagination, qui consiste à se rendre présent un objet tenu pour absent.« L'acte d'imagination est un acte magique : c'est une incantation destinée à faire apparaître la chose qu'ondésire.» — La liberté se traduit par le retrait, c'est-à-dire la capacité de voir, dans ce qui est, ce qui n'est pas.

Laconscience, qui est liberté et intentionnalité, est néantisation.

« La néantisation est l'acte par lequel la consciencese libère de l'en-soi en le pensant...

Le pour-soi surgit comme néantisation de l'en-soi.

» Sartre définit ainsi l'en- soi: « Il faut opposer cette formule : l'être en soi est ce qu'il est, à celle qui désigne l'être de la conscience (le pour-soi) : celle-ci en effet a à être ce qu'elle est...

L'être en-soi n'a pas de dedans qui s'opposerait à un dehors...

L'en-soi n'a pas de secret : il est massif.» L'en-soi désigne souvent, pour Sartre, la réalité matérielle.

Sa définition dupour-soi : « Le pour-soi, c'est l'en-soi se perdant comme en-soi, pour se fonder comme conscience.

» — Le pour-soiest une manière pour l'en-soi d'être sur le mode du non-être.

L'existence de la conscience porte témoignage del'existence des choses.

La conscience est fascinée par ce qu'elle connaît :« son être est de n'être pas ce à quoi elleest présente.

» — « Le pour-soi est pour autrui.

» Sartre analyse l'autre et en rend compte par le trouble et larésistance qu'il provoque en nous.

Il définit : « Autrui, c'est l'autre, c'est-à-dire le moi qui n'est pas moi.

» Ladécouverte de l'autre est un conflit, où les deux parties se posent toujours, l'une comme sujet, l'autre comme objet.Il n'y a jamais deux sujets face à face.

« L'enfer, c'est les autres.

» — Son analyse du projet conduit Sartre à posercomme termes synonymes : être et faire.

Pour lui, l'existence précède l'essence.

— Telle est, succinctement etterminologiquement exposée, une doctrine qui est encore en plein accomplissement.. »

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