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HEGEL: la violence et la ruse de l'état de nature

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On décrit souvent l'état de nature comme un état parfait de l'homme, en ce qui concerne tant le bonheur que la bonté morale. Il faut d'abord noter que l'innocence est dépourvue, comme telle, de toute valeur morale, dans la mesure où elle est ignorance du mal et tient à l'absence des besoins d'où peut naître la méchanceté. D'autre part, cet état est bien plutôt celui où règnent la violence et l'injustice, précisément parce que les hommes ne s'y considèrent que du seul point de vue de la nature. Or, de ce point de vue là, ils sont inégaux tout à la fois quant aux forces du corps et quant aux dispositions de l'esprit, et c'est par la violence et la ruse qu'ils font valoir l'un contre l'autre leur différence. HEGEL

•    Pourquoi Hegel parle-t-il de l'innocence » à propos de l'« état de nature » ? •    En quoi l'innocence est-elle « dépourvue de toute valeur morale » ? En quoi cette remarque s'inscrit-elle en faux contre la description souvent faite de « l'état de nature comme un état parfait de l'homme » ? Hegel remet-il en cause l'idée de « l'état de nature » « en elle-même » ? •    Pourquoi l'« état de nature » est-il, selon Hegel, celui où règnent l'injustice et la violence ? Est-ce pour Hegel un phénomène « contingent ou un phénomène « nécessaire » ? •    « De ce point de vue-là » signifie-t-il « en ce sens » ou « du seul point de vue de la nature » ?    - •    Pour quelle raison Hegel indique-t-il que l'état de nature « est bien plutôt celui où règnent la violence et l'injustice » ?

« "On décrit souvent l'état de nature comme un état parfait de l'homme, en ce qui concerne tant le bonheur que la bonté morale.

Il faut d'abord noter que l'innocence est dépourvue, comme telle, de toute valeur morale, dans la mesure où elle est ignorance du mal et tient à l'absence des besoins d'où peut naître la méchanceté.

D'autre part, cet état est bien plutôt celui où règnent la violence et l'injustice, précisément parce que les hommes ne s'y considèrent que du seul point de vue de la nature.

Or, de ce point de vue là, ils sont inégaux tout à la fois quant aux forces du corps et quant aux dispositions de l'esprit, et c'est par la violence et la ruse qu'ils font valoir l'un contre l'autre leur différence." HEGEL QUESTIONS 1.

Dégagez l'idée générale du texte et son argumentation. 2.

Expliquez la formule : « l'innocence est dépourvue de toute valeur morale ». 3.

La sortie de l'état de nature signifie-t-elle la fin de toute violence ? QUESTION 1 L'idée principale est la thèse du texte.

Hegel réfute ici une conception fréquente (« on décrit souvent ») de l'état de nature, pour proposer la sienne et montrer, en définitive, la nécessité pour les hommes de s'unir en un État politique.

Ainsi, selon lui, l'état de nature ne désigne pas « un état parfait de l'homme », sur le plan du bonheur et de la bonté morale, mais bien un état de « violence » et de « ruse » (dernière ligne du texte) où règne l'injustice.

Il en résulte que les hommes devront passer ensemble un pacte social afin de supprimer cette violence (cf la question 3) et de connaître la justice. Le texte progresse de manière très rigoureuse.

Tout d'abord, Hegel énonce la thèse qu'il combat (deux premières lignes). Puis il la réfute à l'aide de deux arguments, introduits par «il faut d'abord noter » (premier argument) et « d'autre part » (deuxième argument).

Il montre tout d'abord que ce qui est censé caractériser la perfection de l'état de nature : la bonté morale, ne peut pas s'y trouver.

Car elle présuppose la connaissance du bien et du mal.

Or celle-ci est absente de l'état de nature.

Le bonheur (deuxième caractéristique de l'état de nature selon les adversaires de Hegel) ne s'y trouve pas non plus.

Car ce sont la violence et l'injustice qui y règnent.

Or l'homme ne peut être heureux dans la violence et dans l'injustice.

Les deux arguments de Hegel s'attaquent donc aux fondements de la thèse de ses adversaires, qui définissent l'état de nature par deux éléments qui ne sauraient s'y trouver. La dernière phrase du texte (à partir de « Or ») a valeur de conclusion, et affirme du même coup la conception hégélienne de l'état de nature.

Ce ne sont ni le bonheur ni la bonté morale qui le caractérisent, mais leurs opposés : la violence, la ruse et l'injustice.

On comprend par là combien il est nécessaire pour l'homme de quitter au plus vite cet état.

Il n'est pas hasardeux que Hegel soit, précisément, un théoricien de la philosophie du droit (cf le titre de son principal ouvrage politique : Principes de la philosophie du droit). QUESTION 2 Pour comprendre le sens de la formule «l'innocence est dépourvue de toute valeur morale », il faut la replacer dans son contexte et s'attacher au sens précis des termes qui la composent.

Qu'est-ce que l'innocence (soulignée en italique par Hegel lui-même) ? C'est un état d'ignorance du mal (les termes figurent dans le texte).

On dit ainsi, dans le langage courant, que l'enfant est «innocent », parce qu'il n'a pas la notion du mal.

Pour être méchant, il faut l'être volontairement.

Or qu'est-ce que la valeur morale ? C'est ce qui permet de décider du bien ou du mal-fondé d'une pensée ou d'une action.

L'on comprend ainsi ce que veut dire Hegel : l'homme à l'état de nature ne peut pas connaître la perfection morale, puisqu'il ne connaît ni le bien, ni le mal, puisqu'il est « innocent ».

Le qualifier de parfaitement vertueux serait comparable à qualifier un enfant de sage parfait lorsqu'il accomplit, sans le savoir, une action dont les conséquences s'avèrent conformes à notre idéal de morale. QUESTION 3 [Introduction] Lorsque l'on réfléchit sur l'état de nature, c'est-à-dire sur la condition humaine indépendamment de toute forme d'État, c'est en général pour montrer qu'il était nécessaire voire vital d'en sortir et de s'associer à ses semblables par un pacte social.

Quelle que soit l'importance qu'on lui accorde au rang des fonctions de l'État, l'on s'entend ainsi pour faire de la paix civile la ou l'une des raisons majeures du pacte.

Si les hommes décident de s'unir, c'est en premier lieu pour assurer leur sécurité et mettre fin à l'usage aveugle et individuel de la violence qui prévalait à l'état de nature.

En passant le pacte, chacun renonce à faire un usage personnel de la violence, et en délègue la légitimité à l'État lui-même. La sortie de l'état de nature signifie-t-elle alors vraiment la fin de toute violence ? Car la violence ne désigne pas seulement la force, mais bien toute forme, physique certes, mais aussi morale, psychologique, etc., d'action contre la volonté d'autrui.

Pouvait-elle alors être présente au sens plein dans l'état de nature, amoral selon Hegel ? Et si on la délègue à une autorité souveraine, est-ce vraiment pour y mettre fin ? L' entrée dans l'état civil ne s'accompagne-t-elle pas de la naissance d'autres formes de violence, peut-être plus insidieuses, mais tout aussi. »

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