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Fiche de cours en philo : L'ILLUSION .

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 SUJETS DE BACCALAURÉAT    — Toutes les illusions sont-elles dangereuses?  — Pensez-vous que c'est l'illusion et non le savoir qui rend heureux?  — La connaissance de la vérité entraîne-t-elle nécessairement la disparition de  l'illusion?  — L'objet de l'espérance est-il une illusion?  — En quel sens peut-on dire que l'homme a besoin d'illusions?  — Lorsque la vérité dérange, faut-il lui préférer l'illusion qui réconforte?

• Distinguez bien l'illusion, croyance d'ordre affectif liée à la réalisation d'un désir, de l'erreur, acte de l'esprit jugeant vrai ce qui est faux (§ 1). L'illusion comporte une fonction positive que nous ne trouvons nullement dans l'erreur. L'objet de cette fiche est de faire apparaître la positivité de l'illusion et d'en montrer le caractère nécessaire.  • Le rationalisme classique, avec Descartes, ne s'est guère intéressé à cette positivité de l'illusion, et a surtout tenté de l'expulser du champ du savoir (§ 2). L'illusion du rêve (§ 3) ou du Malin Génie (§ 4) doit être éliminée, souligne Descartes.  • Kant a restitué l'illusion au fonctionnement même de notre pensée : c'est notre raison elle-même qui est productrice d'illusion (§ 5).  • Avec Nietzsche (§ 6 et 7) et Freud (§ 8, 9, 10), l'illusion acquiert sa pleine positivité : l'illusion est la condition même de la vie, montre Nietzsche (§ 6), et il est impossible d'abolir les grandes illusions consolatrices (§ 7). Quant à Freud, il signale que l'illusion est fondée sur la réalisation d'un désir (§ 8), qu'elle peut même se réaliser (§ 9), et qu'il convient de la laisser parler (§ 10).  • Comprenons bien, en conclusion, et contrairement à ce qu'affirmait la philosophie classique, qu'il n'est guère souhaitable de perdre ses illusions!

« • Distinguez bien l'illusion, croyance d'ordre affectif liée à la réalisation d'un désir, de l'erreur, acte de l'esprit jugeant vrai ce qui est faux (§ 1).

L'illusion comporte une fonction positive que nous ne trouvons nullement dans l'erreur.

L'objet de cette fiche est de faire apparaître la positivité de l'illusion et d'en montrer le caractère nécessaire. • Le rationalisme classique, avec Descartes, ne s'est guère intéressé à cette positivité de l'illusion, et a surtout tenté de l'expulser du champ du savoir (§ 2).

L'illusion du rêve (§ 3) ou du Malin Génie (§ 4) doit être éliminée, souligne Descartes. • Kant a restitué l'illusion au fonctionnement même de notre pensée : c'est notre raison elle-même qui est productrice d'illusion (§ 5). • Avec Nietzsche (§ 6 et 7) et Freud (§ 8, 9, 10), l'illusion acquiert sa pleine positivité : l'illusion est la condition même de la vie, montre Nietzsche (§ 6), et il est impossible d'abolir les grandes illusions consolatrices (§ 7).

Quant à Freud, il signale que l'illusion est fondée sur la réalisation d'un désir (§ 8), qu'elle peut même se réaliser (§ 9), et qu'il convient de la laisser parler (§ 10). • Comprenons bien, en conclusion, et contrairement à ce qu'affirmait la philosophie classique, qu'il n'est guère souhaitable de perdre ses illusions! I — Illusion - Erreur - Mensonge L'illusion, état mental de celui qu'on abuse et qu'on trompe, ne doit pas être confondue avec l'erreur, acte de l'esprit jugeant vrai ce qui, en réalité, est faux.

Il convient de soigneusement distinguer ces notions parce qu'il y a une positivité de l'illusion, qui s'oppose à la pure négativité de l'erreur.

L'illusion produit, elle produit du réel, cette croyance possède une fonction et un contenu positifs étrangers à l'erreur qui se dissipe, une fois, connue en tant qu'erreur.

Au contraire, nous le verrons, l'illusion, même déjouée, peut se perpétuer sans vraiment se dissiper. Il faut aussi distinguer l'illusion du mensonge, caractérisé par l'intention d'égarer l'interlocuteur.

Dans l'illusion, ma bonne foi est évidente : je suis alors abusé et trompé (souvenons-nous d'ailleurs que le terme d'illusion vient du verbe latin illudere, qui signifie jouer, abuser et tromper).

Tout se passe comme si quelque piège m'était tendu, dont je suis l'innocente victime. II — Le projet du rationalisme classique : expulser l'illusion La positivité de l'illusion n'a guère été l'objet d'étude de la réflexion classique, qui s'y est certes intéressée pour immédiatement l'expulser du champ du savoir.

Ainsi, le rationalisme cartésien a plutôt décrit l'illusion négativement. Descartes, dans la Première Méditation, souligne soigneusement les pièges possibles de l'illusion pour placer le sujet pensant — le cogito' — hors de ses atteintes.

En somme, il s'agit surtout de dénoncer l'illusion, de l'expulser et de la répudier. III — Descartes : l'illusion du rêve Pourquoi douter systématiquement de tout ? Parce que l'univers entier nous semble un piège, un artifice, une illusion.

Mes sens m'abusent.

Le sensible m'égare.

Douterai-je même des réalités les plus immédiates, à savoir de ma présence ici, en ce lieu concret qui s'offre à moi? Certes, car je ne sais jamais si je rêve ou si je suis éveillé.

Peutêtre bien suis-je actuellement le jouet de quelque illusion.

Immenses sont les pouvoirs de tromperie du rêve, illusion universelle.

Il m'est impossible de distinguer réellement la veille d'avec le sommeil, lieu de l'artifice. « Il me semble bien à présent que ce n'est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier, que cette tête que je remue n'est point assoupie; que c'est avec dessein et de propos délibéré que j'étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne me semble point si clair ni si distinct que tout ceci.

Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d'avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions'.» (Descartes, Méditations métaphysiques) IV — Le grand illusionniste Bien plus : peut-être l'univers entier n'est-il qu'artifice, illusion, objet destiné à tromper l'oeil et l'esprit.

Dans le cheminement du doute, Descartes se figure (pour pousser le doute à l'extrême) un certain Mauvais Génie, fort puissant, figurant toutes les puissances malignes et égarantes dont il faut se préserver.

Le Malin Génie n'est précisément rien d'autre qu'un grand illusionniste.

Tout aussi rusé que puissant, il emploie peut-être toute son industrie à me tromper et à m'égarer.

Aussi mettrai-je tout en doute pour m'arracher à ses maléfices. Tout ceci (rêve, tromperie du Malin Génie) constitue le domaine de l'illusion, qu'il faut expulser du champ du savoir. V — Kant : la raison elle-même est productrice d'illusions Kant a restitué l'illusion au fonctionnement de la raison : elle fait partie de la structure de mon esprit.

La raison ellemême produit l'illusion.

Il y a en effet, montre Kant, une illusion naturelle à l'esprit humain, qui consiste à croire qu'on connaît le réel lui-même.

Tout ce que je saisis, en vérité, ce sont les phénomènes relatifs à ma constitution, la réalité dans l'espace et dans le temps'.

Or, même quand je reconnais que la chose intelligible en elle-même est inconnaissable, l'illusion de la raison humaine persiste : le leurre se poursuit indéfiniment.

Je continue à tenter de m'élever jusqu'à l'idée de Dieu, par exemple, ce Dieu que je ne puis saisir.

L'illusion est, en effet, enracinée en moi,. »

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