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Fiche de cours en philo : LE TRAVAIL .

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La question réelle n'est pas d'abord celle du loisir, mais celle du sens et de la signification du travail humain. Le vrai travail est celui qui est librement choisi, selon ses propres valeurs, celui où la peine est liée au plaisir. Alors le plaisir s'y ajoute comme à la jeunesse sa fleur. Peut-être, toutefois, sommes-nous à l'aurore d'une nouvelle société les techniques de production contemporaines, d'une part, la puissance de production du travailleur moderne, d'autre part, laissent prévoir un temps moindre nécessaire à la subsistance par le travail et, peut-être alors un déplacement du champ des désirs humains.              

 

« I - Le travail : première définition Le travail, nous signale l'étymologie du terme, est d'abord une activité douloureuse.

Le mot tripalus désignait en effet, dans le latin populaire, une machine formée de trois pieux, permettant d'assujettir, pour leur imposer le joug ou le mors, les boeufs et les chevaux difficiles ; tripaliare (latin vulgaire) signifiait torturer.

Dans la notion de travail, nous trouvons effectivement l'idée d'une tâche pénible et douloureuse : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! ».

Mais le travail a un autre sens que celui de chevalet de torture.

Il suppose un effort conscient et réfléchi. Ce n'est pas seulement une souffrance, mais aussi une action intelligente de l'homme pour dominer la nature et les choses.

Le travail, c'est la maîtrise et la spiritualisation de la matière. Définissons - en unissant nos deux thèmes - le travail comme un effort douloureux pour sortir d'une situation donnée et spiritualiser les choses. «L'activité vitale de l'animal n'est pas travail, la contemplation de l'esprit pur n'est pas travail.

Le travail, c'est toujours l'esprit pénétrant difficilement dans une matière et la spiritualisant».

(J.

Lacroix, Les sentiments et la vie morale, PUF, 1957) II - Spécificité du travail humain Il faut d'abord souligner, avec Marx, la spécificité du travail humain, qui implique un plan et un projet spirituel, et se différencie ainsi de l'opération animale.

Certes, l'animal construit son nid ou son abri - ainsi font l'oiseau, le castor ou la fourmi - mais il ne travaille pas à proprement parler, car il n'applique aucun plan et ne réalise aucun but consciemment.

Il n'exerce ainsi aucune volonté réfléchie.

Alors que l'homme a une activité vitale consciente, l'animal ne se représente pas ses fins. Le travail, vocation essentielle de l'homme, le distingue des autres êtres vivants, dominés par leurs instincts. «Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l'homme et la nature...

Notre point de départ, c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme.

Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond, par la structure de ses cellules de cire, l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche.

» (Marx, Le Capital) III - Hegel : le travail est formateur Le travail définit l'homme parce qu'il le forme et le produit.

Le désir animal n'est jamais producteur et formateur au sens profond du terme, car l'objet qui est source de satisfaction est seulement sécrété ou assimilé.

Au contraire, l'homme, en transformant la nature et les choses, se construit et se réalise lui-même.

Il façonne la nature à son image, et accède ainsi à la conscience et à la liberté. C'est ce que Hegel a bien montré dans sa célèbre Dialectique du maître et de l'esclave, dans la Phénoménologie de l'esprit (1807).

Si, dans la lutte des consciences de soi opposées', le maître domine l'esclave qui n'a pas voulu mettre sa vie en jeu, ce dernier va se libérer par le travail.

Le maître se contente, en effet, de jouir passivement des choses, d'user des fruits du travail de l'esclave.

Ainsi s'enfonce-t-il dans une jouissance passive, alors que l'esclave extériorise sa conscience et ses projets dans le monde.

Aussi acquiert-il, progressivement, son autonomie. Être un maître sans travailler représente, par conséquent, une impasse, alors que le travail dans lequel la conscience s'objective est la voie de la libération humaine.

L'esclave forme les choses et se transforme lui-même en cette .

pratique.

Il asservira ainsi son maître.

L'esclave devient le « maître du maître » et le maître « l'esclave de l'esclave ».

Ainsi, a montré Hegel, le travail est le chemin de l'autonomie.

La servitude laborieuse est la source de tout progrès humain et historique.

Le travail forme et éduque, il transforme le monde et civilise.

C'est donc par le travail que l'homme se réalise en tant qu'homme et se définit. IV - Le travail libère de l'angoisse de la mort Mais Hegel a aussi montré la fonction anthropologique du travail en soulignant qu'il libère l'esclave de l'angoisse de mort.

Le serviteur a tremblé au plus profond de son être lorsqu'il a commencé à affronter le maître.

Il a ressenti la peur de la morte, ce maître absolu, et s'est finalement incliné.

Or, par le travail, l'esclave se libère de l'angoisse qu'inspire l'idée de la mort.

En s'extériorisant, la conscience serve contemple avec satisfaction son être pour-soi objectivé, et surmonte l'angoisse de la mort.

L'idée de Hegel est profonde : le travail peut nous affranchir de cette idée négative qu'est la mort et de l'angoisse qu'elle suscite. «C'est en servant un autre, c'est en s'extériorisant, c'est en se solidarisant avec les autres qu'on s'affranchit de la terreur asservissante qu'inspire l'idée de la mort».

(A.

Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, NRF, 1947) Grâce au travail, l'homme édifie sa liberté, construit le monde historique et s'affranchit de l'idée de la mort. V - La division du travail Si le travail fait partie intégrante de notre nature, puisqu'il nous engendre et nous construit, si donc le travail est l'essence de l'homme, s'il nous ouvre la voie de la culture et de la liberté, cependant le risque d'aliénation guette les producteurs dans leur tâche.

En effet, dans la société moderne, le travail se divise, en général, et se répartit entre les coopérateurs.

Chacun accomplit toujours le même genre de travail, pour lequel il acquiert une compétence particulière.

Ainsi s'institue peu à peu une division du travail matériel et du travail intellectuel.

Dès lors, la division du travail, en imposant des tâches parcellaires, morcelle l'homme et condamne chaque individu à s'enfermer dans un. »

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