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Faut-il renoncer à demander pourquoi ?

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Il se peut en effet qu?autrui nous invite à renoncer à chercher la cause de tel effet lorsqu?il juge que cette découverte pourrait causer notre malheur. Pensons à ?dipe dans la pièce éponyme de Sophocle qui aurait mieux fait de renoncer à demander pourquoi. Il existe bien une « aurea mediocritas » de la raison qui commence avec notre intérêt privé. II. Faut il écouter l?injonction intérieure à renoncer à demander pourquoi ? a. Les dangers de la paresse intellectuelle L?une des première cause de notre renoncement intime, choisi volontairement, à poser la question pourquoi peut se trouver dans notre paresse intellectuelle. En effet, se poser cette question implique une étude attentive de la causalité (pour déterminer la cause de l?effet qui nous occupe, et pourquoi pas la cause de cette cause, qui n?en est sans doute pas elle-même dépourvue) où une réflexion sur la finalité (le ce en vue de quoi tend une chose, son but, sa fin). Par conséquent, nous dirons qu?il ne faut pas renoncer à demander pourquoi lorsque la cause de ce renoncement est notre seule paresse : en effet, il se peut que nous conspirions ainsi à notre propre asservissement? b. L?interrogation sur les causes efficientes et sur les causes finales Cependant, il y a lieu de distinguer entre les causes efficientes et les causes finales : en effet, les premières nous engagent dans une régression dont nous avons vu qu?elle pouvait être infinie (quelle est la cause de cette cause, et la cause de celle-ci) alors que les causes finales peuvent être difficiles à maitriser (les fins dernières des choses nous sont le plus souvent inconnues).

« Lorsque nous sommes obligés de faire quelque chose, lorsque l'injonction « il faut » s'impose à nous, cela signifie que nous sommes contraints à ce quelque chose en fonction de trois critères : « il faut » que nous fassions cette chose parce qu'un autre individu nous l'impose (nous nommerons cela un impératif extérieur). M ais il se peut aussi que nous y soyons contraint par nous même, en ce cas, nous sommes à l'origine de cette injonction, de cet ordre (nous nommerons cela un impératif intérieur). Enfin, une troisième source de l'injonction peut se trouver dans un principe moral, dans une norme, auquel cas on parlera d'impératif moral. Le verbe « renoncer » renvoie à l'acte d'un homme qui cesse de faire ce qu'il a entrepris, qui décide que cette activité qui était la sienne doit prendre fin. Demander pourquoi signifie en réalité deux choses : nous demandons pourquoi lorsque nous souhaitons identifier les causes d'une chose, déterminer la nature de la cause efficiente d'un effet. Mais nous demandons également pourquoi lorsque nous désirons connaître la cause finale de quelque chose, le ce en vue de quoi cette chose s'achemine. On parlera en effet de cause finale, au sens de l'interrogation tristement célèbre d'un déporté d'origine juive aux portes d'un four crématoire : « Si dieu existe, pourquoi nous impose-t-il cela ? », c'est-à-dire, non pas en fonction de quelle cause (Dieu n'est déterminé par rien) mais dans quel but. Le problème que pose ce sujet est son extrême amplitude : en effet, le terme de « pourquoi » n'est nullement précisé, et sans doute ne devons nous pas réduire a priori le champ de notre interrogation. Nous nous efforcerons donc de répondre à la question en distinguant entre les trois sources possible de l'injonction à renoncer à demander « pourquoi ». I. Faut il écouter l'injonction extérieure à renoncer à demander pourquoi ? a. Les limites de l'argument d'autorité Le cas le plus fréquent où l'on nous enjoint à renoncer à demander pourquoi est celui de l'argument d'autorité. A la question « pourquoi ? » il se peut en effet que nous recevions pour toute réponse « parce que X l'a dit ». En ce sens, nous renonçons à rendre raison du problème qui nous occupe, nous ne faisons qu'entériner la réputation d'une autorité. En ce sens, nous dirons qu'il ne faut pas renoncer à demander pourquoi lorsque nous y sommes contraints par une autorité extérieure. Descartes montre bien dans le Discours de la méthode que l'une des règles pour la direction de l'esprit est précisément de ne pas renoncer à l'interrogation en fonction de la toute puissance prétendue d'arguments d'autorité (le « quoiqu'en disent Hippocrate et Galien » de Sganarelle lors de la scène d'exposition de Don Juan). b. La dissuasion bienveillante, à respecter pour des motifs pratiques C ependant, nous pouvons fort bien nous figurer des cas où l'injonction à renoncer à demander pourquoi s'explique par des motifs bienveillants. Il se peut en effet qu'autrui nous invite à renoncer à chercher la cause de tel effet lorsqu'il juge que cette découverte pourrait causer notre malheur. P ensons à Œdipe dans la pièce éponyme de Sophocle qui aurait mieux fait de renoncer à demander pourquoi. Il existe bien une « aurea mediocritas » de la raison qui commence avec notre intérêt privé. II. Faut il écouter l'injonction intérieure à renoncer à demander pourquoi ? a. Les dangers de la paresse intellectuelle L'une des première c a u s e de notre renoncement intime, choisi volontairement, à poser la question pourquoi peut se trouver dans notre paresse intellectuelle. En effet, se poser cette question implique une étude attentive de la causalité (pour déterminer la cause de l'effet qui nous occupe, et pourquoi pas la cause de cette cause, qui n'en est sans doute pas elle-même dépourvue) où une réflexion sur la finalité (le c e en vue de quoi tend une chose, son but, s a fin). P ar conséquent, nous dirons qu'il ne faut pas renoncer à demander pourquoi lorsque la cause de ce renoncement est notre seule paresse : en effet, il se peut que nous conspirions ainsi à notre propre asservissement… b. L'interrogation sur les causes efficientes et sur les causes finales C ependant, il y a lieu de distinguer entre les causes efficientes et les causes finales : en effet, les premières nous engagent dans une régression dont nous avons vu qu'elle pouvait être infinie (quelle est la cause de cette cause, et la cause de celle-ci) alors que les causes finales peuvent être difficiles à maitriser (les fins dernières des choses nous sont le plus souvent inconnues). Il se peut donc que notre renoncement à la question pourquoi provienne non de notre paresse intellectuelle, mais de la limitation de notre entendement. C 'est la thèse de Leibniz, pour qui l'entendement humain est incapable de rendre raison de toutes les raisons (seul l'entendement divin est vaste et puissant pour le faire). III. Faut-il écouter l'injonction morale à renoncer à demander pourquoi ? a. L'injonction de la doxa Il se peut que l'injonction morale à renoncer à demander à demander pourquoi provienne d'un esprit diffus, et néanmoins prégnant, un esprit qui nous porte tous à cultiver le renoncement à la pensée, à l'interrogation. La dévalorisation des intellectuels s'exprime très couramment, ces derniers ne seraient que des manieurs de discours, des jongleurs inutiles avec les mots, d'aimables histrions du concept. La bonne et saine morale voudrait au contraire que l'on ne s'occupe que des questions immédiatement utiles, au lieu de perdre son temps et son énergie à de vaines interrogations. Il faut se méfier de cette invitation à cultiver une courte vue, puisqu'elle entraine une généralisation de la médiocrité intellectuelle et l'uniformisation des consciences et des individus. b. L'injonction contraire des Lumières : « aude sapere » C ontrairement à cette doxa anonyme, nous dirons avec Kant qu'il nous faut cultiver l'esprit des lumières, dont la maxime est « aude sapere », ose penser. En effet, cette maxime nous invite à sans cesse poser la question « pourquoi » afin de lutter contre l'engourdissement de la raison, afin d'accroître la connaissance, et, pourquoi pas, dans une perspective positiviste, le progrès de l'humanité. Conclusion : I l ne faut pas renoncer à demander pourquoi lorsque nous y sommes contraints par une autorité extérieure. Le renoncement à la question « pourquoi » pour des motifs personnels peut se comprendre de deux manières différentes, en fonction de son origine : paresse intellectuelle, ou faiblesse intrinsèque de l'entendement humain. Enfin, nous dirons qu'il ne faut pas renoncer à demander pourquoi en vertu de l'influence coupable de la doxa, mais au contraire, comme le disait Kant dans son éloge des Lumières, toujours s'efforcer à penser par soi-même. »

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