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Etude de texte: Aristote, Ethique à Nicomaque, V, 8, 1133 a 15-30 (philo)

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Car ce n'est pas entre deux médecins que se forme une communauté d'intérêts, mais entre un médecin et un agriculteur, c'est-à-dire, plus généralement, entre des personnes différentes et qui ne sont pas égales, mais qu'il faut mettre sur pied d'égalité.

C'est pourquoi il faut que soient en quelque façon commensurables toutes les choses qui s'échangent. Et c'est à cette fin qu'a été introduite la monnaie, qui devient une sorte de moyen terme, puisqu'elle constitue la mesure de toutes choses, et par suite l'excès et le défaut, par exemple combien de chaussures équivalent à une maison ou à de la nourriture.

Il doit donc y avoir entre un architecte et un cordonnier le même rapport qu'entre un nombre déterminé de chaussures et une maison( ou telle quantité de nourriture), faute de quoi il n'y aura ni échange, ni communauté d'intérêts ; et ce rapport ne pourra être établi que si entre les biens à échanger il existe une certaine égalité. Il est donc indispendable que tous les biens soient mesurés au moyen d'un unique étalon, comme nous l'avons dit plus haut. Et cet étalon n'est autre, en réalité, que le besoin, qui est le lien universel( car si les hommes n'avaient besoin de rien, ou si leurs besoins n'étaient pas pareils, il n'y aurait plus d'échange du tout, ou les échanges seraient différents) ; mais la monnaie est devenue une sorte de substitut du besoin et cela par convention, et c'est d'ailleurs pour cette raison que la monnaie reçoit le nom de « monnaie »[ en grec : nomisma], parce qu'elle existe non pas par nature, mais en vertu de la loi[ nomos], et qu'il est en notre pouvoir de la changer et de la rendre inutilisable.

Aristote, Ethique à Nicomaque, V, 8, 1133 a 15-30  

Nous vivons dans un monde où l'argent est une donnée première et fondamentale. Il nous est impossible, nous semble-t-il, aujourd'hui d'imaginer pouvoir nous en passer mais son origine et la compréhension de son rôle dans les échanges où il intervient nous échappent. Il représente aujourd'hui en grande partie des conditions de vie plus ou moins favorables. Nietzsche dans le Gai savoir remarquait déjà que l'argent devenait l'un des principales aiguillons de notre existence, "Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu'ils cherchent du travail à cause du salaire." Le travail est donc intimement lié avec l'argent. Mais à l'origine, ce lien n'est pas celui auquel nous pensons aujourd'hui. Certes, de nos jours, nous travaillons pour avoir de l'argent et pour pouvoir acheter. Mais, l'argent est d'abord lié aux échanges. C'est grâce à la monnaie que nous pouvons acheter et vendre, c'est-à-dire de rentrer en relation avec autrui pour ce qui est des marchandises et biens. Aristote dans ce texte, reprend les analyses déjà présentes dans l'ouvrage La politique. Il tente de mettre à la lumière les origines de l'échange. Pourquoi l'homme est-il dans la nécessité d'échanger? Si l'échange met en relation des personnes, quelles conditions doivent-elles être réunies pour que l'échange soit possible ? Quel rôle a l'argent dans ces échanges ?

 

« Car ce n'est pas entre deux médecins que se forme une communauté d'intérêts, mais entre un médecin et un agriculteur, c'est-à-dire, plus généralement, entre des personnes différentes et qui ne sont pas égales, mais qu'il faut mettre sur pied d'égalité. C'est pourquoi il faut que soient en quelque façon commensurables toutes les choses qui s'échangent. Et c'est à cette fin qu'a été introduite la monnaie, qui devient une sorte de moyen terme, puisqu'elle constitue la mesure de toutes choses, et par suite l'excès et le défaut, par exemple combien de chaussures équivalent à une maison ou à de la nourriture. Il doit donc y avoir entre un architecte et un cordonnier le même rapport qu'entre un nombre déterminé de chaussures et une maison( ou telle quantité de nourriture), faute de quoi il n'y aura ni échange, ni communauté d'intérêts ; et ce rapport ne pourra être établi que si entre les biens à échanger il existe une certaine égalité. Il est donc indispendable que tous les biens soient mesurés au moyen d'un unique étalon, comme nous l'avons dit plus haut. Et cet étalon n'est autre, en réalité, que le besoin, qui est le lien universel( car si les hommes n'avaient besoin de rien, ou si leurs besoins n'étaient pas pareils, il n'y aurait plus d'échange du tout, ou les échanges seraient différents) ; mais la monnaie est devenue une sorte de substitut du besoin et cela par convention, et c'est d'ailleurs pour cette raison que la monnaie reçoit le nom de « monnaie »[ en grec : nomisma], parce qu'elle existe non pas par nature, mais en vertu de la loi[ nomos], et qu'il est en notre pouvoir de la changer et de la rendre inutilisable. Aristote, Ethique à Nicomaque, V, 8, 1133 a 15-30 Nous vivons dans un monde où l'argent est une donnée première et fondamentale. Il nous est impossible, nous semble-t-il, aujourd'hui d'imaginer pouvoir nous en passer mais son origine et la compréhension de son rôle dans les échanges où il intervient nous échappent. Il représente aujourd'hui en grande partie des conditions de vie plus ou moins favorables. Nietzsche dans le Gai savoir remarquait déjà que l'argent devenait l'un des principales aiguillons de notre existence, "Dans les pays de la civilisation, presque tous les hommes se ressemblent maintenant en ceci qu'ils cherchent du travail à cause du salaire." Le travail est donc intimement lié avec l'argent. Mais à l'origine, ce lien n'est pas celui auquel nous pensons aujourd'hui. Certes, de nos jours, nous travaillons pour avoir de l'argent et pour pouvoir acheter. Mais, l'argent est d'abord lié aux échanges. C'est grâce à la monnaie que nous pouvons acheter et vendre, c'est-à-dire de rentrer en relation avec autrui pour ce qui est des marchandises et biens. Aristote dans ce texte, reprend les analyses déjà présentes dans l'ouvrage La politique. Il tente de mettre à la lumière les origines de l'échange. Pourquoi l'homme est-il dans la nécessité d'échanger? Si l'échange met en relation des personnes, quelles conditions doivent-elles être réunies pour que l'échange soit possible ? Quel rôle a l'argent dans ces échanges ? 1. L'échange et la communauté suppose des différences préalables Aristote débute son étude par une affirmation qui peut sembler triviale mais qui est d'une importancee capitale pour la suite de son raisonnement. Les échanges supposent une différence, une inégalité pour avoir lieu. On n'échangerait pas un objet contre son identique et les personnes n'auraient aucun avantage à échanger si elles pouvaient elles-mêmes produire les objets qu'on lui propose dans l'échange. Aristote rejoint ici les analyses platoniciennes. Il y a communauté, rassemblement des hommes dans un groupe donné, comme la cité, que s'il y a un intérêt qui unit les membres entre eux. Platon, dans la République, VII, soulignait ainsi que c'est parce que les hommes ne pouvaient se suffire à eux-mêmes qu'ils fondent une communauté. Tant que les hommes préfèrent partager leur temps pour produire tout ce qu'ils ont besoin, il n'y a pas d'échange, donc pas de communauté d'intérêts. Platon prend l'exemple d'un homme qui consacre ¼ de son temps à l'agriculture, un autre quart à la construction de sa maison, un autre à l'habillement, etc... il n'aurait besoin de personne. On voit donc que c'est la spécialisation du travail, le fait qu'un individu se consacre uniquement à une tâche spécifique qui rend l'échange et la cité nécessaire. Remarquons ici que les contractants dont parle Aristote sont désignés par leur métier : « médecin », « cultivateur ». Toute communauté naît donc de la différence de ses membres : c'est la thèse qu'Aristote avance en évoquant deux médecins qui ne peuvent avoir entre eux de « communauté d'intérêt ». On peut se dire que les médecins ou même des agriculteurs s'associent dans des copérations ou dans des cabinets : il s'agit pour les médecins de prendre les clients que l'autre collègue ne peut soigner et dans le cas des agriculteurs, de se prêter matériel qui couterait trop cher pour un seul exploitant,... Dans les deux cas, la communauté se fonde sur la complémentarité. Les contractants sont donc nécessairement différents tant dans leur production que dans leur compétence. Il est possible ainsi à un agriculteur d'échanger ses produits contre des soins. Mais pourquoi Aristote parle-t-il aussi d'inégalités ? Cela devient simple si nous nous mettons sur le terrain concret. Le fruit du travail du boulanger ne saurait avoir la même valeur que celui du maçon. La baguette n'est pas d'égale valeur qu'une maison. La difficulté tient alors à la manière d'échanger des choses différentes dont la valeur diffère autant. La difficulté tient alors à la possibilité de les rendre égaux. Deux choses différant en tous points ne »

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