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Etre sans culture, est-ce incompatible avec la nature humaine ?

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La culture peut échouer dans son projet d?universalité rationnelle. Ainsi en est-il de la culture dégradée que thématise Rousseau. Superficialité et sophistication sont les agents culturels de corruption de la nature humaine. C?est alors par une conversion nouvelle que peut être retrouvée l?authenticité de la nature humaine en opposition à la culture pervertie et facteur de perversion. De son incompatibilité avec la culture ambiante, l?homme en quête de sa nature propre et non corrompue fait jaillir une valeur nouvelle : le c?ur. Le principe cordial axiologique est le centre de la nature authentique de l?homme. L?éducation s?érige sur de nouveaux fondements : ne passant plus (uniquement) par la culture savante, elle exige de s?exercer par et dans le sentiment. De cette nouvelle valeur peut être conclue une modification de l?acception du terme de culture : il s?agit dès lors de se défaire de la culture (au sens corrompu) pour être en tant qu?humain, c?est-à-dire pour être authentiquement culturel. Le c?ur est le principe de liaison des hommes dans la culture. L?absence de culture ne saurait être compatible avec la nature de l?homme puisque celle-ci, résidant en son c?ur, exige l?engagement en une extériorité culturelle authentique en laquelle il se reconnaît.

« La notion de culture comme patrimoine d'une communauté apparaît avec les penseurs des Lumières (XVIIIe), puis devient le cœur des réflexions romantiques ultérieures. La culture se constitue en opposition de l'idée d'une nature de l'homme. A partir de la fiction d'un état originel de l'être humain se pense, par contraste, la dimension culturelle comme artifice. L'intitulé du problème proposé met ainsi en jeu la possibilité d'une conception de la nature humaine, et s'engage à déterminer l'appartenance ou l'exclusion de la culture à cette conception. La culture manifestant l'emprise de l'homme sur l'environnement naturel, il s'agit, afin de feindre l'existence d'une nature humaine possible sans culture, de penser une nature ou essence humaine qui ne s'extérioriserait pas. Alors s'éclairera la signification de la notion de “ compatibilité ”. Une fois cette notion éclaircie et l'acception des termes de “ nature ” et de “ culture ” définie, devra être comprise la possibilité d'une opposition entre culture et nature. Se demander si l'absence de culture est compatible avec la nature humaine revient à devoir penser la nature humaine pour savoir si l'homme est ou non par essence un être cultuel. I. L'essence de l'homme et le rejet de la culture Penser à partir de Descartes est un détour nécessaire afin de comprendre l'émergence de l'individu dans sa détermination d'essence distinct de la collectivité lieu de l'expression de la culture. Dans son entreprise de fondation en quête d'un principe certain, Descartes révoque le corpus d'enseignement de ses maîtres. La totalité d'un savoir culturel est condamnée par le doute méthodique rejetant ce qui n'est digne de foi que sur témoignage. Atteindre l'absolue certitude exige, chez Descartes, la suppression du non-essentiel qu'est le patrimoine culturel. Seulement ainsi peut se saisir la nature absolue de l'homme comme esprit. La nature de l'homme doit exclure la culture pour saisir son essence, pour se saisir en son essence ou encore pour se saisir comme essence. Il n'y a alors point de compatibilité de principe mais une nécessaire exclusion de la culture par la nature de l'homme qui se veut atteindre dans sa propre certitude. Pour être en sa nature (essence), l'homme doit être sans culture. II. La nature universelle de l'homme comme essence et la culture Mais la révocation du savoir communément partagé dans l'entreprise du doute cartésien n'est pas aussi catégorique que l'hyperbole méthodique voudrait feindre : Descartes reste inséré dans le monde de ses contemporains en lequel il agit selon une morale par provision, une morale provisoire certes, mais qui signifie l'indéfectible lien de l'individu au tout de la communauté, sa participation à la culture dans l'agir. A ceci vient s'ajouter le fait que la recherche d'un principe absolument certain (le Cogito) est déterminée par un projet d'envergure culturelle. Le Cogito est le produit dérivé de l'exigence d'une mathesis universalis absolument fondée. Le Cogito est ainsi tributaire d'une entreprise de savoir de dimension culturelle et conjoncturelle. En conséquence, nature humaine (esprit) et culture (production de l'esprit) se conjoignent en le projet d'universalité de l'homme. Et l'on peut dire avec Hegel que la culture est l'élévation de l'individu à son universalité dans l'humanité. L'esprit de l'homme comme sa nature essentielle se reconnaît comme universel en l'extériorité des ses propres productions. La nature humaine est alors foncièrement culturelle puisque la nature humaine porte en son sein le projet de l'universel. Bien plus que relation de compatibilité, la culture est la condition de la nature humaine comme esprit. III. La culture contre la nature authentique de l'homme Mais la culture ne se réduit au simple produit de l'esprit. La culture peut échouer dans son projet d'universalité rationnelle. Ainsi en est-il de la culture dégradée que thématise Rousseau. Superficialité et sophistication sont les agents culturels de corruption de la nature humaine. C'est alors par une conversion nouvelle que peut être retrouvée l'authenticité de la nature humaine en opposition à la culture pervertie et facteur de perversion. De son incompatibilité avec la culture ambiante, l'homme en quête de sa nature propre et non corrompue fait jaillir une valeur nouvelle : le cœur. Le principe cordial axiologique est le centre de la nature authentique de l'homme. L'éducation s'érige sur de nouveaux fondements : ne passant plus (uniquement) par la culture savante, elle exige de s'exercer par et dans le sentiment. De cette nouvelle valeur peut être conclue une modification de l'acception du terme de culture : il s'agit dès lors de se défaire de la culture (au sens corrompu) pour être en tant qu'humain, c'est-à-dire pour être authentiquement culturel. Le cœur est le principe de liaison des hommes dans la culture. L'absence de culture ne saurait être compatible avec la nature de l'homme puisque celle-ci, résidant en son cœur, exige l'engagement en une extériorité culturelle authentique en laquelle il se reconnaît. La culture est le lieu de l'exercice de la valeur de la nature humaine – sans elle, l'homme serait sans valeur. Conclusion - - - La nature de l'homme pour se saisir en son essence, pour devenir principe de sa propre certitude, doit exclure tout apport de la culture. L'homme doit être sans culture pour se savoir comme essence. Le projet de la saisie de l'homme comme essence est inscrit dans une culture. Cette culture est celle de l'esprit visant à son universalité. L'homme se saisissant dons son essence comme esprit participe de la même dynamique que la culture en tant que celle-ci est comprise comme le produit de l'esprit : l'universalité est leur fin commune. La culture de l'universel risque le bascule dans le culte de l'esprit satisfait de la puissance sophistiquée de ses propres productions. La culture peut devenir le principe de corruption de la nature de l'homme comme authenticité cordiale. Devant être sans la culture du siècle pour retrouver sa nature intime, l'homme fonde alors la possibilité d'une valeur nouvelle, socle d'un lien sociétal épuré de ses perversions. La nature de l'homme ne peut être compatible avec la culture qu'en fonction de son authenticité. Nature et culture sont en l'homme indissociables : dans le rejet même, l'opposition de l'homme à la culture (la prétention à être sans culture) ne vaut que par la nature culturelle de l'homme. »

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