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Est-ce le sujet représenté qui donne son sens à l'oeuvre d'art?

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On peut donc considérer que le sens d?une ?uvre est d?abord à chercher dans le sujet qu?elle représente.   II. C?est la manière dont le sujet est représenté qui donne son sens à l??uvre d?art.               Il est certain que ce n?est pas sans raison qu?un artiste choisit de représenter tel sujet plutôt que tel autre. Mais peut on véritablement penser que le sens de l??uvre soit épuisé par le sujet qu?elle représente ? Si tel était le cas toutes les tragédies devraient avoir le même sens, puisque toutes représentent des actions grandioses et des caractères nobles. Or tel n?est évidemment pas le cas, de même que toutes les comédies n?ont pas le même sens. En réalité le sens d?une ?uvre dépend au moins autant de la manière dont le sujet est représenté que de ce sujet lui-même. S?il en est ainsi, c?est d?abord parce que l?art ne peut représenter un sujet sans opérer une certaine abstraction, qui en dégage les formes essentielles pour les rendre visibles. Par exemple, comme le dit Hegel dans son Cours d?esthétique, pour avoir une belle statue, peut-être ne faut-il pas trop faire ressortir les  veines et les muscles, mais seulement les suggérer.

« Par l'œuvre d'art on désigne un produit de l'activité humaine, propre à susciter un sentiment esthétique.

Or si l'on peut penser que le beau naturel n'a pas nécessairement un sens, ce n'est pas le cas pour l'œuvre d'art, parce qu'elle est le produit d'une intention humaine.

Mais le sens de cette œuvre doit-il être cherché dans le sujet qu'elle traite ou bien dans l'intention supposée de l'artiste ? On peut penser que si l'artiste a choisi de représenter un sujet plutôt qu'un autre, ce n'est pas sans raison.

Par exemple si Zola choisit de représenter l'univers des mines, en dépeignant la dureté des conditions de travail des mineurs, c'est parce que sa théorie littéraire, le naturalisme, stipule que la fonction de l'art n'est pas d'échafauder des fictions sans rapport avec le réel, mais bien de restituer la matière même du réel (même si cela passe par un travail de reconstruction).

On peut pourtant se demander dans quelle mesure le sujet suffit à déterminer le sens d'une œuvre.

En effet même les œuvres naturalistes de Zola ne restituent pas le réel directement, mais passent par une transposition qui emprunte les conventions du genre romanesque.

On peut alors se demander si le sens de l'œuvre ne réside pas au moins autant dans la manière dont elle est traitée que dans le sujet qu'elle traite.

Or la manière qu'a un artiste ou un écrivain de traiter un sujet dépend largement de la façon dont il se représente le monde.

Le sens de l'œuvre réside donc ultimement dans une vision du monde, qui est subjective, et non dans le sujet de l'œuvre.

Mais si cette vision est d'abord celle de l'artiste, elle appelle également celle du spectateur qui va se forger sa propre vision de l'œuvre.

En ce sens on peut considérer que le sens d'une œuvre d'art dépend de plusieurs paramètres, et le sujet de l'œuvre n'est qu'un de ces paramètres.

Il n'est pas inessentiel mais ne suffit pas à épuiser le sens d'une œuvre. I.

C'est le sujet représenté qui donne son sens à l'œuvre d'art, car il y a des sujets plus propres que d'autres à susciter certaines émotions. L'œuvre d'art est le produit de l'intention d'un artiste, qui emploie ensuite un certain nombre de savoir-faire propres à sa discipline pour lui donner corps.

Or on peut supposer que cette intention concerne prioritairement le sujet de l'œuvre, car toute la manière dont l'œuvre va se développer dépend de cette première orientation.

Ainsi dans La Poétique, Aristote considère que le sujet de l'œuvre d'art est capital, parce que tout sujet n'est pas propre à susciter n'importe quelle émotion.

Comme le dit Aristote au chapitre trois, un auteur qui veut susciter le rire devra s'efforcer de reproduire des hommes médiocres, dont les travers déclencheront le rire du spectateur.

A l'inverse, pour produire des sentiments élevés dans le spectateur, il convient de prendre pour modèle des hommes nobles, et de dépeindre leurs actions dans ce qu'elles ont de grandiose.

Ainsi, si la tragédie est propre à susciter la terreur et la pitié dans le cœur du spectateur, et à déclencher chez lui une catharsis, c'est à dire une forme de purification de l'âme, c'est bien en raison du sujet qu'elle représente.

On peut donc dire que le sens de l'œuvre d'art dépend directement du sujet qui est représenté.

Ainsi le sens de la tragédie grecque est de produire dans le spectateur des passions analogues à celles qui sont représentées sur scène (mais sous une forme sublimée, et qui leur ôte par là même leur caractère destructeur), pour provoquer en lui une purification.

Or ce sens dépend des actions représentées sur la scène.

On peut donc considérer que le sens d'une œuvre est d'abord à chercher dans le sujet qu'elle représente. II.

C'est la manière dont le sujet est représenté qui donne son sens à l'œuvre d'art. Il est certain que ce n'est pas sans raison qu'un artiste choisit de représenter tel sujet plutôt que tel autre.

Mais peut on véritablement penser que le sens de l'œuvre soit épuisé par le sujet qu'elle représente ? Si tel était le cas toutes les tragédies devraient avoir le même sens, puisque toutes représentent des actions grandioses et des caractères nobles.

Or tel n'est évidemment pas le cas, de même que toutes les comédies n'ont pas le même sens.

En réalité le sens d'une œuvre dépend au moins autant de la manière dont le sujet est représenté que de ce sujet lui-même.

S'il en est ainsi, c'est d'abord parce que l'art ne peut représenter un sujet sans opérer une certaine abstraction, qui en dégage les formes essentielles pour les rendre visibles.

Par exemple, comme le dit Hegel dans son Cours d'esthétique, pour avoir une belle statue, peut-être ne faut-il pas trop faire ressortir les veines et les muscles, mais seulement les suggérer.

Ainsi, l'expérience esthétique suscitée serait celle d'une production spirituelle, par laquelle l'esprit transforme ce qu'il y a d'extérieur et de sensible dans toute chose matérielle en une forme qu'il peut contempler pour elle-même, dégagée de la matérialité.

C'est ce qui expliquerait que n'importe qu'elle scène de la vie quotidienne pourrait être intéressante à peindre ou à contempler sur une toile.

On voit donc que le sens de l'œuvre n'est pas prioritairement dans son sujet, mais dans la manière dont l'artiste le traite. III.

Le sens de l'œuvre d'art dépend à la fois de l'intention de l'artiste et de l'interprétation du spectateur. Dire que le sens d'une œuvre d'art dépend de la manière dont elle est représentée ne peut être acceptable que si l'on précise que cette manière dépend elle-même de l'intention de de l'artiste.

Ainsi lorsque l'on essaye de comprendre une œuvre d'art, on s'efforce de remonter du sujet et de la façon dont il est représenté à l'intention qui a présidé à cette œuvre.

Pourtant il n'est pas évident que cette intention soit toujours formulable à l'aide des catégories quotidiennes.

En effet l'expérience quotidienne est largement orientée sur les nécessités de l'action, car vivre c'est d'abord agir pour satisfaire les besoins de l'utilité.

Or dans Le rire, Bergson considère que cette orientation a pour conséquence que l'on ne perçoit pas véritablement les choses qui nous entourent, car on ne cesse d'opérer des simplifications qui aident l'action (par exemple si l'on veut manger une pomme, on la cherche du regard dans le compotier, et dès que l'on reconnaît sa forme on l'attrape, sans s'attarder à regarder vraiment les couleurs de sa peau).

Or de cette façon l'individualité des choses nous échappe, car elle n'est pas utile à l'action.

De plus, le langage, parce qu'il est symbolique, accentue encore cette tendance, puisque le mot note seulement la fonction commune entre plusieurs choses Mais l'art écarte les symboles pratiquement utiles pour nous mettre face à la réalité elle-même, c'est la raison pour laquelle l'intention de l'artiste est unique, et ressemble plus à une vision qu'à une pensée.

Or le même processus se répète du point de vue du spectateur, puisque l'œuvre d'art le force à regarder le sujet à neuf.

Le sens totale de l'œuvre ne serait donc ni le sujet, ni la vision de l'artiste, mais un sens à inventer pour chaque spectateur : un sens ouvert.

Le sujet de l'œuvre contribue à cette création du sens de l'œuvre par le spectateur mais ne saurait le constituer à lui tout seul. Conclusion On peut avoir le sentiment que le sens de l'œuvre est tout entier contenu dans le sujet de l'œuvre, parce qu'il est certain que l'artiste n'a pas choisi ce sujet sans raison.

Pourtant le même sujet peut être représenté de bien des manières qui détermineront autant de sens possibles pour un même sujet.

Le sens de l'œuvre dépend donc autant de la manière dont le sujet est traité que de ce sujet. Mais la façon dont l'œuvre est traitée dépend du regard que l'artiste porte dessus.

Or ce regard appelle celui du spectateur.

Le sens de l'œuvre est donc constitué à la fois par l'artiste et par le spectateur.

Le sujet traité oriente cette reconstruction du sens de l'œuvre par le spectateur mais ne suffit pas à le déterminer.. »

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