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En quoi rompre avec l'opinion fait-il progresser la vérité ?

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« Définition des termes du sujet : L'opinion, en philosophie, a, depuis Platon, un sens précis : elle est un jugement que l'on prononce sur un sujet sans l'avoir vraiment fondé en raison, mais tout en lui donnant l'apparence d'un jugement valable – et c'est là que réside son danger ; souvent, ce jugement correspond à celui communément partagé par la foule – les gens que Platon nomme oi polloi, les nombreux. L'expression courante « donner son opinion », « avoir une opinion sur tel ou tel sujet », rejoint cette définition platonicienne : l'opinion désigne un simple avis que l'on exprime de manière rapide, sans forcément avoir fait l'effort de le penser réellement. Rompre avec l'opinion, c'est refuser d'émettre ou d'accepter de pareils jugements, au profit d'un réel effort de pensée. Cette rupture est ici liée avec l'idée de progression de la vérité : cela sous-entend que l'opinion n'a pas de trait commun avec la vérité, qu'elle lui est même un obstacle. La formulation du sujet présuppose en effet cette opposition entre opinion et vérité comme acquise, puisqu'elle se contente de demander les modalités de manifestation d'une réalité (c'est ce qu'implique la question « en quoi ? »), sans remettre en question la justesse de cette position. L'expression « faire progresser la vérité », enfin, envisage la vérité comme une construction en progrès (et non comme une révélation, par exemple), et place le sujet dans cet horizon précis de la recherche et de l'élaboration des discours vrais. En ce sens, le sujet a une portée épistémologique. Peut-on faire confiance à l'opinion dès lors que l'on cherche la vérité ? Quelles sont les caractéristiques de l'opinion, et en quoi ces caractéristiques s'opposent-elles à la recherche de la vérité ? L'opinion est par définition hâtive, mal informée, influençable – peut-elle alors prétendre au statut de connaissance ? Quelles sont, d'autre part, les conditions d'une recherche efficace de la vérité ? Quels principes employer pour s'assurer de la validité des procédures que l'on engage dans ce but ? La tradition philosophique répond souvent à cette question en disant qu'il faut en premier lieu se détacher de l'opinion, au profit d'autres instances, le raisonnement, la dialectique par exemple. Le sujet demande donc de développer un aspect traditionnel de la définition des procédures de la recherche de la vérité par la philosophie. Références utiles : Bachelard, La formation de l'esprit scientifique. Spinoza, Pensées métaphysiques. Descartes, Méditations métaphysiques. Textes à utiliser : Épictète, Entretiens : « Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l'origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l'opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l'invention d'une norme, de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu. Est-ce là le point de départ de la philosophie ? Est juste tout ce qui paraît tel à chacun. Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu'aux Syriens, plutôt qu'aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l'opinion de chacun n'est pas suffisante pour déterminer la vérité. » Platon, Le Banquet « Diotime — T'imagines-tu [...] que celui qui n'est pas un expert est stupide ? N'as-tu pas le sentiment que, entre science et ignorance, il y a un intermédiaire ? Socrate — Lequel ? Diotime — Avoir une opinion droite, sans être à même d'en rendre raison. Ne sais-tu pas [...] que ce n'est là ni savoir — car comment une activité, dont on n'arrive pas à rendre raison, saurait-elle être une connaissance sûre ? — ni ignorance — car ce qui atteint la réalité ne saurait être ignorance. L'opinion droite est bien quelque chose de ce genre, quelque chose d'intermédiaire entre le savoir et l'ignorance. » »

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