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En quoi l'homme est-il un animal raisonnable ?

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A première vue, l'homme n'est-il pas un animal raisonnable en ce qu'il est le seul animal à
posséder le langage ? Et pourtant, pour être un animal raisonnable, l'homme ne doit-il pas posséder,
outre le langage, une capacité exceptionnelle à rechercher la vérité ? Or, l'homme n'est-il pas un
animal raisonnable en ce qu'il est capable de rechercher la vérité, non en vertu d'une capacité
exceptionnelle, mais au contraire en vertu d'une méthode accessible à tous ?
Nous verrons en effet que, à première vue, l'homme est naturellement un animal raisonnable
en ce que, contrairement au simple animal qui communique par le cri afin d'assurer sa survie, il
communique par le logos pour vivre mieux. Et pourtant, il est manifeste qu'il existe des usages
rhétoriques du langage qui encouragent l'opinion plutôt que la recherche de la vérité qui, seule, fait
de certains hommes doués du naturel philosophique, des animaux raisonnables. Or ce n'est pas la
possession d'un don exceptionnel mais simplement la maîtrise d'une méthode de recherche de la
vérité consistant à douter des informations sensibles en s'attachant aux intuitions et déductions de la
seule raison, qui fait potentiellement de tout homme un animal raisonnable. (Le plan proposé ici est
dialectique, c'est-à-dire que les différents points de vue s'opposent et se contredisent.)

« Demande d'échange de corrigé de Martin Florian ([email protected]).

Sujet déposé : En quoi l'homme est-il un animal raisonnable ? 1° étape : répondre dans un premier temps à la question posée du point de vue de tous les philosophes étudiés qui semblent contribuer à apporter des éléments de réponse. Platon : l'homme n'est un animal raisonnable que s'il est philosophe.

La plupart des hommes ne sont nullement des animaux raisonnables.

La preuve, c'est qu'ils tombent facilement dans les illusions rhétoriques que leur font miroiter les orateurs en flattant l'opinion.

Tout cela parce qu'ils sont généralement ignorants, de même que les orateurs qui se contentent de la vraisemblance de leurs propos et ne se soucient pas de la vérité de ce qu'ils avancent.

Or on ne peut pas dire qu'on soit raisonnable lorsqu'on est ignorant (A111).

En revanche, ceux qui sont dotés du naturel philosophique, aiment la vérité dont leur intelligence (l'oeil de l'esprit) leur offre le spectacle privilégié.

Et comme cet oeil de l'esprit permet au philosophe de distinguer les Idées dont la vérité provient de l'Idée du bien de la même façon que l'oeil du corps distingue les objets matériels éclairés par le soleil, on peut dire que le philosophe est un animal raisonnable en ce qu'il possède des compétences intellectuelles exceptionnelles.

En effet, le philosophe, qui s'intéresse au monde des Idées éternelles et immuables, ne recherche la vérité qu'en étant par le seul bien de la Cité, tandis que le vulgaire, qui n'est en relation qu'avec le monde matériel périssable et mouvant, ne s'intéresse qu'au plaisir de son propre corps (A112).

C'est pourquoi l'homme du commun, qui n'est pas conscient de soi, c'est-à-dire qui ne connaît pas ses limites, contrairement au philosophe, ne peut pas être un animal raisonnable : il se contente d'être un animal dans la mesure où il n'a commerce qu'avec le monde matériel (A113). Hegel : les hommes sont des animaux raisonnables en ce qu'ils prennent conscience d'eux-mêmes et du monde en intériorisant l'Esprit du peuple qui progresse vers la raison.

Les hommes sont toujours des animaux plus ou moins raisonnables.

Car Hegel nie qu'il existe une différence nette et définitive entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas : il n'y a pas d'un côté le raisonnable et de l'autre le déraisonnable, mais le déraisonnable est une étape nécessaire vers le raisonnable.

Le raisonnable est au déraisonnable ce que la fleur est au bouton, et le déraisonnable est au raisonnable ce que le fruit est à la fleur (A121).

Donc, tout homme devient raisonnable dans la simple mesure où il apprend, dans la mesure où il devient conscient de soi en s'imprégnant de l'Esprit de son peuple. Or l'Esprit d'un peuple, quel qu'il soit, connaît une progression historique vers la raison en ce sens que tout peuple tend à dépasser le stade des simples besoins matériels pour s'inventer des besoins intellectuels de plus en plus élevés, par exemple l'art ou la philosophie (A122-123).

Or, pour qu'il devienne un animal raisonnable, pour qu'il participe, qu'il le veuille ou non, à cette marche progressive vers la raison, tout individu doit nécessairement devenir conscient de soi et du monde extérieur.

Pour cela, chacun entre en conflit avec son environnement, à commencer par son environnement social, jusqu'à être reconnu par autrui comme un être libre, libre de dépasser ses propres limites, et cela, au mépris de sa propre vie (A321).

Là est la différence avec le simple animal.

Et un bon moyen d'entrer en conflit avec le monde extérieur est de parler.

En effet, par le débat contradictoire, la conscience de soi et du monde extérieur s'affine et se perfectionne.

La prise de conscience progressive de la vérité qu'autorise le langage fait donc de tout homme un animal plus ou moins raisonnable (A322). Bourdieu : l'homme peut être dit un animal absolument raisonnable dès lors qu'il se soumet à l'ordre social, et relativement raisonnable selon que son langage est plus ou moins distingué.

Tous les hommes peuvent être dits animaux raisonnables, mais manifestement, certains sont plus raisonnables que d'autres.

D'une part, en effet, les hommes sont des animaux dans la mesure où l'éducation qu'ils reçoivent les conditionne en quelque sorte à se soumettre à l'ordre social.

En gros, on éduque les hommes à peu près pour les mêmes raisons que l'on dresse les animaux, ou que les animaux s'influencent mutuellement : prendre le monde tel qu'il est plutôt que se rebeller contre lui, conserver et perpétuer l'ordre établi.

Ce qui est la définition même de l'habitus qui conduit à intérioriser l'ensemble des relations sociales et donc à intérioriser sa propre position au sein de ce réseau.

De ce point de vue, on dira qu'un homme est raisonnable dans la mesure où il reste à la place que son habitus lui a assignée, et l'on traitera de déraisonnable (voire de fou !) celui qui veut en changer (A131).

C'est un point de vue absolu : on est raisonnable ou on ne l'est pas.

Mais il y a un autre point de vue possible, le point de vue relatif : un homme est plus ou moins raisonnable.

En effet, l'habitus révèle, à travers le comportement de chacun, la plus ou moins grande richesse symbolique (intellectuelle) dont l'éducation l'a doté.

Et, tout particulièrement, c'est le langage qui manifeste le caractère plus ou moins raisonnable de chacun.

À la limite, celui qui est idéalement raisonnable, on l'appelle un philosophe.

En effet, celui dont le langage manifeste qu'il méprise les problèmes matériels pour privilégier les seules spéculations intellectuelles est traditionnellement considéré comme un sage, c'est-à-dire comme un homme suprêmement raisonnable.

A l'inverse, celui qui ne montre pas cette faculté linguistique est réputé peu raisonnable, voire vulgaire (A133). Wittgenstein : se demander en quoi l'homme est un animal raisonnable est un non-sens, car dire que l'homme est un animal raisonnable, c'est proférer une tautologie.

Il est tout à fait certain que l'homme est un animal raisonnable. Le problème ne se pose même pas.

Car depuis notre plus tendre enfance, on n'a eu de cesse de nous enseigner la différence spécifique entre l'homme et l'animal : nous avons, certes, un corps biologique de même nature que les animaux, mais nous possédons en outre une faculté de contrôle et de maîtrise de notre corps que nous appelons la raison.

De sorte que la proposition "l'homme est un animal raisonnable", comme toute certitude inébranlable, ne se conclut ni d'un raisonnement ni d'une expérience : c'est en quelque sorte une règle du jeu liée à notre forme de vie, c'est-à-dire à notre civilisation (A223-333).

Bref, nous affirmons, nous postulons que nous sommes des animaux raisonnables, mais nous ne le découvrons pas.

Aussi, la proposition "l'homme est un animal raisonnable" est un nonsens dans la mesure où elle n'est ni vraie ni fausse, car pour qu'un proposition soit douée de sens, c'est-à-dire soit vraie (ou fausse), il faut qu'elle puisse être comparée à une réalité extérieure.

Or, une règle du jeu, par définition, s'impose inconditionnellement aux joueurs sans qu'il soit besoin de rien vérifier : si l'on joue aux échecs, il faut admettre que la tour se déplace orthogonalement, un point, c'est tout.

Donc dire que l'homme est un animal raisonnable, c'est simplement répéter une des règles fondamentales que notre éducation nous a inculquées, autrement dit, c'est proférer une tautologie, un non-sens.

A ce titre, la proposition "l'homme est un animal raisonnable" est typiquement un exemple de ce que produit la métaphysique, c'est-à-dire la philosophie lorsqu'elle. »

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