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En quel sens pouvons-nous dire que notre histoire nous appartient ?

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En quel sens pouvons-nous dire que notre histoire nous appartient ?

Analyse:

 

- « Notre histoire » peut s’entendre en deux sens. D’abord, il s’agit de l’ensemble de notre existence et des évènements ou accidents qui lui arrivent. Ensuite, elle peut aussi s’entendre comme le récit que nous faisons de cette existence dans ce qu’elle a de passé (l’histoire d’une existence individuelle: la biographie, ou collective: l’histoire de France). Ces deux sens peuvent être rapportés aux différentes acceptions de l’adjectif possessif «notre »: il s’agit de « notre » histoire au sens individuelle (l’histoire d’un être humain) ou bien collectif (histoire d’un groupe, d’une société, de l’humanité).

- Le sujet suggère que cette histoire, qui par définition est la nôtre, c’est-à-dire dont nous sommes l’objet, pourrait ne pas nous appartenir. Quelle est alors la différence entre une histoire qui est nôtre et une histoire qui « nous appartient »?

- « Appartenir » a un sens plus fort: pour que notre histoire nous appartienne, il faut que nous en soyons non seulement l’objet mais aussi le sujet. En effet, une chose appartient à quelqu’un quand cette personne a une capacité de maîtrise par rapport à elle. La possession suppose une différence hiérarchique entre deux entités: celui qui possède détermine ce qui est possédé, ce qui est possédé est déterminé par celui qui possède. Notre histoire ne nous appartient donc que si nous pouvons prendre une distance par rapport à elle et avoir envers elle un rapport de maîtrise et de libre disposition.  Cela ne va pas de soi. En effet, nous pourrions également affirmer que « nous appartenons à notre histoire » au sens où nos manières de penser et d’agir seraient irrémédiablement déterminées par ce que nous avons vécu dans le passé.

- L’expression « notre histoire nous appartient » peut donc s’entendre en un premier sens qui est un sens métaphysique: nous avons la capacité de choisir librement notre existence, nous déterminons librement notre histoire. Cependant, prise en ce sens, il s’agit d’une affirmation fragile: notre existence cesse de nous appartenir dès que certaines de ses déterminations nous échappent. Or, nous ne pouvons pas nier que nous n’avons pas la maîtrise de tous ces aspects: nous naissons dans une situation que nous n’avons pas choisie et nous agissons dans un monde contingent, si bien que notre volonté ne peut s’y imprimer toujours adéquatement. Peut-être alors notre affirmation serait mieux fondée si nous la restreignions à un deuxième sens, qui est un sens épistémologique: l’histoire comme discipline a une maîtrise sur le passé, elle sélectionne et interprète librement les faits passés en fonction du présent. L’histoire au sens de récit du passé ne doit donc rien à ce qui a eu lieu et n’appartient qu’aux vivants. Cependant, pour fonder notre affirmation, nous avons du renoncer au sens existentielle que nous lui attribuions pourtant au départ.

- Pour répondre au sujet, nous montrerons que les deux sens dégagés n’acquiert de valeur que si nous comprenons qu’ils coïncident. Nous tenterons donc d’expliquer que nous ne maîtrisons notre existence que si nous effectuons un effort de reprise active de notre passé, et que la discipline historique comme interprétation du passé permet d’assigner à une existence présente le sens et la profondeur qui en font un fait qui nous appartient.

 

Problématique:

 

Peut-on affirmer que « notre histoire nous appartient » en un sens métaphysique, ou doit-on se contenter de l’entendre en un sens épistémologique? 

« Analyse: - « Notre histoire » peut s'entendre en deux sens.

D'abord, il s'agit de l'ensemble de notre existence et des évènements ou accidents qui lui arrivent.

Ensuite, elle peut aussi s'entendre comme le récit que nous faisons de cette existence dans ce qu'elle a de passé (l'histoire d'une existence individuelle: la biographie, ou collective: l'histoire de France).

Ces deux sens peuvent être rapportés aux différentes acceptions de l'adjectif possessif «notre »: il s'agit de « notre » histoire au sens individuelle (l'histoire d'un être humain) ou bien collectif (histoire d'un groupe, d'une société, de l'humanité). - Le sujet suggère que cette histoire, qui par définition est la nôtre, c'est-à-dire dont nous sommes l'objet, pourrait ne pas nous appartenir.

Quelle est alors la différence entre une histoire qui est nôtre et une histoire qui « nous appartient »? - « Appartenir » a un sens plus fort: pour que notre histoire nous appartienne, il faut que nous en soyons non seulement l'objet mais aussi le sujet.

En effet, une chose appartient à quelqu'un quand cette personne a une capacité de maîtrise par rapport à elle.

La possession suppose une différence hiérarchique entre deux entités: celui qui possède détermine ce qui est possédé, ce qui est possédé est déterminé par celui qui possède.

Notre histoire ne nous appartient donc que si nous pouvons prendre une distance par rapport à elle et avoir envers elle un rapport de maîtrise et de libre disposition.

Cela ne va pas de soi.

En effet, nous pourrions également affirmer que « nous appartenons à notre histoire » au sens où nos manières de penser et d'agir seraient irrémédiablement déterminées par ce que nous avons vécu dans le passé. - L'expression « notre histoire nous appartient » peut donc s'entendre en un premier sens qui est un sens métaphysique: nous avons la capacité de choisir librement notre existence, nous déterminons librement notre histoire.

Cependant, prise en ce sens, il s'agit d'une affirmation fragile: notre existence cesse de nous appartenir dès que certaines de ses déterminations nous échappent.

Or, nous ne pouvons pas nier que nous n'avons pas la maîtrise de tous ces aspects: nous naissons dans une situation que nous n'avons pas choisie et nous agissons dans un monde contingent, si bien que notre volonté ne peut s'y imprimer toujours adéquatement.

Peut-être alors notre affirmation serait mieux fondée si nous la restreignions à un deuxième sens, qui est un sens épistémologique: l'histoire comme discipline a une maîtrise sur le passé, elle sélectionne et interprète librement les faits passés en fonction du présent.

L'histoire au sens de récit du passé ne doit donc rien à ce qui a eu lieu et n'appartient qu'aux vivants.

Cependant, pour fonder notre affirmation, nous avons du renoncer au sens existentielle que nous lui attribuions pourtant au départ. - Pour répondre au sujet, nous montrerons que les deux sens dégagés n'acquiert de valeur que si nous comprenons qu'ils coïncident.

Nous tenterons donc d'expliquer que nous ne maîtrisons notre existence que si nous effectuons un effort de reprise active de notre passé, et que la discipline historique comme interprétation du passé permet d'assigner à une existence présente le sens et la profondeur qui en font un fait qui nous appartient. Problématique: Peut-on affirmer que « notre histoire nous appartient » en un sens métaphysique, ou doit-on se contenter de l'entendre en un sens épistémologique? I) L'expression « notre histoire nous appartient » possède un sens métaphysique: nous avons la maîtrise de nos propres existences: - En tant qu'êtres conscients, nous disposons de la faculté de choisir: Un être capable de formuler une expression comportant un « nous » possède nécessairement une capacité de prise de distance par rapport à l'immédiateté de son vécu et de réflexion sur lui-même.

C'est cette capacité que nous nommons conscience.

Or, quel est l'impact de cette conscience sur la manière dont nous menons notre existence? Nous sommes en mesure de la choisir.

En effet, comme l'explique Bergson dans « la conscience et la vie » (in l'Énergie spirituelle), conscience signifie mémoire et anticipation, deux facultés qui préside au choix.

Le propre de la conscience est donc de nous rendre maître de notre histoire, là où les êtres qui n'en sont pas doués ne peuvent que réagir mécaniquement aux stimulations qui les déterminent de l'extérieur. - Corrélativement, aucun déterminisme extérieur n'est à même d'assigner une fin à notre histoire: Il n'existe pas de finalité transcendante à laquelle « nous » (individu, groupe, humanité) devrions nous plier.

Nous sommes libres de donner à notre histoire le sens que nous souhaitons.

Comme l'explique Sartre dans l'Existentialisme est un humanisme, que l' « existence précède l'essence », ainsi l'homme est « en possession de ce qu'il est » et toute la responsabilité de la totalité de son existence repose sur lui.

Cette conception s'oppose à toute métaphysique qui affirmerait que nous (individu ou humanité) sommes « faits pour » quelque chose: par exemple pour servir Dieu ou pour perpétuer une évolution naturelle.

Notre histoire nous appartient donc au sens où nous pouvons faire d'elle ce que nous voulons: elle ne sert aucune finalité qui lui serait extérieure (Dieu, la nature), mais elle incarne le projet que nous lui avons nous-même assigné. - L'expression « notre histoire nous appartient » entendue en un sens métaphysique est cependant sujette à caution: selon cette acception, notre histoire nous appartient si et seulement si nous en avons la pleine maîtrise et que nous la choisissons de bout en bout.

A partir du moment où certains de ces aspects nous échappent, alors elle ne nous appartient plus tout à fait.

Or, au moins deux éléments qui participent indéniablement de notre histoire échappent à notre volonté: la facticité et la contingence.

Tout d'abord, il faut entendre par « facticité » toutes les contraintes et tous les déterminismes qui choisi.

Par exemple, je peux naître dans une famille. »

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