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Conscience et mémoire ?

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Qu'est ce que la conscience ? A cette question le philosophe H. Bergson répondait par une boutade : "vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous (...) en donnant de la conscience une définition qui serait moins claire qu'elle..." Mais s'il nous est difficile de la caractériser, nous pouvons au moins la percevoir comme le rapport particulier que l'homme a au monde, envisagée dans ce texte dans sa dimension temporelle. Qu'est ce qui constitue l'originalité de ce rapport de la conscience au temps ? En quoi la conscience est-elle la fonction créatrice du temps-pour-nous ? Si la conscience a cette fonction de notre vécu psychique, elle assure « en continu » le passage d'un temps à un autre temps : quand je vois un arbre je suis encore en prise sur l'action de marcher et j'anticipe déjà ma pensée de la liberté. De là associer intimement le temps et la subjectivité au point de les confondre comme Merleau-Ponty, ou de faire de la conscience notre mode privilégié de saisie du temps, comme Bergson ici il n'y a qu'un pas.

« Demande d'échange de corrigé de fontane virginie ([email protected]). Sujet déposé :Conscience et mémoire Introduction : Qu'est ce que la conscience ? A cette question le philosophe H.

Bergson répondait par une boutade : "vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous (...) en donnant de la conscience une définition qui serait moins claire qu'elle..." Mais s'il nous est difficile de la caractériser, nous pouvons au moins la percevoir comme le rapport particulier que l'homme a au monde, envisagée dans ce texte dans sa dimension temporelle.

Qu'est ce qui constitue l'originalité de ce rapport de la conscience au temps ? En quoi la conscience est-elle la fonction créatrice du temps-pour-nous ? Si la conscience a cette fonction de notre vécu psychique, elle assure « en continu » le passage d'un temps à un autre temps : quand je vois un arbre je suis encore en prise sur l'action de marcher et j'anticipe déjà ma pensée de la liberté.

De là associer intimement le temps et la subjectivité au point de les confondre comme Merleau-Ponty, ou de faire de la conscience notre mode privilégié de saisie du temps, comme Bergson ici il n'y a qu'un pas. Conscience signifie d'abord mémoire(...) Conscience signifie d'abord mémoire.

La mémoire peut manquer d'ampleur; elle peut n'embrasser qu'une faible partie du passé; elle peut ne retenir que ce qui vient d'arriver; mais la mémoire est là, ou bien alors la conscience n'y est pas.

Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s'oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant comment définir autrement l'inconscience ? (...) Toute conscience est donc mémoire, —conservation et accumulation du passé dans le présent.

Si la conscience est la faculté synthèse de notre vie psychique, il semble compréhensible qu'elle nécessite la mémoire.

La pathologie peut nous être pour la compréhension de ce point d'une aide précieuse.

Dans le cas de l'amnésie liée à l'âge en particulier, on remarque que les malades ont perdu non seulement leurs souvenirs, mais la fonction même de mémoire qui leur permettait de conserver leur identité : ils ne savent plus qui ils sont, ou éventuellement sont en permanence à leur propres yeux un être nouveau.

Pour poursuivre une action consciente jusqu'à son terme il faut, à l'évidence, se souvenir du projet qui l'a initiée.

Dire une phrase, par exemple, suppose une faculté de se souvenir du début de notre propos.

Ainsi la faculté de se souvenir ce que nous sommes devenus est essentielle à notre vie consciente.

La pathologie sur ce point peut nous en fournir un contre exemple.

Une personne amnésique ne perd pas seulement ses souvenirs.

Si elle « perd la mémoire » elle ne sait plus qui elle est, et ne pouvant rétablir la continuité de son être à travers le divers du vécu, elle est perdue, elle est aliénée.- cf.

Olivier Sacks, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Editions du Seuil, pp.

43-56 : « Lorsque je vis Jimmie pour la première fois, je lui suggérai de tenir un Journal qui l'inciterait à noter chaque jour ses expériences, ses sentiments, ses pensées souvenirs et réflexions.[...] Mais cela aussi échoua : il prit certes soigneusement des notes dans un cahier, mais ne parvint pas ensuite à reconnaître ses premiers écrits.

Il reconnaissait sa propre écriture et son style, mais s'étonnait toujours d'avoir écrit quelque chose la veille.

Il n'avait pas d' « hier ».

Ses écrits restaient, si j'ose dire, déconnectés et déconnectants, ne pouvant en aucun cas lui rendre le sens du temps ou de la continuité.

[...] Mais existait-il un fond, la profondeur d'un sentiment ou d'une pensée durable chez cet homme sans mémoire, ou en était-il réduit [...] à une simple succession d'impressions et d'événements sans lien entre eux ? Jimmie était à la fois conscient et inconscient de cette profonde perte survenue en lui-même, de cette perte de lui-même.

(si un homme a perdu un oeil ou une jambe, il sait qu'il a perdu un oeil ou une jambe ; mais s'il a perdu le soi il s'est perdu lui-même, il ne peut le savoir, parce qu'il n'y a plus personne pour le savoir).

« 2/Mais toute conscience est anticipation de l'avenir.

Mais toute conscience est anticipation de l'avenir.

Considérez la direction de votre esprit à n'importe quel moment: vous trouverez qu'il s'occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être.

d'attention est une attente, et il n'y a pas de conscience sans une certaine attention à la vie.

L'avenir est là; il nous appelle, ou plutôt il nous tire à lui ; cette traction ininterrompue, qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement.

Toute action est un empiétement sur l'avenir.

Mais il suffit de penser à notre identité personnelle pour constater qu'elle se définit tout autant comme projet que comme souvenir.

Nos projets, notre futur nous déterminent tout autant que notre passé, comme le remarquait R.

Aron.

Et en reprenant l'exemple précédent, il est évident que notre faculté à énoncer une phrase jusqu'à son terme dépend de notre faculté d'anticiper ce terme.

Marcher suppose une foi anticipative dans la continuité du monde : marcher, c'est croire.

D'ailleurs, le langage nous permet une telle projection de nous même dans le futur.

Nous pouvons même considérer un événement du futur comme étant déjà passé.

(« Quand tu arriveras demain (futur) j'aurais déjà chanté » (futur antérieur = passé) Ainsi le présent dans lequel nous sommes est lu à la lumière de nos projets futurs, et on pourrait même dire que ces mêmes projections dans l'avenir, éclairent nos souvenirs : Sartre en donnera un exemple « La crise mystique de la quinzième année » qui, en fonction des choix futurs du sujet peut être lue comme une illusion ou comme une vérité prémonitoire.

Le présent comme « épaisseur de durée »Il n'y aurait pas pour elle de présent, si le présent se réduisait à l'instant mathématique.

Cet instant n'est que la limite, purement théorique, qui sépare le passé de l'avenir; il peut à la rigueur être conçu, il n'est jamais perçu.

Ce que nous percevons en fait c'est une certaine épaisseur de durée qui se compose de deux parties: notre passé immédiat et notre avenir imminent.

Sur ce passé nous sommes appuyés, sur cet avenir nous sommes penchés ; s'appuyer et se pencher ainsi est le propre d'un être conscient.

Si ces deux hypothèses sur la mémoire et l'anticipation sont avérées, cela pose d'une manière nouvelle la question du statut du présent de la conscience.

Celui-ci ne pourrait se réduire, selon Bergson à la limite théorique entre le passé et l'avenir ('instant mathématique") que nous pouvons concevoir, mais non percevoir ; nous percevons dit-il "une certaine épaisseur de durée".

La notion d'instant mathématique est à comprendre par référence à cet autre objet mathématique qu'est le point; dans l'espace.

Celui-ci n'a lui non plus qu'une existence théorique, que nous pouvons concevoir, mais non percevoir.

Il est défini, depuis Euclide comme "ce qui n'a point de parties" (de dimensions).

Toute représentation du point, aussi infime soit-elle est une représentation fausse.

ce point est en réalité une surface.

Le point, à l'instar du présent, n'est donc qu'une conception, non une perception? J'aurais beau marquer dans le temps un événement bref, un claquement de mains par exemple, cet évènement aura toujours un début et une fin, et donc, une durée.

Si je dis "aujourd'hui, nous sommes en cours de philosophie, un mardi de novembre en l'an 2000, mon présent dure une heure, un jour, un mois ou un an.

Il pourrait même durer un siècle si je disais, "aujourd'hui, au XXIème siècle." L'épaisseur de durée dont parle Bergson, c'est l'expérience consciente, celle ci n'est jamais au présent de ce qui se vit, elle est toujours à la fois au passé qui vient d'arriver et au futur qui va venir.

Notre présent est donc co-extensif à notre activité consciente.

Conclusion : La conscience fait donc exister le temps pour nous Retenir ce qui n'est déjà plus, anticiper sur ce qui n'est pas encore, voilà donc la première fonction de la conscience.(...) Disons donc, si vous voulez, que la conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir.

Nous découvrons ainsi une troisième fonction de la conscience : c'est par elle que nous disposons autour de nous un "espace de durée" dans lequel nous pensons et agissons.

L'homme n'est jamais, comme l'animal, prisonnier de l'instant où il vit : mais il existe dans un temps que sa pensée consciente dispose autour de lui. Sujet désiré en échange : Bergson : Nature de la conscience. »

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