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Commentaire D'Un Extrait De La "Métapsychologie" De Freud

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« On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes compulsionnels chez le malade; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse. L'on doit donc se ranger à l'avis que ce n'est qu'au prix d'une prétention intenable que l'on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive être connu de la conscience. »  Freud, Métapsychologie, pp. 66-67

En soutenant, ainsi que nous avons vu qu'il le faisait, "le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse",  Freud ne défend pas seulement ses théorie et pratique psychanalytiques, ainsi que celle du cercle de chercheurs qui s'est constitué autour de lui. Il nous permet aussi de comprendre, à la lumière de sa propre hypothèse, celle de l'inconscient, la nature et la fonction de toute hypothèse scientifique, qui est d'expliquer ce qui, bien souvent, est inexplicable au moyen de la seule observation, alors même que l'on doit toujours partir d'elle et y revenir si l'on veut faire œuvre de science. Sa plaidoirie présente donc pour nous un intérêt épistémologique de premier ordre.

« Commentaire D'Un Extrait De La "Métapsychologie" De Freud « On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse.

Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient.

Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience.

Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes compulsionnels chez le malade; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée.

Tous ces actes conscients demeurent incohérents si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés.

Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate.

Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse.

L'on doit donc se ranger à l'avis que ce n'est qu'au prix d'une prétention intenable que l'on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive être connu de la conscience.

» Freud, Métapsychologie, pp.

66-67 Freud publie tour à tour l'Introduction à la psychanalyse et la Métapsychologie, ouvrages dans lesquels il s'emploie à définir et à justifier l'emploi qu'il fait de l'idée d'inconscient.

Cette notion est alors à l'origine de nombreuses polémiques : elle est contestée par tous ceux qui, à la suite de Descartes, identifient l'esprit et la conscience. Freud, dont le but est de convaincre ses lecteurs de l'intérêt de ses recherches, s'emploie, dans un passage de la Métapsychologie, à justifier le recours de la psychanalyse, dont il est l'initiateur, à la notion d'inconscient. En examen attentif du propos de Freud dans ce passage devrait nous permettre de repenser la nature des rapports entre la conscience que le sujet a de lui-même et ses actes.

Le texte de Freud nous incite notamment à penser à nouveaux frais la question de la liberté de l'homme, dans la mesure où celui-ci pourrait bien être empêché d'agir librement par ses pulsions inconscientes. La réflexion de Freud porte, ainsi que nous l'avons précédemment indiqué, sur la validité de l'hypothèse qu'il est conduit à faire de l'existence d'un conscient psychologique.

Freud voit dans l'inconscient une réalité psychique difficilement contestable.

Il y aurait tout lieu de penser, selon lui, qu'il y a en nous des représentations qui agiraient sur notre conduite sans que nous puissions nous en rendre compte.

Freud, soucieux d'être pris au sérieux, s'interroge au sujet de la crédibilité de l'existence de cet inconscient : il se demande, en réponse à la contestation dont elle fait l'objet, s'il est en droit d'en faire l'hypothèse et de fonder sur elle l'élaboration d'une théorie et d'une pratique qui soient recevables scientifiquement. Il s'efforce de convaincre ses lecteurs du bien fondé de son hypothèse en démontrant non seulement qu'elle est nécessaire et légitime, mais que l'on peut fonder sur elle une pratique thérapeutique efficace Partant des objections que l'on adresse à son hypothèse portant sur l'existence d'un inconscient, Freud développe une plaidoirie en bonne et due forme en sa faveur : après avoir énoncé ses arguments, il les développe l'un après l'autre avant, finalement, de les retourner contre ses détracteurs. Pour énoncer l'idée qu'il va soutenir, celle selon laquelle la supposition de l'existence d'un inconscient est on ne peut mieux fondée, et donc pleinement justifiée, Freud rappelle tout d'abord les nombreuses critiques qui lui sont adressées, à lui-même ainsi qu'à ceux qui adhèrent à son point de vue et travaillent en collaboration avec lui, formant autour lui le "cercle de Vienne".

"On nous conteste, dit-il, de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler avec cette hypothèse.

" D'où vient cette contestation ? Pour le comprendre, précisons la définition que donne Freud de l'inconscient.

Il désigne par ce mot un secteur du psychisme constitué de représentations dynamiques que nous aurions refoulées et qui, bien qu'elles ne puissent plus, en conséquence, accéder à notre conscience, continueraient néanmoins d'agir, en nous poussant à poser des actes qui nous échapperaient.

On comprend dès lors la difficulté que peuvent avoir des esprits soucieux d'objectivité scientifique à admettre l'existence de telles représentations : il leur manquerait la propriété fondamentale reconnue jusqu'alors à toute représentation, celle d'être consciente ! Descartes ne tenait-il pas pour certain que "nous ne saurions vouloir aucune chose que nous ne percevions par même moyen que nous la voulons" ? Par où l'on voit que si l'inconscient existe, son existence est loin d'aller de soi.

Par ailleurs les chercheurs soucieux de faire œuvre de science ne se donnent-ils pas pour règle de s'en tenir à ce que l'observation leur permet d'affirmer ? Or l'inconscient, ainsi que nous venons de le définir, serait par nature inobservable ! Que répond Freud à cela ? Il. »

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