Aide en Philo

Ce qui vaut pour l'animal, vaut-il pour l'homme ?

Extrait du document

Mettre homme et animal sur un même plan de réflexion, prête immédiatement à un brûlant questionnement. Tout d'abord, on parle aisément de l'animal qui sommeille en l'homme, de l'animal comme une étape qu'aurait dépasser l'homme, mais vers laquelle il risquerait parfois, par le biais d'un comportement que l'on juge sommaire, ou même horrible, de régresser. « Tu es bête »; « Cesse de faire l'âne »... Les comportements jugés indignes de la part d'un homme sont stigmatisés par toute une zoologie, faisant toujours de l'animal l'ébauche de l'homme, l'obscurité qui sommeille en lui. A la source de ce qui, après tout, ne peut pas être un prétention démesurée, figure une faculté que l'homme seul possède en propre (si l'on fait exception de son créateur, si l'hypothèse est posée que créateur il y a), et qui fait justement de lui, plus qu'un animal: le logos. Il faut voir dans ce trait caractéristique de l'homme signé par ce mot grec, quelque chose qui est en vérité biface. Le logos en premier lieu c'est la raison, cette faculté d'abstraction qui permet à l'homme de s'émanciper, de transcender le simple cours empirique du besoin, toile dans laquelle l'animal tourne sans cesse en rond. Oui, l'homme a quitté les grands cycles de la nature: il n'est plus tributaire des saisons pour se nourrir, pour se sentir protégé, ou plus simplement encore, pour s'accoupler. Or, ce dépassement de la nature qui aboutit précisément dans cet espace où baigne l'homme et qui est la culture, il le doit en première instance et précisément à cette raison. Cette dernière ouvre une dimension temporelle supplémentaire à l'homme, à savoir l'avenir vers lequel il se projette dans cesse, là où l'animal vit immergé dans l'instant présent (« attaché au piquet de l'instant » nous dit Nietzsche dans ses Considérations Intempestives sur l'utilité des études historiques pour la vie). L'homme travaille lorsque ses besoins sont pourtant épuisés grâce à cette raison qui le pousse à prévoir pour lui, mais aussi pour les autres. Il pense, se livre à des activités théorétiques et contemplatives où il stoppe ses tâches besogneuses pour s'interroger sur sa place au sein d'un univers qu'il constitue en cosmos, en tout organisé, un univers qu'il comprend et dont il prévoit le déroulement. Dans cette continuité, sa stature bipède libère sa main qui se saisit d'outils visant progressivement à remodeler son environnement, à le mettre à disposition, pour faciliter son existence. Le logos, cette raison dont nous portons très tôt le signe distinctif: le langage, car c'est encore et aussi cela le logos. L'homme parle parce qu'il pense et pense parce qu'il parle également. Le langage révèle sa pensée et lui ouvre simultanément d'autres horizons de pensée. Comment alors, ce qui vaut pour l'homme de par ce trait distinctif qui lui apporte tous les lauriers à l'intérieur du règne animal, pourrait être mis en rapport avec ce que l'on accorde tout juste à l'animal? Comment mettre sur un même plan privilège logique et tare animale? Dignité rationnelle et bestialité archaïque et sans histoire?

« Mettre homme et animal sur un même plan de réflexion, prête immédiatement à un brûlant questionnement.

Tout d'abord, on parle aisément de l'animal qui sommeille en l'homme, de l'animal comme une étape qu'aurait dépasser l'homme, mais vers laquelle il risquerait parfois, par le biais d'un comportement que l'on juge sommaire, ou même horrible, de régresser.

« Tu es bête »; « Cesse de faire l'âne »...

Les comportements jugés indignes de la part d'un homme sont stigmatisés par toute une zoologie, faisant toujours de l'animal l'ébauche de l'homme, l'obscurité qui sommeille en lui.

A la source de ce qui, après tout, ne peut pas être un prétention démesurée, figure une faculté que l'homme seul possède en propre (si l'on fait exception de son créateur, si l'hypothèse est posée que créateur il y a), et qui fait justement de lui, plus qu'un animal: le logos.

Il faut voir dans ce trait caractéristique de l'homme signé par ce mot grec, quelque chose qui est en vérité biface.

Le logos en premier lieu c'est la raison, cette faculté d'abstraction qui permet à l'homme de s'émanciper, de transcender le simple cours empirique du besoin, toile dans laquelle l'animal tourne sans cesse en rond.

Oui, l'homme a quitté les grands cycles de la nature: il n'est plus tributaire des saisons pour se nourrir, pour se sentir protégé, ou plus simplement encore, pour s'accoupler.

Or, ce dépassement de la nature qui aboutit précisément dans cet espace où baigne l'homme et qui est la culture, il le doit en première instance et précisément à cette raison.

Cette dernière ouvre une dimension temporelle supplémentaire à l'homme, à savoir l'avenir vers lequel il se projette dans cesse, là où l'animal vit immergé dans l'instant présent (« attaché au piquet de l'instant » nous dit Nietzsche dans ses Considérations Intempestives sur l'utilité des études historiques pour la vie).

L'homme travaille lorsque ses besoins sont pourtant épuisés grâce à cette raison qui le pousse à prévoir pour lui, mais aussi pour les autres.

Il pense, se livre à des activités théorétiques et contemplatives où il stoppe ses tâches besogneuses pour s'interroger sur sa place au sein d'un univers qu'il constitue en cosmos, en tout organisé, un univers qu'il comprend et dont il prévoit le déroulement.

Dans cette continuité, sa stature bipède libère sa main qui se saisit d'outils visant progressivement à remodeler son environnement, à le mettre à disposition, pour faciliter son existence.

Le logos, cette raison dont nous portons très tôt le signe distinctif: le langage, car c'est encore et aussi cela le logos.

L'homme parle parce qu'il pense et pense parce qu'il parle également.

Le langage révèle sa pensée et lui ouvre simultanément d'autres horizons de pensée. Comment alors, ce qui vaut pour l'homme de par ce trait distinctif qui lui apporte tous les lauriers à l'intérieur du règne animal, pourrait être mis en rapport avec ce que l'on accorde tout juste à l'animal? Comment mettre sur un même plan privilège logique et tare animale? Dignité rationnelle et bestialité archaïque et sans histoire? I.

« L'homme est un loup pour l'homme » Cette phrase de Hobbes maintes fois usitée, nous ne la prenons comme titre, que pour l'idée tacite qu'elle contient. Quelque chose ne fonctionne pas au sein de l'édifice social, un quelque chose qui s'explique par ce que Kant nommé l'insociable sociabilité de l'homme.

En effet, si l'homme trouve son compte au sein de la collectivité, quelque chose le pousse simultanément à la refuser, une force centrifuge qui vient équilibré la force centripète où l'homme se rappelle de tout ce qu'il gagne via la société.

Être associé présente ses avantages, mais en même temps, toute une base d'affects et de pulsions basiques complique le vivre-ensemble.

Du point de vue de la raison, l'homme sait ce que la société porte à son crédit, bien qu'une constellation d'instincts le poussent simultanément à contester cette mise en forme drastique.

Dans la mécanique bien huilée de la société sommeille en vérité cette folie animale faisant du troupeau humain une meute où seuls les rapports de force jugule la violence privée.

L'animal, c'est ce reste de nature que l'homme tente d'évacuer, ce reste de nature qu'on lisse en surface, mais qui remontre ses crocs dès que l'on atteint les profondeurs. Ce qui vaut pour l'animal vaut aussi pour l'homme puisque l'animal est encore là malheureusement.

L'hydre populaire ne peut être éduqué, et s'il l'est un jour, il faudra d'abord accepter cette étape transitoire où on le mate, le dompte, où l'on fait taire la bête pour laisser court à la raison humaine qui consent au pouvoir et accepte les règles non plus comme une contrainte mais bien comme une obligation.

Nous demeurons ainsi dans une politique du « enattendant » puisque l'homme demeure un loup, une menace envers son prochain: il faut attiré son attention avant de s'adresser à lui, faire taire la bête pour obtenir l'écoute de l'homme.

Qu'est-ce qui vaut pour l'animal? La discipline qui fait rentrer ses griffes, la menace du mâle dominant envers ses congénères qui structure la hiérarchie sociale et la stabilise.

Ne faisons pas de la bête humaine un ange avant d'en faire un homme. Cependant, il faut conclure l'essentiel de cette idée: elle est ambivalente puisque contenant curieusement continuité et discontinuité tout à la fois.

D'un côté, l'homme ne vaut pas mieux que la bête, aussi doit-il être traité en conséquence.

De ce fait, il y a une certaine continuité entre homme et animal: l'un et l'autre ne sont pas tant éloignés, ou seulement par degré, non par nature.

Tout à la fois, une semence à été faite à l'intérieur de la condition humaine, celle de la raison, qui ,si elle n'est pas encore arrivée à maturité, fait de l'homme quelque chose de radicalement différent du reste des êtres vivants.

Ce qui vaut pour l'animal vaut pour l'homme, du moins pour l'instant, tant que l'homme n'est pas encore pleinement présent en l'homme, tant qu'il reste asservit aux chaînes de la nature, tant qu'il hurle et ne parle point.

En ce sens, une idée humaniste est véhiculée: si l'homme a un socle commun (ne serait-ce que physiologique) avec l'animal, il ne s'y réduit pas.

Dans Pilote de guerre, Saint-Exupéry énonce la chose suivante qui vaut dans notre cas: « On ne dit rien d'essentiel sur la cathédrale si l'on ne parle que des pierres.

(...) Si notre société pouvait encore paraître souhaitable, si l'homme y conservait quelque prestige, c'est dans la mesure où la civilisation véritable, que nous trahissons par notre ignorance, prolongeait encore sur nous son rayonnement condamné, et nous sauvait malgré nous-même ». II.

Entre Dostoïevski et la pêche aux termites. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles