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BERGSON: Pensée, langage et création

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L'oeuvre géniale est le plus souvent sortie d'une émotion unique en son genre, qu'on eût crue inexprimable, et qui a voulu s'exprimer. Mais n'en est-il pas ainsi de toute oeuvre, si imparfaite soit-elle, où entre une part de création ? Quiconque s'exerce à la composition littéraire a pu constater la différence entre l'intelligence laissée à elle-même et celle que consume de son feu l'émotion originale et unique, née d'une coïncidence entre l'auteur et son sujet, c'est-à-dire d'une intuition. Dans le premier cas l'esprit travaille à froid, combinant entre elles des idées, depuis longtemps coulées en mots, que la société lui livre à l'état solide. Dans le second, il semble que les matériaux fournis par l'intelligence entrent préalablement en fusion et qu'ils se solidifient ensuite à nouveau en idées cette fois informées par l'esprit lui-même : si ces idées trouvent des mots préexistant pour les exprimer, cela fait pour chacune l'effet d'une bonne fortune inespérée ; et, à vrai dire, il a souvent fallu aider la chance, et forcer le sens du mot pour qu'il se modelât sur la pensée. L'effort est cette fois douloureux, et le résultat aléatoire. Mais c'est alors seulement que l'esprit se sent ou se croit créateur. BERGSONLe projet de la philosophie de Bergson est de penser la vie comme évolution, dans le but de parvenir à expliquer l'intelligence, la science et la technique de l'homme en tant qu'être créateur. L'extrait choisit pour notre analyse est à ce titre exemplaire de la pensée de l'auteur, car il part de l'expérience créative de l'homme pour en comprendre le processus évolutif,  et ainsi déterminer les conditions inhérentes à la vie et à l'homme qui permettent à l'être humain d'accomplir des oeuvres, et par conséquent de développer ses capacités et de donner un sens à la vie à travers l'émergence de la nouveauté.

« Introduction : Le projet de la philosophie de Bergson est de penser la vie comme évolution, dans le but de parvenir à expliquer l'intelligence, la science et la technique de l'homme en tant qu'être créateur. L'extrait choisit pour notre analyse est à ce titre exemplaire de la pensée de l'auteur, car il part de l'expérience créative de l'homme pour en comprendre le processus évolutif, et ainsi déterminer les conditions inhérentes à la vie et à l'homme qui permettent à l'être humain d'accomplir des œuvres, et par conséquent de développer ses capacités et de donner un sens à la vie à travers l'émergence de la nouveauté. 1ère partie : Introduction au problème de la création originale : d'où procède-t-elle ? - Le texte commence par mettre en place le problème qu'il s'agit de traiter : l'origine de l'œuvre. L'œuvre pour l'auteur c'est la création, la production originale réalisée par un agent humain, l'artiste, qui mène à l'existence un produit prototype, c'est-à-dire unique et qui n'a encore jamais été. Pour comprendre la genèse de l'œuvre, il faut donc en chercher la cause, le principe même, et cela afin de nous permettre de comprendre le processus de création, et ce que signifie « créer ». - Le paradoxe inhérent au concept d'œuvre s'inscrit dans sa dimension originale, « unique ». Puisqu'elle est l'expression d'une chose qui n'a jamais été, peut-elle avoir un principe qui lui est antérieur ? Ce qui fait qu'une œuvre est une œuvre ne réside-t-il pas dans l'idée même de création, comme advenue ex nihilo, sans autre cause qu'ellemême, par opposition à l'engendrement, qui nécessite un principe antérieur ? - C'est le parti que semble prendre Bergson lorsqu'il explique que l'œuvre exprime « une émotion unique en son genre, qu'on eût crue inexprimable, et qui a voulu s'exprimer ». La création est ainsi pensée comme jaillissement de quelque chose qui n'a jamais été, venue à l'existence d'une émotion latente, manifestation d'un contenu expressif qui se livre à l'extériorité. - L'auteur emploie le verbe « vouloir » pour insister sur le fait que la création procède d'une volonté, d'une tendance active et désirante, qui n'est pas causée par l'agent créateur, mais est mue d'elle-même. Ce n'est pas l'artiste qui cherche à exprimer une émotion, c'est l'émotion elle-même qui demande à s'extérioriser, indépendamment de l'artiste qui ne fait que se mettre à son service, en permettant à l'émotion de se manifester par l'intermédiaire de l'œuvre qui en est la conséquence. - La création n'est pas elle-même l'émotion, ni sa manifestation directe, elle en est plutôt le résultat, la conséquence, pour Bergson, qui explique que l'œuvre sort de l'émotion. L'émotion est donc le principe de la création, sa cause. En ce sens, on peut alors dire que l'œuvre est engendrée par l'émotion, mais en tant que l'émotion ne serait pas connue sans l'œuvre qui en témoigne indirectement, elle reste création originale. - L'auteur conclut dans une question oratoire que l'émotion originaire, unique et encore inexprimée, est donc le principe de toute création, et même de tout œuvre dans laquelle réside « une part de création ». Ce qui fait l'essence même de la création, c'est donc cette émotion unique qui cherche à s'exprimer. 2ème partie : thèse = l'explication génétique du processus créatif. - Bergson poursuit son texte par l'explication développée de la thèse qu'il vient de poser. Il prend l'exemple de l'œuvre littéraire en affirmant que sa réalisation ne résulte pas de l'intelligence seule de l'auteur, mais trouve son origine dans cette « émotion originale et unique » qui agit sur l'intelligence, en l'échauffant comme un feu jusqu'à la consumer, pour ainsi s'y substituer. La création est donc le résultat de l'association de l'intelligence humaine avec une émotion originale, mais c'est en dernière instance l'émotion qui prend le pas sur l'intelligence. - Toutefois, l'émotion originale elle-même a un principe causal, car elle est naît d'une « intuition ». Il faut donc une certaine disposition de l'homme pour qu'apparaisse cette émotion qui est la source de la création. Cette disposition, c'est l'intuition, que l'auteur définit comme une « coïncidence entre l'auteur et son sujet ». - Filant la métaphore pyrotechnique de la forge, Bergson compare les idées de l'homme qui créer à des métaux, qui sans l'intuition, apparaissent « à l'état solide » dans l'intelligence, c'est-à-dire déjà figés dans des mots préalablement établit, et que l'homme ne fait qu'utiliser comme instrument qu'il n'a pas créé lui-même. Une telle œuvre n'est donc pas véritablement création, puisque la matière première est elle-même déjà existante, et l'action »

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